« Surchauffe », le nouveau roman du philosophe et écrivain Nathan Devers. Une interview par Bernard Roisin.

« L’ivresse des livres » accueille volontiers des articles de collaborateurs occasionnels. Bernard Roisin nous propose une interview de Nathan Devers que nous publions ici. Bernard Roisin est un journaliste free-lance spécialisé notamment en culture depuis plus de trente ans. Il nous propose ici une interview de Nathan Devers à l’occasion de la parution de son dernier roman « Surchauffe »

Dans “Surchauffe” le nouveau roman du philosophe et écrivain Nathan Devers, une île interdite d’accès devient métaphore du dernier refuge dans un monde en… ébullition.

Entre un métier envahissant, un mari égoïste et un patron corrompu, Jade est sans cesse à la limite du burn-out. Est-ce pour fuir cette réalité toxique qu’elle accepte de superviser la création d’un palace dans l’archipel indien d’Andaman ? Un paradis tropical où elle découvre une île inviolée et coupée du monde, habitée par un peuple ancestral dont le nom sonne comme une alerte : les Sentinelles. Et si cette île, dans son mystère, était le miroir inversé de notre monde, lui-même en surchauffe ? En sismographe de la modernité, Nathan Devers, auteur de “Penser contre soi-même” se confronte ici aux questions brûlantes de notre temps en décryptant les symptômes du nouveau « mal du siècle ».

Comment vous avez découvert ces îles? 

Je les ai découvertes sur internet. J’aime quand j’écris un roman, effectuer un travail de sismographe, tenter de trouver des sujets dont on ne parle pas, des choses qui travaillent la société en profondeur . Et un jour, je tombe sur l’existence de cette île sur Internet, L’idée d’une île qui soit invisible, inaccessible, refermée parce le peuple qui l’habitait, refusait tout contact avec le monde étranger, immédiatement, j’aie eu le désir d’écrire un roman. 

Cette île c’est aussi un fantasme de civilisé puisqu’elle fait l’objet d’un transfert de la part des “Occidentaux”..

Oui, c’est ce que je trouve absolument passionnant, cela fait à peu près 60 000 ans selon les estimations que ce peuple est implanté sur cette île et comme elle est inaccessible, on ne sait rien de lui. On ignore leur nombre, leur langue leur organisation sociale, les rapports entre les hommes et les femmes, s’ils ont des croyances… hormis que ce sont des chasseurs cueilleurs. Raconter l’histoire d’une telle île dans un roman, est donc impossible parce qu’on raconte l’Histoire de l’ineffable par excellence. Mais comme vous le dites, c’est un fantasme de civilisation, cette île ayant un effet miroir. En l’occurrence, elle nous renseigne sur la manière dont notre monde s’est construit. Et depuis des millénaires, et surtout depuis les vingt derniers siècles, nombreuses ont été les époques qui se sont confrontées à cette île. Depuis Ptolémée, dont je parle un peu dans mon livre, jusqu’à très récemment des touristes, il y en a un d’ailleurs après l’écriture de mon bouquin qui vient d’être condamné à 7 ans de prison en Inde pour avoir essayé de s’y rendre. 

En fait, chaque personne qui s’est retrouvée confrontée à cette île, et au désir qu’il avait de la découvrir, y a projeté ses fantasmes. Et donc cette île résume non pas son histoire, en tout cas pour nous puisque nous ne la connaissons pas, mais elle résume les représentations que nous avons nous-mêmes de la manière dont le monde doit être construit. 

Et cela dit aussi, quelque part, que l’histoire tient également de la mythologie…

Je suis totalement d’accord; l’Histoire, à la fois l’histoire au sens le récit des historiens, mais aussi l’histoire vécue par les époques. Et en l’occurrence, je crois que ce que cette île montre bien, en négatif, c’est que nous sommes pris par des mythologies historiques. Depuis les antiques, qui ont les premiers à parler de ces îles, ou en tout cas des peuples de cette région, en les traitant des sauvages, des cannibales, des barbares, uniquement parce qu’ils étaient Noirs. Ils possédaient toute une mythologie, en l’occurrence très problématique, mais c’était une mythologie qui régissait leur vision du monde, leur vision de l’historicité humaine. 

Ensuite, quand les colons britanniques arrivent, ils se disent que ce sont des débiles, au sens étymologique du terme: des gens faibles corporellement et intellectuellement, qui n’ont pas eu la civilisation, la rationalité, etc. 

Ensuite, évidemment, quand les anthropologues dans les années 70 s’intéressent à cette île, ce qu’ils y cherchent parfois, c’est une représentation très romantique, des « primitifs » entre guillemets, ce qui est faux, mais en l’occurrence, ils projettent sur elles le mythe de société qui n’aurait jamais progressé, qui ne serait jamais entrée dans l’histoire, c’est aussi un type de mythe. Quand des évangélistes chrétiens… S’intéresse à cette île, c’est en y projetant le mythe d’Adam et Eve, d’une humanité qui précéderait le péché originel. Bref, chaque fois, cette îles nous renvoie presque en pleine figure, les mythes qui sont les nôtres, jusqu’aux mythes contemporains, qui est l’idée, que certains anthropologues contestent, que cette île soit presque considérée aujourd’hui comme une sorte d’espèce en voie de disparition, qui est un lexique qu’on n’emploie pas pour les êtres humains. 

Désormais, la loi indienne et certaines associations militent pour refuser absolument radicalement tout contact entre le peuple des Sentinelles et le monde extérieur. Il y a évidemment un aspect vertueux qui est de ne pas les mettre en danger, etc. Mais peut-être qu’il y a aussi des mythes qui nous renseignent sur la manière dont nous nous représentons notre propre monde. Cette île, c’est en effet comme une manière de court-circuiter l’histoire humaine en… en montrant l’évolution de ces îles.

Être une femme 

Pourquoi le personnage central de votre roman est-il une femme? 

Ce ne fut pas un choix rationnel; lorsque je me suis mis à écrire ce livre. J’ai immédiatement vu un personnage de femme. En tout cas, ce n’était pas le fruit d’une décision. Je n’aime pas lorsque j’écris un roman avoir un plan ou un brouillon. Je pars d’un point de départ et après, je laisse les choses infuser. Mais en tout cas c’était passionnant pour moi d’essayer d’écrire en me mettant dans la peau d’une femme parce que cela suppose d’essaier de raconter en première personne des expériences que je ne connais que, pour ma part, en troisième personne de façon théorique: écrire un roman, ce n’est pas seulement l’acte de raconté une histoire, de coucher des mots sur des papiers, d’extérioriser quelque chose, c’est un acte plus incarné de transformation de soi-même et en l’occurrence, cette aventure d’écriture m’a un peu transformé, en tout cas dans l’écriture, puisque cela supposait d’essayer de voir la masculinité qui était en moi depuis un regard extérieur, éventuellement hostile. Cela m’a conduit à observer tout ce qui est dans mon comportement quotidien, dans mon rapport au monde. peut me paraître absolument banal, normal, mais vu depuis le personnage d’une femme qui a un compagnon qu’elle trouve imbuvable et qui en veut quand même pas mal à l’univers des hommes. 

L’autre raison, c’était que dans un roman sur la surchauffe du monde, sur la saturation des liens sociaux, je pense que cette saturation, sans essentialiser, sans généraliser, est tout de même globalement plus grande quand on est une femme dans la mesure où à l’expérience du burn-out professionnel que j’ai essayé de raconter, qu’il s’agisse de l’expérience du surmenage domestique, du sexisme vécu, des fantasmes sexuelles que l’on peut susciter en tant que femme et cet aspect aurait été moins présent avec un personnage masculin. 

Votre écriture serait-elle un mélange entre Marc Dugain, Michel Houellebecq et Jean-Paul Dubois. 

Je n’ai pas lu Dugain, mais Houellebecq, évidemment, c’est un auteur que non seulement j’admire mais que je trouve très important, mais pas pour les raisons que l’on donne forcément. Quand on parle de lui, souvent c’est pour en faire l’auteur d’une période noire, sans idéaux, voué au déprimisme et au nihilisme le plus complet. Je pense que son œuvre n’est pas du tout réductible à cela, à cette réputation et qu’en l’occurrence c’est plutôt une oeuvre qui explore des tentatives de dépassement de notre époque vers des horizons différents. Ça peut être l’horizon du transhumanisme, du clonage, simplement de l’écriture, de l’exotisme, mais c’est ce que j’apprécie beaucoup chez lui… Non seulement je le prends très bien, mais en plus c’est un auteur dont je m’inspire, en tout cas que j’ai beaucoup lu et qui à mon avis est un immense romancier de notre époque. 

Et Jean-Paul Dubois? 

A vrai dire, j’ai bien aimé “Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon,” mais je m’en suis pas nourri particulièrement, , je ne l’ai pas pensé suffisamment. 

Vous partagez avec Bernard-Henri Levy, qui est un peu votre mentor, un parcours un peu similaire: vous avez commencé d’abord par des essais, puis par le roman… 

Mon premier livre était un livre de philosophie mais universitaire qui s’appelait Généalogie de la religion et ensuite tout de suite après, j’ai écrit des romans; en l’occurrence je suis profondément attaché au roman. Quand je lis des romans, ou quand j’en écris, dans les deux cas, ce que je trouve immense comme possibilité, comme perspective, c’est précisément la capacité de sortir de soi-même. D’abord de sortir de sa propre vie par l’imagination, par le fait d’inventer des personnages avec lesquels on a absolument rien à voir, d’écrire des réalités qui nous sont complètement étrangères, de voyager dans tous les sens du terme, mais plus profondément de se déprendre de toutes les certitudes qu’on peut avoir sur le réel qui nous entoure. Et par exemple dans ce roman “Surchauffe”, ce qui m’a donné envie d’écrire un roman plus qu’un récit ou plus qu’ un essai, c’était précisément le fait que cette île des Sentinelles m’avait mis face à une contradiction que je n’arrivais pas à dissiper, que j’arrive toujours pas à dissiper, à savoir que d’une part l’histoire des Sentinelles nous invite à critiquer très violemment, très radicalement notre mondialisation puisque c’est l’histoire d’un peuple qui a réussi à survivre en ne participant pas à l’aventure de la mondialisation, ce qui d’une certaine manière constitue une critique du modèle de mondialisation dans lequel nous vivons; et en mêmes temps, évidemment que le mode de vie des sentinelles, savoir l’idée d’une société fondamentalement xénophobe, qui a peur de l’étranger, et qui tient l’étranger quel qu’il soit pour un danger mortel, n’est pas un modèle que j’admire particulièrement et que j’aimerais importer dans nos sociétés. il y avait une forme de tiraillement, de contradiction, de tension qui me paraissait insoluble et qui me parait toujours insolvable. Et dans ces conditions, c’est là que naît la volonté d’écrire un roman plus qu’un essai. C’est quand on n’a aucune réponse à apporter, sinon le fait de dire qu’on est paumé devant la complexité d’un monde qui nous dépasse.

La Bible comme roman

Peut-on dire que la Bible est un très beau roman?

La Bible en un sens est un livre éminemment romanesque. Le roman, tel que le définit George Lukac dans La théorie du roman, c’est contrairement à l’épopée, le genre littéraire où s’opère un triple divorce. Entre le moi et le monde, entre l’intention et la production, et entre le signe et le sens. Dans les épopées et dans le lyrisme de façon générale, la voix poétique ou l’histoire des personnages, la conscience des personnages est toujours à sa place dans le monde où elle est et où elle évolue. Donc il n’y a pas de mystère de l’existence en tant que telle. Le roman, c’est le genre de l’existence déchirée, le genre où l’existence reconnaît sa coupure, sa cassure, son clivage par rapport à un monde, à un réel auquel elle ne comprend fondamentalement rien. Et en ce sens, je crois qu’on peut tout à fait dire que la Bible, même si c’est un livre où puisent les religions, est un ouvrage qui est beaucoup plus grand que ce que les religions en ont fait. Parce que c’est beaucoup plus complexe, énigmatique, sombre et beaucoup plus rempli de doutes. il y a un rapport littéraire à la Bible qui est très important à 

avoir par rapport aux religions. Il n’est pas exclu à mon avis que les lecteurs littéraires aient plus à dire sur la Bible que les lecteurs religieux qui la voient à travers leur dogme. 

La religion, dans votre livre, est d’ailleurs loin d’être absente puisqu’il y a une intolérance par rapport aux musulmans, des Indiens notamment. On sent l’intolérance et comme vous dites aussi de la société fermée de l’île par rapport aux étrangers, sur nous dans la religion il y avait l’être aussi. ça renvoie aussi cette question de l’intolérance, ça revient aussi à votre passé très religieux? 

Je ne crois pas que la religion soit ontologiquement liée à l’intolérance, mais en l’occurrence ce dont j’avais aussi voulu parler dans ce livre, c’est le fait que l’île de la Sentinelle appartienne à l’Inde; c’était très intéressant de me plonger dans le cas historico-politique de l’Inde, à savoir le fait que l’Inde est un pays qui a été fondé par… des personnes qui la souhaitaient construite sur l’idée des droits humains et qui estiment que l’indépendance de l’Inde découlait directement du droit à l’auto-détermination des peuples; le premiers dirigeants indiens, donc la dynastie entre guillemets des Nehru-Gandhi, voulaient faire de l’Inde un lieu multiculturel, laïque, en tout cas sécularisé, un lieu de confluence, de coexistence , une sorte 

de havre pour les droits humains. Et ce qui est fascinant, de voir qu’en Inde, comme dans beaucoup de autres pays d’ailleurs, ces derniers temps, ce qui est arrivé au pouvoir, c’est non seulement l’ennemi des fondateurs puisque Modi vient d’un mouvement politique qui est complètement aux antipodes des Nehru-Gandhi, mais plus fondamentalement c’est l’intolérance la plus absolue ;très souvent en Inde il y a des pogroms qui sont pratiqués contre les musulmans: en Inde il y a des mesures à bien des égards un peu discriminatoires qui sont adoptées à l’encontre les communautés musulmanes. Le chef de l’état Modi affiche un nationalisme, un goût absolument féroce, violent et opposé aux autres cultures. Le statut historique du Taj Mahal comme lieu qui représente l’Inde a été remis en cause parce que construit par des musulmans. Bref, ce retournement-là et cette entrée dans un monde où c’est l’intolérance qui gagne me semblaient passionnants. Et ça renvoyait aussi un peu l’histoire de cette île de la Sentinelle, l’idée que les gens habitent leur île mentale. Et en l’occurrence, ça peut être une île personnelle, ça peux être une île réelle, ça peut aussi être une ile allégorique, à savoir l’île de sa propre identité. Nous entrons dans un siècle des identités où ce sont les identités qui deviennent des projets politiques et non investis. 

Cela peut également se référer à ce qui se passe en Israël? 

Bien sûr, d’ailleurs, je file beaucoup la métaphore de l’île de la sentinelle et je l’applique au conflit israélo-palestinien à deux ou trois reprises dans le livre, parce que la narratrice Jade, qui est évidemment un personnage très problématique, mais c’est quelqu’un qui va avoir l’impression de devenir elle-même une sentinelle, de se convertir entre guillemets au peuple des Sentinelles. Et à partir de là, on va se mettre à observer tous les phénomènes de notre temps. Notamment les phénomènes qui font l’actualité, entre guillemets, à travers ce prismelà. Et quand jade parle du conflit israélo-palestinien, qu’elle voit à la télé, dont elle entend parler, c’est sous cet angle: l’idée que… La coexistence entre ces deux peuples serait à ses yeux impossibles précisément parce que les deux peuples ne pourraient pas sortir de leur île identitaire et ainsi qu’elle décrit cette guerre comme une guerre de deux îles qui ne peuvent pas converger et qui ne peut pas forger un archipel; ce n’est évidemment pas ma vision mais je trouvais intéressant de me projeter de filer cette métaphore de l’île de la Sentinelle jusqu’au bout, jusqu’à son paroxysme. 

Page 285, vous écrivez: “ Lucain avait tout dit dans la pharsale et Jérémie dans ses prophéties : quand un peuple est refermé sur lui-même, qui n’a aucune conscience du monde extérieur et n’inspire plus à aucune transcendance, il finit toujours par s’autodétruire”… 

Celui qui énonce cela, c’est le personnage du compagnon de Jade qui vit constamment repus tout le temps de ses propres certitudes et qui pense pouvoir expliquer le réel à coup de deux ou trois phrases. C’est justement ce qui l’exaspère Jade; dans ce passage, il applique une sorte d’aphorisme perçu comme une vérité catégorique et définitive à l’histoire des Sentinelles. Et en l’occurrence, et c’est ce qui est paradoxal, c’était que dans l’Histoire des Sentinelles, s’avère précisément l’inverse. Parce que les Sentinelles sont arrivés il y a 60 000 ans en même temps que d’autres peuples. Dans cet archipel des Andamade, tous les autres peuples ont disparus soit en se faisant massacrer par les colons britanniques, Soit… Notamment dans le caz des 

Jarawa, qui n’ont pas complètement disparu mais qui a été vraiment décimé, par le simple contact avec la modernité, un contact sans armes, sans intention, génocidaire ou criminelle. Mais le simple fait de rentrer… dans notre monde,mondialisé, uniformisé, notre société de consommation, a eu pour conséquence que les Jarawa ont quasiment disparu en l’espace de deux générations entre les années 70-80 et aujourd’hui. C’est absolument fascinant et cela va à l’encontre un peu de ce que disait le personnage du compagnon de Jade. 

Mais en effet, nous assistons, je pense, de façon globale à un mouvement général qu’on observe dans toutes les nations, dans toutes les sociétés, et notamment et même surtout dans les sociétés démocratiques, une tentation insulaire. Une tentation de l’île, une tentation d’organisation politique en île, c’est à dire une tentation du repli, de vivre en autarcie, d’estimer que les problèmes qui existent dans nos pays, dans nos nations, dans nos sociétés sont des problèmes qui sont toujours dus à la présence d’autrui. Bref, une tentation presque de vivre en sentinelle, entre guillemets. Cette manière d’exister est presque contraire à l’idée même de littérature. La littérature, c’est l’inverse, c’est l’idée de l’existence ouverte. Comme un voyage, c’est l’idée des rencontres qui nous enrichissent, nous améliorent…

Et puis il y a quand même cette idée de pureté ethnique qui revient…

Oui, c’est extrêmement frappant. C’est pour ça que le cas de l’Inde, je le trouvais très intéressant parce que ce phantasme de la pureté ethnique s’est installé en quelques générations. 

Et Modi est aussi aujourd’hui un homme qui compte par exemple en… En France, on a fait le grand sommet de l’IA à Paris l’an dernier pour se désindexer un peu des États-Unis. Modi en a été la guest-star. Mais en dehors de Modi, toutes les sociétés traversent, je crois, aujourd’hui, ce grand mouvement de fonds consistant à penser qu’après l’effondrement des grandes idéologies… qui étaient très dangereuses mais qui avait comme vertu d’expliquer le réel à coup d’idée, l’idée abstraite, eh bien il faut se réfugier dans le nombril régressif de ces identités. Et ça c’est un mouvement que je trouve absolument terrifiant.

De C-News à France Culture

Vous êtes passé de C-News à France Culture. Dans le genre grand écart…

(il rit) Il y a aussi un autre phénomène aujourd’hui que je trouve très d’inquiétant qui est la polarisation du débat, c’est-à-dire l’idée selon laquelle les gens ne veulent plus vivre dans… Dans la même réalité, mais qu’ils ont envie, chacun, de vivre dans la version du réel qui lui correspond au gré de son idéologie. Et une des transpositions médiatiques de ce phénomène, et même intellectuelle, c’est le désir de ne parler qu’avec des gens avec qui on est d’accord. J’ai été sur c news, précisément parce que j’étais en désaccord complet avec les idées qui y étaient xprimées, et que j’avais envie de débattre sur ce que j´ai pu faire de façon très libre pendant quatre ans… et ce fut une expérience passionnante. Ensuite, quand j’ai lancé ma propre émission, je souhaitais un cadre qui me soit plus naturel. Et quand France Culture m’a proposé de prendre en charge cette émission, c’était quasiment un rêve de gosse qui se concrétisait. 

Vous êtes pour la libération des drogues, de certaines en tout cas…

Je n’en consomme pas, mais je suis totalement opposé à l’hygiénisme d’État.il faut faire, une distinction entre deux choses qui n’ont rien à voir. Évidemment, un individu n’a pas le droit de mettre en danger la santé d’autrui. Prendre toutes les dispositions qu’on peut pour empêcher ça, me semble légitime. Même par exemple dans le cas du tabac, le tabagisme passif, j’entends tout à fait ça c’est problématique. Mais je ne vois pas philosophiquement comment on peut empêchée un individu de nuire à lui-même, de se ruiner sa propre santé. Le suicide, ‘est pas, de ce que je sache, interdit. Et puis de façon plus générale, la consommation d’alcool. Pourtant, entre l’alcool et les drogues, il y a une différence de degré, pas de nature. Dans les deux cas, c’est dangereux pour soi-même. Dans les 2 cas, dans des états secondes. Dans les déux cas, ça met dans des états second qui peuvent nous rendre agressifs, un peu fous, un plus irrationnels. Et on n’y a jamais interdit l’Alcool. Et je crois que sur les drogues, on a dans beaucoup de pays une approche complètement irrationnelle à travers un prisme sécuritaire qui, feint d’être rationnel et pragmatique, mais qui est en fait complètement délirant. Parce que plus il essaie de réprimer et de prohiber la consommation de drogue, moins il y parvient. Plus on prend des mesures contre les trafiquants et contre les consommateurs, plus il y a de trafic et plus il n’y a de consommation. Donc ça me semble complètement dur, mais je pense qu’il faudrait complètement renverser ce logiciel, à mon avis, défaillant et qui est théoriquement fou. 

Interview: Bernard Roisin

Sur le site de l’éditeur:

Une île interdite d’accès devient métaphore du dernier refuge dans un monde en surchauffe.

Entre un métier envahissant, un mari égoïste et un patron corrompu, Jade est sans cesse à la limite du burn-out. Est-ce pour fuir cette réalité toxique qu’elle accepte de superviser la création d’un palace dans l’archipel indien d’Andaman ? Un paradis tropical où elle découvre une île inviolée et coupée du monde, habitée par un peuple ancestral dont le nom sonne comme une alerte : les Sentinelles. 

Et si cette île, dans son mystère, était le miroir inversé de notre monde, lui-même en surchauffe ?

Depuis Les Liens artificiels, qui racontait la désincarnation du réel, Nathan Devers développe une oeuvre à la fois singulière et lucide. En sismographe de la modernité, il se confronte ici aux questions brûlantes de notre temps en décryptant les symptômes du nouveau « mal du siècle ».