L’enfance et la mère…l’univers littéraire de Manuel Verlange. Rencontre avec l’animateur de la collection « L’authentique » une des collections au catalogue de la maison d’édition belge « Le Lion Z’Ailé »…

Directeur littéraire de L’authentique , la collection romanesque qu’il a créée avec Yasmina Bouko et qu’il anime au sein de la maison d’édition Le Lion Z’ailé, Manuel Verlange y publie un deuxième roman Au titre d’une enfance heureuse . Ce titre s’accompagne dans la collection des romans de Monique Coant-Blond (Au risque de se perdre), Coraline Croquet (Ce que murmurent les jonquilles) et du premier roman de Manuel Verlange dans cette collection (La lumière de la pluie sur son visage)

Une occasion à ne pas manquer pour évoquer avec l’infatigable écrivain cette aventure éditoriale et littéraire et compléter ainsi la série d’articles et d’interviews consacrés aux collections et aux auteurs réunis par l’enthousiaste directrice et fondatrice de la maison, Yasmina Bouko.

Á son actif elle peut compter sur différentes collections : Littérature générale, Récits de vie, Nouvelles, Théâtre, Jeunesse, Polars – Thrillers, SF– Dyschronie – Uchronie et Développement personnel. Présente sur de nombreux salons littéraires, la maison d’édition a pour ambition de développer la promotion de ses livres dans l’ensemble de la francophonie. Yasmina Bouko est devenue depuis peu « ambassadrice » du réseau international « Rencontre des auteurs francophones », créé par Sandrine Mehrez-Kukurudz.

L’énergie, l’enthousiasme, l’engagement pour la littérature sont bel et bien au rendez-vous de cette maison dont le siège se trouve en lisière du site de la bataille de Waterloo…

Edmond Morrel

Rencontre avec Manuel Verlange..

Edmond Morrel : Sur le site de la nouvelle maison d’édition Le Lion Z’Ailé, la collection « L’Authentique », que vous dirigez, annonce que chaque livre est « pensé comme une œuvre d’art à part entière ». En quoi l’« objet-livre » apporte-t-il un supplément d’âme à la lecture ? 

Manuel Verlange: L’essentiel est le texte, rien que le texte. Nous sommes d’accord. Dès lors, en réponse à votre question, je dirais que les livres de la collection L’Authentique, ressemblent à une soirée entre amis très chers. Vous êtes heureux de les recevoir. Vous passez des heures en cuisine, afin d’élaborer votre meilleur plat, avec tout votre amour. C’est le texte. Et si vous servez ce plat sur une table bien dressée, avec des fleurs, des bougies, une décoration généreuse, vous augmentez encore la dose de cet ingrédient aussi merveilleux qu’indispensable : le plaisir autour du plat. Ainsi, un livre de la collection « L’Authentique », c’est un repas entre amis. Un moment fort. Un moment privilégié. Dont les lecteurs se souviendront, je l’espère.

E.M. : Au titre d’une enfance heureuse est le deuxième roman que vous publiez dans cette collection. Vous avez choisi le point de vue d’un narrateur prématuré, débutant le récit dans le ventre de sa mère…Ian Mc Ewan, François Weyergans, Pascal Bruckner parmi d’autres s’étaient essayé à ce périlleux tour de force, faire d’un fœtus le narrateur du monde dans lequel il s’apprête à naître. Comment avez-vous fait le choix de ce point de vue ?

M.V. : Seul ce bébé était en mesure de rendre compte de sa situation. Le choix s’est donc imposé. Sans bêtifier, bien entendu. D’après les retours de lecture abondants, il apparaît que les lectrices, les lecteurs, oublient très rapidement que ce bébé-diseur est un fœtus, un prématuré, puis un nourrisson. Il terminera par ses premiers pas. C’est un livre sur l’enfance avant l’enfance. Il m’a semblé que cet angle d’écriture allait de soi. Et il ressort que les lecteurs se laissent « porter ».  Si je n’avais pas opté pour ce choix, j’aurais dû dérouler le fil de cette histoire sous l’angle de la mère et de la grand-mère. Cela n’avait plus de sens. Le choix s’est donc imposé dès le début de l’écriture.

E.M. : En quoi ce choix a-t-il conditionné l’écriture, le style littéraire ?

M.V. :Toute l’écriture de ce texte repose sur ce postulat. Chaque personnage s’imprime naturellement dans l’histoire. Le bébé. La mère. La grand-mère. Ainsi que les personnages tournant autour de ce roman.

E.M. : L’enfance et le lien maternel sont au cœur de vos deux derniers romans. En quoi cette quête d’une identité marquée par la naissance et donc la maternité, vous permet-elle de développer une écriture romanesque singulière ? 

M.V. L’enfance et le lien avec la mère se trouvent au cœur de quatre de mes romans : Vue sur mère, Portrait de ma mère en fuite, La lumière de la pluie sur son visage et le dernier, Au titre d’une enfance heureuse. Pour moi, cette quête identitaire est une question respiratoire. Je me fais, des « racines », une conception particulière, basée sur ma réalité. Mes textes sont mes racines. Les seules, je n’en ai pas d’autres. Le lien maternel est une fibre sensible, douloureuse, un questionnement auquel je ne peux échapper. Mes pages sont des tentatives de réponses. Qui ne me conviennent jamais. Qui m’amènent à re-creuser ces questions. Sans cesse. L’avantage, c’est que cela promet un bon paquet de romans. Toujours ça de pris sur l’adversité !

E.M. :Quelles sont les réactions du public qui vous ont le plus étonné lors des présentations et participations aux rencontres et salons littéraires ?

M.V. : Leur recherche, leur questionnement, leurs rapprochements par rapport à leur situation personnelle. Ils puisent dans les questions escaladées ainsi que des pans de montagne, des réponses en résonance à leur vie, ou celle de leurs proches. Ce développement romanesque parle aux mères, aux enfants devenus grands, aux pères. Bref, leur vie, quoi. Sommes-nous tous si différents ?

E.M. : La directrice du Lion Z’ailé, Yasmina Bouko est devenue il y a peu « ambassadrice » du réseau des auteurs francophones. La présence des collections du Lion Z’ailé sur la scène internationale francophone semble être un des labels et une des singularités de la maison d’édition. Comment voyez-vous la place de la littérature belge dans le concert de la francophonie ?

M.V. :Vous me poussez à répondre à la place de Yasmina Bouko. Ce que je ferai volontiers, travaillant avec elle de manière proche. Pour le Lion, la francophonie représente l’espace de travail. Nous sommes fiers de travailler en Belgique. Au sein d’une maison d’édition cent pour cent belge. À Waterloo. Au cœur du Brabant Wallon. Mais est-ce une fin en soi ? La littérature belge est une richesse que vous connaissez bien. Dont vous êtes un acteur militant. Mais les richesses doivent-elles demeurer dans le jardin autour de la maison ? La Belgique francophone représente moins de cinq millions de personnes. Combien de lectrices, combien de lecteurs ?…  La francophonie, c’est environ 396 millions de locuteurs, selon les derniers recensements. Le choix de l’horizon est vite fait. Le regard du Lion se lève vers la francophonie, vous l’aviez compris. Une langue a besoin d’espace pour les découvertes, les rencontres, les partages. Les plantations. Imaginez un instant notre grand Jacques Brel, s’il avait choisi de rester chanteur dans les tavernes de Schaerbeek ? À présent, votre question : la place de la littérature belge dans le concert de la francophonie ? Deux réponses, si vous êtes d’accord. La première est simple. Il s’agit d’une question de survie de la langue. De ses spécificités. De sa culture. Il suffit d’écouter les médias pour se rendre compte de l’appauvrissement du français en pente douce, voire de sa méconnaissance chez certains qui parlent fort. D’autre part, l’injection d’anglicismes dans la langue est, à mon sens, à mes oreilles, surtout, toxique, triste, affligeante. Dans ces minestrones linguistiques, aucune langue ne s’en sort bien. Chacune prend des coups. Ensuite, elles éprouvent des difficultés à marcher. Je n’ai rien contre l’anglais, bien au contraire. Je parle, lis et écris cette langue avec bonheur. Je suis un amoureux des Beatles et de Jean Ferrat dans le texte, j’aime les fish & chips et les chicons au gratin, mais les deux dans mon assiette me perturbent quelque peu. Quant à la seconde réponse, elle s’avère également d’une simplicité géographique et culturelle. La richesse de cette belle langue française tient dans les apports de ses différentes origines. L’histoire s’infiltre dans la langue, avec la sociologie, les bouleversements, conflagrations et séismes économiques. Le français est façonné par l’histoire. Les migrations. Ces routes en lacets qui nous ont forgés. Ainsi, il y a le belge, le québécois, le suisse, l’africain du nord et l’africain occidental, etc. Toutes ces richesses pétrissent le pain de la langue française. La Belgique y a sa place, son sens, ses spécificités. Son unicité. Imaginez la Belgique sans les Ardennes, le Tournaisis, le Hainaut ou Liège ? Une impression de gruyère avec trop de trous et le goût qui fout le camp, non ?

E.M. : Pourriez-vous, en votre qualité de directeur adjoint du Lion Z’ailé, évoquer les autres collections réunies sous l’enseigne : théâtre, histoire, thriller… ?

M.V. : Ah, ces collections ! Une belle aventure dans l’aventure du Lion. Elles sont au nombre de cinq, en plus des collections de littérature générale et les romans jeunesse. Ces collections sont les vaisseaux du Lion, arpentant l’océan des livres. Chaque directeur y apporte sa créativité, ses choix, ses visions. Ces collections nous permettent la mise en texte et le développement d’écrits. Le Théâtre, par exemple, ose l’émergence de textes, d’une parole, d’une résonance à la fois des pages et de la scène. Ces collections sont des paris qui restent à gagner tous les jours. Il s’agit d’un travail d’équipe. D’audace. D’une indispensable communication performante. Ces collections sont avant tout des fraternités d’écriture.

Propos recueillis par Edmond Morrel (6 mai 2026)