« Une odyssée galiléenne »

A propos du dernier roman de David Grossman : « Une femme fuyant l’annonce »

Le livre nous parvient déjà d’une réputation des plus flatteuses. En France, il a obtenu le Médicis étranger, distinction sérieuse puisque décernée par un jury d’écrivains qui, en littérature étrangère, échappent à toutes considérations claniques. Il a, au surplus, été désigné par le magazine LIRE comme meilleur livre de l’année, ce qui a de quoi impressionner, même s’il s’agit d’un classement qui mêle allègrement les genres, les catégories, et se moque de l’adage qui veut que l’on ne confonde pas pommes et poires. Ces mise en évidence se trouvent confirmés par des témoignages critiques venant d’écrivains comme Paul Auster qui compare son personnage principal à Emma Bovary et à Anna Karenine ou comme Nicole Krauss, américaine elle aussi, qui dit sans ambages « very rarely you open a book and when you close it again nothing can never be the same ». Fichtre : un livre qui vous ferait reconsidérer tout d’un autre œil ! On est en droit de soupçonner un grave abus de dithyrambe. Eh bien, il n’en est rien.

Il faut se méfier du mot chef-d’œuvre. Même si l’on s’impose de ne’ s’en servir qu’avec prudence, le roman de David Grossman le mérite amplement. Grossman est écrivain israélien de 57 ans à qui l’on doit des romans complexes comme « Voir ci-dessous : amour » qui évoque notamment le destin tragique du grand écrivain juif polonais Bruno Schultz, des livres plus légers, quoi qu’écrit avec grand art comme « L’Enfant zigzag » ou « Quelqu’un avec qui courir », des ouvrage qui tiennent à la fois de l’essai ou du reportage comme « Chronique d’une paix différée », ou « Les Exilés de la terre promise » qui est composé de conversations avec des Palestiniens d’Israël.

On le voit, Grossman, qui vit à Jerusalem, qui a longtemps travaillé à la radio et la télévision d’état, est un intellectuel immergé dans destin de son pays. Issu de la diaspora, il est intimement convaincu de la légitimité d’Israël. Epris de paix, convaincu de la nécessité d’un partage entre deux nations qui se tolèreraient, se respecteraient, il n’en est pas moins convaincu qu’actuellement son pays est en guerre. Il a d’ailleurs lui-même payé son tribut dans ce conflit. Il a été versé de le service de renseignement de l’armée, il a été réserviste durant treize ans, deux de ses fils ont été mobilisés, et le cadet a même laissé sa vie durant les derniers jours de l’affrontement au Liban, avec le Hezbollah.

Dans son roman, et c’est ce qui fait le prix du livre, il assume et subsume tout cela dans un magnifique récit tressé autour d’une femme, Ora, qui entreprend un vaste périple en Galilée dans l’espoir qu’en se rendant inaccessible au cas où l’on voudrait lui annoncer la mort de son fils mort au combat, elle empêcherait cette issue fatale. Elle se fait accompagné, non sans raison qui apparaît de plus en plus évidente au fil du livre, d’un ancien amant que de précédents conflits ont dévasté corps et âme.

Le livre, construit en rhapsodie a surtout pour basse continue cette magnifique déambulation en terre sainte, ce qui ne manquer pas de conférer au roman, profondément actuel, une résonance sacrée, tout en l’enracinant dans une réalité de plus brûlantes qui prend sous la plume d’un écrivain à présent doté de toute sa maîtrise la grandeur d’une œuvre d’art qui défiera le temps.

Les « Marges » s’enchaînent sur quelques mesures de l’allegro moderato alla fuga de la Sonate n°2 de Nicolas Bacri interprété par Eliane Reyes. Ce morceau est extrait du récent CD enregistré chez NAXOS des « Oeuvres pour piano de Nicolas Bacri » interprétées par Eliane Reyes

Le disque réunit les oeuvres suivantes :
Prélude et fugue, Op. 91
Sonate n° 2
Suite baroque n°1
Arioso baroccp e fuga monodica a due voci
Deux esquisses lyriques, Op. 13
Petit prélude
L’enfance de l’art, Op 69
Petites variations sur un thème dodécaphonique, Op 69

Référence : NAXOS 8.572530