« THÉÂTRE »: une nouvelle collection au catalogue des Éditions du Lion Z’Ailé

Une nouvelle collection de théâtre au catalogue des Éditions du Lion Z’Ailé.

Nouvelle venue dans le paysage littéraire belge, la collection THÉÂTRE réunira des textes destinés aussi bien à la lecture qu’à la représentation. Sa direction littéraire sera assurée par l’écrivain Jean Jauniaux.

Cinq titres sont d’ores et déjà disponibles, en librairie ou sur le site de la maison d’édition Le Lion Z’Ailé : Le livre volé et autres monologues, de Jean Jauniaux,(préface de Paul Emond)  La robe noire d’Olga de Jean Yvane, inspiré d’une nouvelle d’Anton Tchekov, L’Iliade et L’Odyssée adaptés d’Homère dans un récit théâtral signé Paul Emond, J.O.N.A.S. & Sofia de Malika Madi et Vincent VanderbeekenFuneral planneun vaudeville signé Claudie Rion et préfacé par Jérôme de Warzée.

Dans un paysage éditorial morose, lancer une nouvelle collection dans la niche singulière du texte dramatique relève de la gageure et exige de la passion. La directrice fondatrice des Éditions du Lion Z’Ailé, Yasmina Bouko, inspirée par sa passion du théâtre a décidé de tenter l’aventure.

Nous nous proposons, dans différentes interviews des auteurs et autrices des premiers ouvrages parus d’en savoir davantage sur un catalogue dont les titres relèvent aussi bien de la littérature classique et universelle (Homère), du vaudeville le plus scintillant, du questionnement socio-politique ou de la performance du monologue…

Edmond Morrel, avril 2026

Nous commençons cette série d’entretiens par celui que nous a accordé Jean Yvane, auteur d’une pièce inspirée librement d’une nouvelle de Tchekhov, La robe noire d’Olga. Jean Yvane a publié une douzaine de romans chez de grands éditeurs parisiens. Si son premier roman Un cow-boy en exil (Denoël) a obtenu le Prix Cino Del Duca, son quatrième roman, L’Arme au bleu (Grasset) a figuré dans la dernière sélection du Prix Renaudot. Également homme de théâtre, il a occupé diverses fonctions à la télévision ainsi qu’à la Commission européenne. Ses deux derniers ouvrages ont été publiés en Belgique, aux Éditions M.E.O. : un roman (Sourires d’un enfant caché) et un recueil de nouvelles ( Cosa Mentale). Nous l’avons interviewé à différentes occasions, dont les enregistrements sonores sont toujours accessibles sur  www.espace-livres.be ou sur notre chaîne YouTube.

La Robe noire d’Olga… Le « pitch » de la pièce…

En l’absence de son mari, Olga Ivanovna appelle le médecin Zvetkov au chevet de son fils Micha gravement malade. Cette consultation est très vite parasitée par le trouble qui s’installe dans leur dialogue et l’évocation d’une faute qu’ils ont en partage. Quelle issue à ce drame ? Jean Yvane s’est librement inspiré d’une nouvelle de Tchekhov – Le docteur – pour cette adaptation destinée à la scène où s’expriment les aspirations du grand écrivain russe.

Quelques mots à propos du directeur de la collection : 

Jean Jauniaux, est écrivain et journaliste littéraire. Auteur de nouvelles, romans et poésie, il vient de publier Le livre volé et autres monologues. Il a enregistré plusieurs entretiens avec Jean Yvane, dont un roman, Sourires d’un enfant caché et un recueil de nouvelles, Cosa mentale viennent de paraître aux Éditions MEO.

L’entretien

Edmond Morrel : Vos deux dernières parutions figurent dans le catalogue des Éditions MEO : un recueil de nouvelles (Cosa mentale) et un roman (Sourires d’un enfant caché). Vous publiez à présent une pièce de théâtre chez un autre éditeur belge.  La Belgique serait-elle une nouvelle terre d’accueil pour les écrivains français ?

Jean Yvane : Une terre d’accueil, sinon d’asile ! Au XIXème siècle, comme le rappelle Gérard Adam, le directeur des Éditions MEO, il y a eu quelques précédents, et non des moindres. Le pli en est donc pris. Un accueil chaleureux et l’amitié y sont pour beaucoup.

E.M.. : Comment décidez-vous de traiter d’un sujet, de raconter une histoire ? Y a-t-il un déclencheur spécifique ? Une lecture, une émotion, une rencontre, un événement ?

J.Y. Difficile à dire. Une idée me vient, je ne sais d’où, si ce n’est d’une image, le plus souvent, ou de mes lectures. Si cette idée perdure contre vents et marées, je me jette à l’eau en ignorant, bien souvent, la nage que je vais devoir pratiquer pour arriver à bon port : le crawl ou la brasse ? J’avoue un net penchant pour L’indienne… 

E.M. Comment se décide, une fois le sujet choisi, s’il s’agira d’une nouvelle, d’une pièce ou d’un roman ?

J.Y. La forme impose le genre. Cela peut tenir à l’importance donnée aux personnages de l’action qui appellent la scène, soit à la narration requise par le roman ou la nouvelle, l’un et l’autre répondant, toutefois, à deux logiques différentes. 

E.M. Pourriez-vous nous présenter, en quelques lignes, la trame et les personnages de La robe noire d’Olga ?

J.Y. En l’absence de son mari, Olga Ivanovna appelle le médecin Zvetkov au chevet de son fils Micha gravement malade. Cette consultation est très vite parasitée par le trouble qui s’installe dans leur dialogue jusqu’à le rendre impossible. Quel remords les habite ? Et pourquoi Olga Ivanovna est-elle toujours vêtue de noir ? Les reproches que lui adresse le docteur Zvetkov sont-ils justifiés ? La porte derrière laquelle souffre le petit Micha, se dresse face à Olga Ivanovna et le docteur Zvetkov tel un mur où s’inscrit la révélation d’une faute inavouable mais bientôt avouée.

E.M. Cette pièce s’inspire d’une nouvelle d’Anton Tchékhov. Lui-même alternait les œuvres de fiction en prose et le théâtre. Comment, à la lecture de cette nouvelle, avez-vous imaginé qu’il y avait matière à une « adaptation » théâtrale. 

J.Y. Une première lecture de la nouvelle – Le docteur – parue dans la presse m’avait inspiré une adaptation très libre, pour la scène exclusivement. Je l’ai reprise et remaniée, au fil des années. Dans la nouvelle de Tchékhov, le fils d’Olga Ivanovna est condamné. La faute de la mère trouve dans ce diagnostic l’expiation même de cette faute qu’elle porte comme une croix. Il s’agit donc d’une tragédie. La robe noire d’Olga opte délibérément pour le drame, qui rend éventuelle une issue positive, en exprimant notamment les aspirations profondes de Tchékhov, lequel mettait beaucoup d’espoir dans le perfectionnement des individus et de la société. Pourquoi la scène ? La définition que donne Lorca du théâtre aura, peut-être, guidé mon choix : « Des planches, une passion ». Les deux personnages et la situation vécue par eux, répondent, me semble-t-il, à ce critère.

E.M. Dans quelle mesure Tchékhov vous est-il proche ? Son humanité, sa lucidité empathique, son style, sa capacité à émouvoir sans plainte…y a-t-il là des traits communs avec votre personnalité littéraire ? De quelle manière décririez-vous cette (éventuelle) proximité ?

J.Y. Le goût de la litote, peut-être : en dire moins pour en dire plus. Les personnages de Tchékhov sont sur leurs minima, mais leur sensibilité reste à fleur de peau. Il leur suffit d’un mot pour introduire ou changer une situation, révéler des abîmes dans et entre les êtres. Ainsi cette réplique qui ouvre La Mouette : « Pourquoi êtes-vous toujours en noir ? » Comment annoncer mieux un climat d’incertitude ? Le refus du pathos, aussi, voire celui du théâtral. Chez Tchékhov, lucidité et empathie vont de pair. Cela me touche à ce point que cette simple question : « Pourquoi êtes-vous toujours en noir ? » a conditionné l’écriture et jusqu’au titre de ma pièce : La robe noire d’Olga. Chez lui, c’est « le-presque-rien » qui nous émeut. Ne jamais élever la voix, pour donner à mieux entendre le coup de feu fatal qui clôt, par exemple, La Mouette. Le ou les silences y sont glauques.  

E.M.. Dans votre œuvre figurent des textes adaptés à la radio, sous forme de « dramatiques ». Un des vœux de la collection « Théâtre » est de redonner au public le goût de la lecture de pièces. Dans quelle mesure partagez-vous cette ambition ? La radio, notamment avec la multiplication des podcasts, pourrait-elle redevenir un vecteur de transmission du théâtre ?

J.Y. Ambition très légitime qui répond, notamment, au goût de Marguerite Duras, laquelle, de son propre aveu, préférait lire les pièces plutôt que de les découvrir par le prisme déformant – parfois pour le meilleur, parfois pour le pire – d’un metteur en scène qui toujours impose sa vision. Bien sûr, on ne peut oublier la revendication de Molière qui, dans l’une de ses préfaces, rappelle que ses pièces sont faites pour être jouées et vues sur une scène. Ne nourrissait-il pas quelque ressentiment envers les libraires-éditeurs qui le spoliaient ? Mais les temps ont changé et développé des techniques qu’il peut être intéressant d’utiliser par l’intermédiaire de l’édition et des podcasts, ne serait-ce que dans le cadre de l’Éducation nationale. Lire une pièce et en étudier le projet dans sa forme scénique serait, me semble-t-il, le meilleur et plus sûr moyen de développer la créativité chez beaucoup d’élèves qui seront, dans l’avenir, des spectateurs sensibles et plus avertis. 

E.M. Vous faites partie des écrivains qui n’ont de cesse de ré-écrire leurs manuscrits, d’y revenir continûment comme s’ils n’étaient jamais vraiment achevés à vos yeux. D’où vient cette exigence ? 

J.Y. Ce qui est terminé n’est pas nécessairement achevé. Le temps fait partie de l’écriture, même si, selon l’Oronte de Molière, il (le temps) « ne fait rien à l’affaire ». Des écrivains aussi confirmés que Mauriac et Sagan ont reproché à leurs romans d’être souvent quelque peu bâclés par une hâte excessive. Il doit y en avoir d’autres. Cela dit, il faut veiller à ne pas détruire par des reprises continuelles ce qui a été si difficile à mener à son terme, sinon toujours à bien. Question de dosage. Des amis peintres m’ont tenu ce genre de propos. Eux-mêmes semblent souvent travailler simultanément sur plusieurs tableaux, alors qu’ils ne font que reprendre et corriger certains d’entre eux, après un temps de repos, comme il doit en aller d’une pâte gourmande. D’où le nombre impressionnant de toiles en cours d’exécution qui encombrent les ateliers. Chez l’écrivain, les manuscrits à revoir prennent, heureusement, moins de place… Quant à savoir l’origine de cette exigence qui « cent fois sur le métier… », etc. Peut-être vaut-il mieux n’en rien savoir ni ne regarder trop sous le capot. Mais cette exigence, si elle est là et bien là, il me semble préférable sinon profitable de s’y tenir.