Le chagrin des lettres belges: décès de Rodica Pop, fondatrice et directrice du Centre des lettres belges de l’Université de Cluj, spécialiste éminente et traductrice de nombre d’auteurs et autrices belges francophones.

La littérature belge de langue française est en deuil d’une de ses plus ferventes ambassadrices. Rodica Pop n’a eu de cesse de célébrer ce qui fait des lettres belges depuis leurs origines et tous genres confondus, un foisonnant champ de recherche, d’interrogation, d’investigations et d’admiration.

Rodica Pop © CELBLF

Permettez-moi – à titre exceptionnel sur ce site- d’évoquer une expérience personnelle. J’avais eu le privilège de son amitié lorsque mon premier roman « Les mots de Maud » et mon premier recueil de nouvelles, « Le pavillon des douanes » ont été traduits et publiés en roumain (Traduction: Petruta Spanu, Editions Fides à Iasi) . À partir de là, Rodica Pop n’a eu de cesse de mettre en évidence ce qui faisait ma modeste actualité d’auteur. Son ambassade m’a valu de donner plusieurs présentations de mes livres en Roumanie, à Cluj, à Bucarest ou à Iasi, mais aussi d’y mettre en évidence la revue Marginales dont notre ami commun le regretté Jacques De Decker m’avait confié la rédaction en chef, ou les différents sites où je publie des entretiens sonores avec ces écrivains belges qu’elle connaît si bien. Comme si ces marques d’intérêt ne suffisaient pas, elle a encouragé au sein de son Centre d’étude une doctorante, Iulia-Roxana Georgiu, à mener à bien la réalisation d’un mémoire de master (coordonné par celui qui lui succèdera à la direction du Centre des lettres belges, le professeur Andréi Lazar), bientôt suivi d’articles universitaires dans des revues de science humaine ou de littérature, et, enfin, d’une thèse de doctorat qu’elle avait accepté de diriger. Ces articles, mémoire et thèse abordent différentes thématiques qu’elle avait identifiés dans les recueils et romans que je publiais en Belgique.

Je souhaite témoigner ici – avec gratitude – de cette énergie qu’elle n’avait de cesse de déployer pour mettre en évidence, dans son pays et son université, la littérature belge de langue française.

Dans le texte ci-dessous, mes collègues en lettres se reconnaîtront dans l’un ou l’autre des chantiers auxquels elle les a conviés: traduction, conférences, représentations, rencontres littéraires, interviews…tant de témoignages de ce qui rend aujourd’hui définitivement irremplaçable Madame la Professeure Rodica Pop.

Merci chère Rodica.

Jean Jauniaux, le 10 janvier 2026

Le directeur du Centre d’Etudes des Lettres Belges de Langues Françaises de l’Université Babes-Bolyai de Cluj-Napoca, Andréï Lazar nous a autorisé à publier ici le faire-part qu’il a consacré au décès de Rodica Pop.

C’est avec une profonde tristesse que les membres du Centre d’Études des Lettres Belges de Langue Française de la Faculté des Lettres de l’Université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca, Roumanie, annoncent le décès de Mme le Professeur Rodica Pop, personnalité marquante des études littéraires francophones en Roumanie, spécialiste du fantastique littéraire et de la littérature francophone de Belgique. Animée d’une érudition et d’une noblesse intellectuelle rares, Rodica Pop a fondé en 1990 le Centre d’Études des Lettres Belges de Langue Française (CELBLF) qu’elle a dirigé avec dévouement pendant 35 ans.

Placé sous le haut patronage de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, le CELBLF a bénéficié du soutien du Ministère de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles – Service de la Promotion des Lettres, des Archives et Musées de la Littérature (Bruxelles), de Wallonie-Bruxelles International, de la Délégation Wallonie-Bruxelles à Bucarest, du Collège européen des traducteurs de Seneffe, de l’Agence universitaire de la Francophonie, de l’Organisation internationale de la Francophonie et de l’Institut Français en Roumanie.

Née le 31 mars 1946 (Vinţu de Jos, Alba, Roumanie), docteur ès lettres en 1977 de l’Université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca, avec une thèse dirigée par le prof. Henri Jacquier, successivement assistante titulaire (1972-1978), lecteur(1978-1990), maître de conférences (1990-1998), puis professeur des universités (1998-2011) et professeur émérite (2011-2025), Rodica Pop a consacré toute sa carrière à promouvoir l’excellence académique, à encourager le dialogue interculturel et à former, avec passion et rigueur, de nombreuses générations d’étudiants, de doctorants et de chercheurs. 

La mission de rayonnement de la littérature francophone de Belgique en Roumanie, assumée avec dévouement par Rodica Pop, a été doublée d’une activité scientifique impressionnante par son ampleur et sa diversité : monographies, coordination d’ouvrages collectifs et de numéros thématiques, éditions critiques, études et articles, conférences organisées : Types de discours dans la littérature française du XVIIIe siècle, 1988 ; La Belgique francophone. Lettres & Art, 1991 ; De la istorie la ficţiune, 1995 ; Le discours littéraire dans la France des Lumières, 1997 ; Le fantastique dans les romans de Julien Green, 1997 ; Introduction à l’histoire et à la déontologie de la traduction, 1997 ; Études francophones. Variations sur la différence, 2000 ; Randonnées francophones. Minilectures en contexte, 2007; La Poétique de l’espace dans l’œuvre de Marguerite Yourcenar, 2013 ; L’Art en toutes lettres. Écrits d’artistes francophones et roumains, 2013 ; Escales littéraires à Cluj. Anthologie bilingue d’auteurs francophones / Escale literare la Cluj. Antologie bilingvă de autori francofoni, 2015. Elle a créé et dirigé jusqu’en 2011 le programme de master Littérature et civilisation. – Dialogue interculturel dans l’espace francophone. Depuis 1998, Rodica Pop a coordonné plus de 25 thèses de doctorat, dont 10 en cotutelle internationale, formant ainsi des générations de chercheurs auxquels elle a transmis sa passion pour la littérature francophone de Belgique et pour la rigueur scientifique.

Son activité académique s’est doublée d’un travail infatigable de traductrice, transposant en roumain, avec exigence et une rare finesse stylistique, des œuvres majeures des lettres belges francophones (Jean Muno, Albert Ayguesparse, Marie Gevers, Henry Bauchau, Thomas Owen, Henri Michaux, Geneviève Damas, Jacques De Decker, Paul Emond, Françoise Wuilmart, Caroline Lamarche). Cette passion pour la traduction s’est également concrétisée par la création de la collection « belgica.ro », accueillie par la maison d’édition Casa Cărții de Știință à Cluj-Napoca, qui compte aujourd’hui plus de de 40 titres.

Au cours de sa carrière, Mme le Professeur Rodica Pop a été membre de plusieurs organisations et sociétés culturelles, telles que la Société Internationale d’Études Yourcenariennes, la Société Internationale d’Études Greeniennes, la Société culturelle « Lucian Blaga » de Cluj-Napoca, l’Union des écrivains de Roumanie – Filiale de Cluj, le PEN Club Belgique, le Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique (CELIS) de l’Université Auvergne de Clermont-Ferrand et l’AMOPA – Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques de Roumanie. Cette appartenance témoigne de la reconnaissance internationale de ses contributions et de son engagement indéfectible en faveur des valeurs culturelles de la francophonie. Son œuvre et sa carrière ont été distinguées par des prix et honneurs parmi les plus prestigieux, notamment : le prix « Eta Boeriu » pour la traduction décerné par l’Union des écrivains de Roumanie; le grade de Commandeur dans l’Ordre de Léopold II, décoration conférée par S.M. le roi Philippe de Belgique (2015) ; le titre de Docteur honoris causa de l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand (2009) ; le grade d’Officier de l’Ordre de la Couronne, Belgique (2006) ; le grade de Chevalier de l’Ordre des Palmes académiques, France (2001) ; le Prix littéraire international « Rayonnement des lettres belges à l’étranger » (1998) ; ainsi que le Prix littéraire international « Adam de la Poésie » (1996).Son départ laisse un immense vide dans le monde universitaire, mais son héritage intellectuel – ses travaux scientifiques, ses traductions et les générations des chercheurs  qu’elle a formés – demeurera le témoignage vivant de son engagement et de sa passion pour la littérature, pour l’excellence de la recherche scientifique et pour le rapprochement des cultures.

Que son âme repose en paix éternelle. L’équipe du CELBLF