« BELGIQUES » de Gérard Adam: un récit, émouvant et réussi, à placer en bonne place dans la boîte à outils de celles et ceux qui tentent de comprendre de quoi fut fait cet étrange pays-confetti qui célébrera dans quatre ans son bicentenaire.

Un livre à la fois touchant et grave, ironique et tendre, qui sans forfanterie ni effets de manche, est un des beaux livres, authentique, de cette rentrée littéraire.

Comme il est réjouissant de retrouver le nom de Gérard Adam en première de couverture d’un nouveau livre et de saluer, chaque fois que l’occasion nous en est donnée, le retour en écriture de celui qui dirige l’enseigne « M.E.O. », la maison d’édition qu’il a créée il y a vingt ans. Il gère un catalogue qui compte près de deux cent titres, dont une dizaine de prix littéraires en Belgique et en France. Avec une stratégie volontariste de promotion au-delà des frontières, les ouvrages de la maison MEO sont régulièrement traduits.  Cet engagement n’a pu se faire sans éloigner l’écrivain de ses manuscrits : son dernier ouvrage est paru en 2018. Un éloignement d’autant plus regrettable qu’il nous prive d’un écrivain de premier plan, qui fut lauréat d’un des grands prix littéraires des années 80 pour L’arbre blanc dans la Forêt noire (Prix NCR en 1989) et finaliste du Prix Rossel en 1992, pour La lumière de l’archange

Gérard Adam signe cette année un volume de la collection Belgiques (Éditions KER).

La collection Belgiques invite les auteurs et autrices qui composent son catalogue d’écrire, sous forme de nouvelles, leur Belgique. Chacun et chacune des auteurs/autrices dessine par ce biais un portrait impressionniste du petit Royaume, donnant ainsi à lire, aujourd’hui, une quarantaine de recueils.

Le Belgiques de Gérard Adam se partage en huit chapitres évoquant avec la sensibilité à fleur de peau et l’ironie douce-amère de l’auteur, le récit de la vie de Pipo (sosie de l’auteur, si ce n’est la profession de celui qui, dans la fiction, est bibliothécaire et non médecin) au fil des épisodes survenus depuis janvier 1946, année de sa naissance (identique à celle de l’auteur). Issu d’une famille « qui vit dans la dèche », l’auteur nous propose le récit d’un destin dont les épisodes sont autant d’occasion de formuler le regret de voir disparaître ce qui l’a formé : la prévalence des livres, l’appui discret de certains professeurs dans l’enfance, l’engagement social, l’apprentissage loin des écrans et surtout la littérature. 

La petite fille du narrateur, Cybele, vide la maison de son grand-père qu’un AVC a emporté. Une lettre testamentaire de ce dernier, permet au romancier de construire un récit à plusieurs voix. Gérard Adam réussit, sans aigreur ni illusions, à projeter sur un écran sensible, une mosaïque dont chaque pièce est un éclat de huit décennies de Belgique. On y trouvera l’initiation à la musique, la rage de ne pouvoir sortir de son milieu social, « tout ce qui est dû aux autres sera toujours refusé à des pareils à nous. », le service militaire en Allemagne (et une rencontre en mode décalé avec Elvis Presley qui a été appelé sous les drapeaux en même temps que le narrateur), les six classes primaires réunies en une seule, l’obligation d’inventer pour écrire ce à quoi on n’a pas eu accès (parce qu’il n’y avait pas assez d’argent pour payer l’excursion à l’expo 58 par exemple…ou les séances cinéma).

Aux dernières pages du texte testamentaire de Pipo, Cybèle lit ces « quelques notes <qui> attendent leur insertion. La littérature est mise en mots, en récit et en beauté d’un regard authentique. (…) .

Chacun des chapitres met en évidence tel ou tel moment de la vie de Pipo, les quatre vingt années de ce narrateur dont la petite fille Cybèle découvre, avec nous, un engagement sans faille dans une vie dévoilée sans vaine amertume, sans fausse pudeur, devenant un legs précieux et irremplaçable. Comme pour d’autres volumes de la collection, ce Belgiques ajoute un nouvel instrument dans la boîte à outils de celles et ceux qui essaient de comprendre de quoi est fait cet étrange pays-confetti qui célébrera dans quatre ans son bicentenaire. Un livre à la fois touchant et grave, ironique et tendre, qui sans forfanterie ni effets de manche, est un des beaux livres, authentique, de cette rentrée littéraire. En l’inscrivant dans leur répertoire, les Éditions KER contribuent à saluer une grande figure de notre littérature.

Edmond Morrel , le 27 septembre 2026

Pour en savoir davantage sur Gérard Adam, je vous recommande de visionner une passionnante soirée littéraire consacrée en 2023 à Gérard Adam par l’Association des écrivains de Belgique, animée brillamment par Frédéric Vinclair, enthousiaste et passionné par l’écriture et l’oeuvre de son invité.