Eros en son absence

Voici un livre consacré à l’amour, la sensualité, l’érotisme aperçus, perçus, espérés par un point de vue à la fois féminin et éminemment poétique. La narratrice est une femme qui dit le plus intime des sensations et de sa recherche ou découverte érotiques. On sait combien le roman érotique est un genre littéraire difficile, pourtant le roman est bien là un instrument unique d’investigation du plus intime et du plus mystérieux.
Dans ce très beau roman, Sandrine WILLEMS nous fait également (re)découvrir Bach et surtout Verlaine. La poésie comme une redécouverte infinie ?

Il y a des livres qui sont des bibliothèques…on a envie en les lisant de partir à la découverte, à l’infini, d’autres livres auxquels ils font référence…Ici, on a envie d’entrer en musique, en poésie mais aussi dans une certaine forme de spiritualité qui unit les deux.
Une élévation spirituelle que la fusion des corps atteint dans l’amour physique.
On pourrait encadrer ce roman des deux vers de Verlaine, celui qui ouvre et celui qui ferme le poème « L’art poétique » : « de la musique avant toute chose… »… et « tout le reste est littérature »
N’est-ce pas la quête éperdue de l’écrivain:la musique… ?

Ne sachant si cette question devait trouver une réponse, j’ai demandé à sandrine WILLEMS de lire « L’Art poétique » et d’ajouter ainsi à la poésie la musique de la voix.

Edmond MORREL

Présentation éditeur

Dans ce roman très contemporain, Sandrine Willems propose une variation fascinante sur le thème éternel de la passion érotique et ses rapports avec les énigmes de l’art et de l’expérience mystique. Séduite par une cantate de Bach entendue par hasard dans une église, la narratrice se met à la recherche du violoniste dont le jeu l’a bouleversée. C’est pourtant par les mots – ceux d’Internet ou des conversations téléphoniques, ceux, surtout, de la littérature – que la séduction va s’opérer, avec l’homme d’abord, puis avec une femme, avant que l’héroïne, disciple de Sade, en revienne au premier. Dans un langage très direct, parfois très cru, mais toujours très musical et juste, ce roman arrive à dire l’indicible des rythmes et des pulsions du sexe.

« Tenter de dire l’émotion érotique, ses crues et ses tarissements, c’est tenter de dire l’indicible. Or cet indicible-là, pour moi, se lie inextricablement à deux autres champs où les mots manquent : la mystique et la musique. Dans la première, une extase et une transformation des sens voisines de l’expérience érotique ; dans la seconde, une fluidité et un accord des rythmes si proches de l’harmonie des corps.
Aussi ai-je essayé ici de pousser à bout de tels parallèles, en incarnant les métaphores pour que le verbe se fasse chair. En disciple de Sade, la narratrice découvre que rien n’a sur elle tant d’effet que les mots. Passant d’un homme à une femme avant de revenir au premier, elle traverse une initiation à un Kama Sutra verlainien, qui en appelle à “de la musique avant toute chose”, sans rien en elle “qui pèse ou qui pose”. Par là se rejoint l’esthétique des musiciens baroques, où la nuance a plus de puissance que la force, et où l’ornement devient l’essentiel.
Un livre, donc, visant à transcrire une cantate de Bach en caresses. »
Sandrine Willems

Si vous souhaitez prolonger cette écoute et cette lecture, voici les ouvrages de Sandrine Willems publiés aux « Impressions Nouvelles » :

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 Les petits dieux, onze « romans miniatures », écrits avec le soutien de la Communauté Française de Belgique, 2001-2002 ; sélection finale du prix Rossel 2002.
 Le Roman dans les ronces, ou la légende de Charles VI, roi fou, et de sa servante, 2003.
 Le Sourire de Bérénice, roman, 2004.
 Élégie à Michel-Ange, récit, 2005.
 À l’espère, roman, 2008.