« Les contes défaits » d’Oscar Lalo chez Belfond

Heureuse surprise au courrier: la réédition du roman Les contes défaits d’Oscar Lalo, aux Editions Belfond, un livre que j’avais eu beaucoup de bonheur à recenser à sa sortie en 2017. Sur le bandeau de cette nouvelle parution, je relis ce que j’écrivais alors pour accompagner l’interview de l’auteur: « Le roman d’Oscar Lalo est de ceux que l’on n’oublie pas. Comme les grands livres, il dit davantage que son sujet et ne cesse de nourrir notre regard sur le monde ». 

Je vous propose de lire l’intégralité de cet article et de ré-écouter l’enregistrement de l’entretien, mis en ligne au mois de février 2017. Il me semble que ce livre, que je n’ai pas encore relu, conserve une sorte d’éternité…

Certains romans vous empoignent littéralement dès les premières lignes et ne vous lâchent qu’au terme d’une lecture tout au long de laquelle vous avez conscience de ne pas sortir indemne. « Les contes défaits » , premier roman d’Oscar Lalo, est de ceux-là. Le narrateur adulte essaie de reconstituer au fil des chapitres courts d’un journal saccadé comme par des sanglots, la violence dont , enfant, il fut la victime : le train qui chaque été emmenait un convoi d’enfants livrés au home dans lequel ils étaient livrés aux sévices sexuels du couple de Thénardiers qui le dirigeaient. Aucune des tortures infligées n’est décrite. L’écrivain n’a pas besoin de ces mots là pour que nous frémissions de douleur partagée et de compassion pour l’enfant : « Quand (il) avait les yeux dans le vide, c’est que l’homme est passé par là. »Oscar Lalo est implacable pour les parents qui ne devinaient rien, pour le directeur et sa femme régnant sur un univers sans loi, pour les masques souriants et convenus derrière lesquels la douleur des victimes et la duplicité des bourreaux trouvaient refuge. Le roman de Lalo interroge, à travers l’ »enquête sur un crime sans preuve, sans indices ni symptômes » à laquelle se livre le narrateur, la justice, la mémoire, l’enfance, la résilience. Tous ces mots, grâce à la fiction, à l’écriture maîtrisée du romancier, à la distance paradoxale qu’il met entre le lecteur et les sévices subis, prennent leur vrai sens. Ces mots abstraits résonnent ici, comme de longues plaintes enfin libérées, sur les parois de notre cœur révolté.La faculté des romans est de transformer et de nourrir notre regard sur les univers qu’ils dévoilent : « les contes défaits » en sont une démonstration éclatante.

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