Gaëtan Faucer: un portrait de l' »ami roi » dans la collection « L’Article », une collection de nouvelles, « Cette année-là »…

La parution du 6Oe numéro de L’Article consacrée à « L’ami littéraire » Gaëtan Faucer donne l’occasion à Alain Magerotte d’évoquer, dans un exercice acrobatique – en 5.000 mots seulement – une personnalité démultipliée dans l’exercice de la littérature et de la promotion de celle-ci. Il est à la fois éditeur ( il a succédé au regretté Maxime Lamiroy dans les fonctions de directeur des Editions Lamiroy ), éditeur, conférencier, dramaturge, aphoriste….: Gaëtan Faucer inaugure l’année 2026 dans un rôle plus inattendu, celui d’être le sujet d’un livre-portrait.

L’occasion nous est donnée de publier ici une interview réalisée naguère et consacrée non pas à la collection dont il est aujourd’hui un des sujets, succédant à 59 confrères et consoeurs en littérature qui se sont lancé le défi, en 5000 mots toujours, de décrire des écrivains aussi prestigieux que Cocteau, Colette, Stephen King, Jacques De Decker, Camille Lemonnier, Julos Beaucarne, Maurice Carême, Marcel Proust…et tant d’autres dont le répertoire se trouve sur le catalogue de la maison créée en 2013 .

La collection « Cette année-là » avait attiré notre attention à sa création. On y retrouve le même format que « L’article », la même longueur de texte (5.000 mots) et une multiplication des auteurs et autrices invités. En effet, nous dit le directeur de la collection, « Cette année-là est une collection de nouvelles qui se passent l’année de la naissance de leur auteur. Il n’y aura qu’un seul auteur par année. Plus de 70 titres (et donc d’années par autant d’auteurs différents) sont déjà parus ou en préparation. » Le doyen de la collection, Dino Attanasio, vient de nous quitter à 100 ans. Il inaugurait, dans la collection l’année 1925. « Cette année-là » naissait celui qui enchanta les lecteurs et lectrices de certaines « Histoires de l’Oncle Paul », ou d’épisodes de Modeste et Pompon, sans oublier, parmi tant d’autres, les illustrations des volumes des aventures de Bob Morane…

Nous avions interviewé Gaëtan Faucer à propos de le genèse de cette collection de nouvelles inédites, dont la contrainte est de se dérouler l’année de la naissance d’auteurs et autrices aussi divers que Luc Dellisse, Ziska Larouge, Jacques Richard, Philippe Reynaert, Bou Bounoider, Arnaud de la Croix…

“Cette année-là” … l’Histoire à travers de petites histoires !

JJ : Cette année-là est une collection de nouvelles qui se déroulent l’année de la naissance de leur auteur ou autrice. Ils sont plus d’un à avoir été sollicités pour évoquer, à travers une nouvelle de fiction, l’année de leur naissance.

Comment est née l’idée de cette collection, dont le premier volume est signé Dino et Alexandre Attanasio pour un récit se déroulant il y a cent ans ? 

GF : Au restaurant. C’était à la Mirabelle et Eric Lamiroy a imaginé, entre la poire et le fromage, une nouvelle collection basée sur notre collection Opuscule qui puisse regrouper un grand nombre d’auteurs différents. Prendre les années comme départ du concept est venu entre les prénoms et les villes… Les années de naissance de leur auteur sont venues ensuite naturellement…

JJ : La collection comptera cinquante titres. Chaque année est attribuée à un seul écrivain… Quels sont les critères à partir desquels vous les avez choisis ? 

GF : Bien plus que ça ! Il n’y a qu’une seule limite, un auteur par année et nous avons déjà publié 1925 et 2006. La plupart des années sont en cours d’écriture. Nous avons contacté les auteurs que nous avions déjà publié dans notre catalogue qui en compte plus de 500 et nous avons cherché ensuite les années qui nous manquaient.  

JJ : Écrire « sur commande » est à la fois stimulant et contraignant. Comme pour les « Opuscules » il y a une contrainte de format (5000 mots) à laquelle s’ajoute en quelque sorte une contrainte de « sujet », l’année de la naissance de l’auteur/e. Quelles ont été les réactions des écrivains… surprise ? enthousiasme ? 

GF : Beaucoup ayant déjà écrit un opuscule, il n’a fallu que préciser qu’il devait écrire une histoire qui se passe l’année de leur naissance. Certains en effet ont été surpris, il leur semblait difficile d’écrire sur une époque où ils étaient bébés. Il est important de noter que ce n’est que le contexte qui compte. Pas les événements qui se sont passés cette année-là. Pour 1958, on n’est pas obligé de parler de l’Atomium mais on ne peut pas parler d’euro ni de Philippe en tant que roi des Belges.

JJ : Parmi les textes reçus à ce jour, j’imagine que certains vous ont surpris ? déçus ?

GF : De très belles surprises, des témoignages touchants et parfois un nouvelle qu’on doit refuser parce qu’elle ne suit pas la règle. L’auteur avait écrit à l’époque actuelle en parlant de tous les années depuis sa naissance. Son deuxième texte répondit à notre demande et – en plus – il est très émouvant et réussi.

JJ : Dans quelle mesure l’ensemble de ces textes racontera-t-il l’Histoire de la Belgique ? Y a-t-il des thématiques récurrentes, des événements remarquables qui ont eu la faveur des écrivains ?

GF : Ce n’est pas notre but de départ mais, effectivement, dans une proportion d’un texte sur deux, on parcours l’Histoire et pas uniquement celle de la Belgique. Nous venons de recevoir le texte d’Alexandre Lungerich qui évoque la disparition de Julie et Melissa en 1995…

JJ : La fiction permet-elle de rendre compte de l’état d’esprit d’une époque, de sa rumeur, de ses arômes, de ses bruits ?

GF : Absolument ! En reprenant le contexte de leur année de naissance, les auteurs nous projettent réellement dans un tout autre monde, loin d’Internet, des réseaux sociaux, des téléphones et de toute actualité stressante.

JJ : Certaines années ne mériteraient-elles pas d’être confiées à plusieurs écrivains, ces années-là qui furent particulièrement « chargées d’Histoire », comme 1958 (et l’Exposition universelle), 1956 (et la catastrophe du bois du Cazier), 1960 (et l’indépendance du Congo) … ?

GF : Non, l’actualité de l’époque n’est pas la base de la collection. Ce sont des histoires qui se passent cette année-là mais qui peuvent aussi bien se dérouler au fin fond d’une grotte isolée sans aucun contact avec l’extérieur comme dans la chapelle Sixtine à Rome pendant l’élection du Pape. Il n’y aura qu’un auteur par année. Tout comme 1925 écrit par Dino Attanasio et son fils Alexandre, nous cherchons actuellement une autrice qui serait enceinte pour écrire 2026