En mai 2026 aura lieu l’avant-première officielle du film « L’ivresse des livres », un court-métrage (30’) réalisé par Philippe Reypens, adapté d’une des nouvelles du recueil homonyme de Jean Jauniaux, L’ivresse des livres que les Éditions MEO viennent de ré-éditer. A l’ouverture d’une des projections, organisée par la Bibliothèque Charles Bertin à Rhode Saint Genèse, Philippe Reynaert (« L’homme aux lunettes blanches ») a évoqué la carrière et la personnalité du réalisateur. Il nous a autorisé à publier ici le texte de cette évocation vibrante. S’agissant d’un court-métrage, c’est principalement dans le cadre de festivals ou de manifestations liées au thème abordé dans cette fiction – une célébration de la littérature -que le public aura l’occasion de le voir et de partager l’enthousiasme de Philippe Reynaert, mais aussi de l’auteur de la nouvelle à l’origine de ce court-métrage.

« Philippe Reypens: un cinéaste libre, tenace, sincère » (P. Reynaert)
Ce soir, avant que les lumières s’éteignent et que la magie opère, j’aimerais vous dire quelques mots sur l’homme qui est au centre de cette soirée — et qui, j’en suis convaincu, mérite bien plus que quelques mots. Philippe Reypens. Un nom qui devrait résonner bien plus fort dans le paysage culturel belge qu’il ne le fait aujourd’hui. Et c’est précisément pour cela que je suis heureux d’être là ce soir pour parler de lui et avec lui. Philippe Reypens, c’est d’abord un mélomane égaré du bon côté de la caméra. Ancien choriste, il a très tôt compris que le cinéma pouvait être le prolongement naturel de sa passion pour la voix, pour la musique, pour tout ce qui vibre et qui émeut. Son premier documentaire, L’Or des anges, consacré aux maîtrises vocales en Europe, a été vendu dans huit pays — du Canada au Japon. Pas mal pour quelqu’un dont des esprits étriqués prétendaient que ses histoires « n’intéresseraient que des bonnes sœurs et des curés »…
Depuis, Philippe a construit une œuvre cohérente, exigeante, profondément humaine — une trilogie sur l’art et la vocation, un documentaire bouleversant sur le chef de chœur Edward Higginbottom à Oxford… Des films qui circulent, qui touchent, qui laissent une trace.
Et pourtant. Et pourtant, Philippe Reypens est aussi l’un de ces cinéastes que notre establishment culturel a trop souvent regardé avec méfiance. En 28 ans de carrière, il a essuyé 28 refus de financement. 28. C’est un chiffre qui aurait découragé n’importe qui. Mais pas lui. Parce que Philippe a cette chose rare : il croit en ses histoires. Il y croit avec une obstination tranquille qui force le respect.
L’Ivresse des Livres, son nouveau court-métrage, s’inspire d’une nouvelle de Jean Jauniaux .

Rien que le titre dit déjà quelque chose de Philippe Reypens comme de Jean Jauniaux : cette idée qu’on peut être ivre — transporté, débordé, submergé — par la littérature, par les mots, par les histoires des autres. C’est exactement ce qu’ont toujours fait l’écrivain dans ses livres et Philippe Reypens dans ses films : nous offrir une ivresse douce et lucide à la fois.
Je suis attentif au travail de Philippe Reypens depuis ses débuts mais nous nous sommes encore rapprochés ces derniers mois quand il m’a proposé de lire le scénario d’un long métrage de fiction inspiré de Stefan Zweig. Séduit par ce texte en devenir, je lui ai proposé de le faire lire par Jean Jauniaux dont la culture littéraire et la connaissance de l’écrivain autrichien pourraient l’aider. Et le premier résultat de leur rencontre … est le court-métrage que nous allons découvrir ce soir !

Je suis très fier, à vrai dire, d’avoir rapproché ces deux talents que j’admire. Et je le suis tout autant d’avoir accompagné Philippe Reypens lors de sa première rencontre avec Fabrizio Rongione, rôle principal du court métrage qui renforce encore sa pertinence.
Voilà, j’aurais voulu parler aussi de la qualité de la photographie signée par Michel Baudour, saluer la fidélité et la ténacité du producteur Frédéric Chanteux, mais je terminerai en vous demandant de prendre un instant pour reconnaître ce que Philippe Reypens représente : un cinéaste libre, tenace, sincère.
Quelqu’un qui fait des films parce qu’il ne peut pas ne pas en faire.
Philippe, merci pour cette nouvelle ivresse. Et bravo.
Philippe Reynaert,
A propos du film « L’ivresse des livres »
Le film de Philippe Reypens met en scène « ce que peut la littérature » à travers une fable moderne qui célèbre le pouvoir insoupçonné de l’invention romanesque et de la lecture. L’histoire :Thomas est un célibataire d’une cinquantaine d’années. C’est un solitaire qui a trouvé son bonheur dans l’amour des livres et auprès de ses chats Bébert et Colette. La lecture occupe sa vie. Et c’est régulièrement qu’il fait des lectures publiques pour faire partager ses coups de cœur littéraires. Alors, lorsque Thomas apprend qu’il est atteint d’une rétinite et qu’il va perdre la vue, il se lance dans un projet fou : celui d’enregistrer les cent livres qui ont marqué sa vie de lecteur et qu’il pourra ainsi ré-écouter une fois devenu aveugle. En attendant, il s’oblige à porter un masque sur les yeux dans le but de s’habituer à son futur handicap. Mais ces résolutions ne seront pas sans effet…
Le casting : Séduit par la délicatesse de cette histoire, c’est le comédien belge Fabrizio Rongione qui incarne le rôle de Thomas, notre passionné de lecture. Et c’est Bruno Georis qui, vêtu de sa blouse d’ophtalmologue, aura la délicate mission de lui apprendre la mauvaise nouvelle… Fabrizio Rongione sera entouré par un autre comédien belge, Thierry De Coster, l’ami ingénieur du son de Thomas, et par la comédienne française Catherine Aymerie avec qui le réalisateur a déjà travaillé sur Le Songe et Eliot et à qui ce dernier a confié le rôle d’Albertine Simonet , et aussi par l’actrice et réalisatrice Psyché Piras qui a accepté de se glisser dans la peau d’un autre personnage féminin, celui de Francine.
