Nous avons déjà évoqué ce bonheur singulier de gravir le chemin conduisant à hauteur du somptueux jardin de La Maison Lismonde chaque fois qu’une exposition thématique des oeuvres de l’artiste nous en donne l’occasion. La maison, son jardin, l’arbre qui semble les protéger à l’abri de sa beauté en majesté accueillent le public à chacune des occasions que nous offre l’ASBL présidée par Catherine de Braekeleer.
« Les Roches » ont déjà proposé, sous la houlette de Françoise Roberts-Jones, Corinne ter Assatouroff, Henri Smeyers et Serge Goyen de Heusch, d’explorer l’oeuvre de Lismonde en resserrant la focale du regard sur des thèmes – prétextes à mettre en lumière des oeuvres – ou d’accueillir des artistes proches de l’artiste. Nous avons rendu compte des ces événements dont les beaux catalogues, érudits et illustrés, nourris de souvenirs personnels (comme ceux de Françoise Roberts-Jones qui assure ici la recherche iconographique et documentaire) ou d’analyses de la chronologie des oeuvres dans la vie de l’artiste (Serge Goyens de Heusch pour cette exposition-ci). Ces articles et interviews sont toujours accessibles sur notre site

« En voyage avec Lismonde » s’attache principalement à trois voyages, initiateurs et initiatiques: en Grèce (1934) et en Italie (1934 et 1954). Bien entendu, tout au long de sa carrière, les voyages se multiplieront à l’occasion d’expositions ou de commandes d’oeuvres. Ainsi le catalogue de l’exposition se termine avec l’évocation d’une oeuvre inspirée de l’Italie: Rocca Medioevale : une tapisserie de 172 x 388 cm, commandée et réalisée pur la Société nationale de Crédit à l’industrie pour la salle à manger d’apparat de son siège. Il ne reste de cette oeuvre que le carton…
Les oeuvres exposées sont pour l’essentiel des fusains figuratifs. Le long voyage en Grèce fait l’objet d’un « journal de bord détaillé permettant de <le> suivre <l’artiste> pas ) pas et de partager ses multiples observations de couleurs des paysages qu’il traverse. » Le catalogue donne à voir également des photographies du périple.
L’exposition permettra de saisir les prémisses du passage à l’abstraction et du va et vient entre celle-ci, à venir, et le figuratif. Dans Conversation avec Philippe Roberts-Jones (Editions Tandem, 1992) il évoque « cette période Caracalla » au cours de laquelle, comme il en témoigne dans un texte manuscrit sur L’art contemporain en Italie il constate » il ya toujours dans mes dessins les moins figuratifs, quelque chose d’italien. »

Ce qui est sans doute le plus stimulant dans le cheminement de l’exposition est de retrouver, en filigranes des oeuvres, les prémisses d’une trajectoire décisive vers l’abstraction. Comme on le lira dans le catalogue, on voit ici « la mystérieuse façon dont des réalités bien visuelles peuvent se transposer en oeuvres dites abstraites ».
Ne manquez pas ces voyages avec Lismonde…ils vous accueillent à travers le regard toujours inspiré de l’artiste et dans un lieu que l’amitié et l’admiration rendent irremplaçable: la maison de l’artiste.
Jean Jauniaux, le 1/6/2026
Sur le site de la Maison Lismonde:
La belle maison de Lismonde (1908-2001), située dans un grand parc arboré à Linkebeek près de Bruxelles, conserve l’œuvre de l’artiste connu surtout comme dessinateur. Ayant gardé son caractère et son charme de début du siècle passé, elle abrite des expositions, organise des concerts et diverses activités culturelles.
Cet été, le thème choisi nous emmène en voyage. Le jeune Lismonde, avec d’autres collègues professeurs, découvre l’Italie au printemps 1934 : Florence, Naples, Rome. Puis ce sera la Grèce en été de la même année, un long périple en bateau. Ses dessins au fusain et ses précieuses notes permettent de le suivre.
En 1954, quatre mois de séjour avec son épouse à l’Academia Belgica de Rome le marquent en profondeur et ses fusains témoignent de son intérêt pour l’architecture antique et baroque. Autres lieux, autres dessins : Bologne, Assise, Frascati, Capri, Amalfi etc… En 1961, il est invité à Comacina, île du lac de Côme, année où l’Academia lui organise une exposition personnelle. Sa notoriété, par ailleurs, lui valut de représenter la Belgique à deux reprises à la
Biennale de Venise. La trentaine d’œuvres exposées, accompagnées de documents inédits, grâce aux archives de l’Academia, rappellera l’enthousiasme de Lismonde pour l’Italie, ses paysages, la musicalité de la langue et le bonheur d’y vivre.
