{"id":59,"date":"2015-03-27T19:41:35","date_gmt":"2015-03-27T18:41:35","guid":{"rendered":"http:\/\/edmondmorrel.be\/?p=59"},"modified":"2020-11-02T09:49:36","modified_gmt":"2020-11-02T08:49:36","slug":"rencontre-avec-jean-marie-le-clezio","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=59","title":{"rendered":"Rencontre avec Jean-Marie Le Cl\u00e9zio"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En pr\u00e9parant cette rencontre avec Jean-Marie Le Cl\u00e9zio, j\u2019ai rassembl\u00e9 les livres que j\u2019avais conserv\u00e9 de lui dans mes diff\u00e9rentes biblioth\u00e8ques. Le plus ancien \u00e9tait une \u00e9dition de 1984, en Folio, de \u00ab\u00a0l\u2019extase mat\u00e9rielle\u00a0\u00bb. J\u2019avais perdu sans doute dans un d\u00e9m\u00e9nagement la premi\u00e8re \u00e9dition dans laquelle j\u2019avais lu cet essai qui m\u2019avait litt\u00e9ralement submerg\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, en 1973. Il y a des livres qui ne vous quittent jamais&nbsp;: celui-l\u00e0, avec \u00ab\u00a0La Peste\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Don Quichotte\u00a0\u00bb m\u2019a toujours accompagn\u00e9. Mon exemplaire Folio de 1984 est cass\u00e9, d\u00e9coll\u00e9, annot\u00e9, surlign\u00e9 et soulign\u00e9, fluott\u00e9&#8230;<br>Le relire aujourd\u2019hui m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 red\u00e9couvrir ce qui me frappait lorsque j\u2019avais 19 ans. Je ne renie aucune de ces phrases aujourd\u2019hui. J\u2019y vois, de surcro\u00eet, comme annonc\u00e9e d\u00e9j\u00e0 toute l\u2019\u0153uvre de Le Cl\u00e9zio qui va suivre cet essai publi\u00e9 en 1967 (soit 4 ans apr\u00e8s \u00ab\u00a0Le Proc\u00e8s-verbal\u00a0\u00bb , roman qui valut \u00e0 son auteur le Prix Renaudot. Il avait 23 ans&nbsp;!)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme \u00e0 chacune des interviews que je r\u00e9alise ici, dans l\u2019\u00a0\u00bbespace-livres\u00a0\u00bb, je pr\u00e9pare les questions que j\u2019aimerais poser, les th\u00e8mes que je voudrais entendre \u00e9voquer, la trame de la conversation dont j\u2019essaie d\u2019imaginer le fil. Je sais que, une fois le micro allum\u00e9, je ne serai plus en mesure de d\u00e9chiffrer ces gribouillis que j\u2019appelle \u00ab\u00a0notes\u00a0\u00bb . Je ne veux \u00eatre que dans l\u2019\u00e9coute et dans l\u2019attention.<br>J\u2019ai \u00e9crit des mots-cl\u00e9s&nbsp;: \u00e9nigme de l\u2019\u00e9criture, enfance, clochards, fiction versus r\u00e9cit, empathie, rituels d\u2019\u00e9criture, mythes, fraternit\u00e9, violence et villes, solitude&#8230; Je ne savais dans quel ordre ils allaient surgir&nbsp;: dans mes questions&nbsp;? dans les r\u00e9ponses&nbsp;? Je savais en revanche qu\u2019ils disposaient \u00e0 travers l\u2019\u0153uvre de Le Cl\u00e9zio des balises de lecture, des taches de lumi\u00e8re, des gestes de r\u00e9confort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019avais aussi transcrit quelques phrases, toutes ou presque extraites de \u00ab\u00a0L\u2019extase mat\u00e9rielle\u00a0\u00bb.<br>Celles-l\u00e0, depuis 1967, n\u2019avaient pas pris une ride et nous disent encore, \u00e0 chacun de nous, lecteurs&nbsp;: \u00ab\u00a0vous n\u2019\u00eates pas seuls dans le d\u00e9sarroi du monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture est la seule forme parfaite du temps\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0\u00c9crire, si \u00e7a sert \u00e0 quelque chose, ce doit \u00eatre \u00e0 \u00e7a&nbsp;: \u00e0 t\u00e9moigner. \u00c7a sert \u00e0 t\u00e9moigner , pas \u00e0 expliquer\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Ce qu\u2019il faudrait faire, pour percer le myst\u00e8re de l\u2019\u00e9criture, c\u2019est \u00e9crire jusqu\u2019aux limites de ses forces\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Je n\u2019ai pour approcher ma v\u00e9rit\u00e9 que les pauvres instruments de l\u2019intuition et du langage\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Rien d\u2019autre, rien d\u2019autre pour moi que le langage\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Les pauvres m\u2019\u00e9meuvent. Quand je vois un de ces groupes de mis\u00e9reux, enfonc\u00e9s dans un recoin de porte, (&#8230;) la figure sale, les mains gerc\u00e9es, avec cet air inquiet et avide, avec ces yeux charbonneux, j\u2019ai peur. (&#8230;) Je voudrais qu\u2019ils n\u2019existent pas, ou qu\u2019ils se l\u00e8vent soudain et se mettent \u00e0 marcher joyeusement, comme si tout \u00e7a n\u2019\u00e9tait qu\u2019une farce. Mais ils ne se rel\u00e8vent jamais\u00a0\u00bb<\/em><br><em>\u00ab\u00a0\u00c9crire, \u00e7a doit s\u00fbrement servir \u00e0 quelque chose. mais \u00e0 quoi&nbsp;? Ces petits signes tarabiscot\u00e9s qui avancent tout seuls (&#8230;) qui dessinent l\u2019avanc\u00e9e de la pens\u00e9e.\u00a0\u00bb<br><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et puis, d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e, j\u2019ai lu Le Cl\u00e9zio. Je me rends compte qu\u2019il a toujours \u00e9t\u00e9 un compagnon, invisible mais attentif. Un ami-livre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Celui qui \u00e9crit&nbsp;<em>\u00ab\u00a0Les vraies souffrances ne viennent pas des r\u00e9gions raisonnables&nbsp;; et c\u2019est pourquoi le langage n\u2019a jamais su les exprimer.\u00a0\u00bb&nbsp;<\/em>est le m\u00eame qui nous donne un livre chaque ann\u00e9e parce qu\u2019il n\u2019a pas renonc\u00e9 \u00e0 chercher dans le langage comment exprimer l\u2019angoisse tellurique qui nous \u00e9treint.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant notre nouvelle rencontre j\u2019avais aussi relu le discours prononc\u00e9 lors de la c\u00e9r\u00e9monie de remise de son Prix Nobel \u00e0 Stockholm, relu et visionn\u00e9,&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.nobelprize.org\/mediaplayer\/index.php?id=1058\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\">\u00e9cout\u00e9 l\u2019\u00e9motion du laur\u00e9at<\/a>&nbsp;. J\u2019ai bien s\u00fbr parcouru, pour m\u2019en souvenir, quelques chapitres de&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.associationleclezio.com\/ressources\/bibliographie.html\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\">tous ces livres<\/a>&nbsp;d\u00e9chiquet\u00e9s et annot\u00e9s qui dressent \u00e0 pr\u00e9sent, au moment o\u00f9 j\u2019\u00e9cris ces lignes et o\u00f9 je transf\u00e8re l\u2019enregistrement, un \u00e9chafaudage fragile sur ma table de travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si ces lignes, personnelles pour une fois, et cet enregistrement vous donnent envie d\u2019entrer dans cette biblioth\u00e8que de plus de cinquante romans, nouvelles, essais, r\u00e9cits, alors cet \u00ab\u00a0espace-livres\u00a0\u00bb n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 ouvert ouvert en vain&#8230;<strong>Edmond Morrel,<\/strong>&nbsp;Bruxelles le 27 mars 2015,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019entretien a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 dans le salon aux murs couverts de d\u00e9dicaces du restaurant\u00a0<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/www.lemax.be\/index.cfm\" target=\"_blank\">\u00ab\u00a0Le Max\u00a0\u00bb<\/a>\u00a0o\u00f9 le patron avait \u00e9t\u00e9 si heureux de recevoir Jean-Marie Le Cl\u00e9zio. Avant l\u2019interview je lui avais offert un exemplaire de \u00ab\u00a0Ritournelle de la faim\u00a0\u00bb pour qu\u2019il puisse conserver une d\u00e9dicace de \u00ab\u00a0son\u00a0\u00bb Prix Nobel dans un livre au titre paradoxalement souriant&#8230;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-spotify wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"100%\" height=\"232\" allowtransparency=\"true\" frameborder=\"0\" allow=\"encrypted-media\" title=\"Spotify Embed: Le Cl\u00e9zio : la fraternit\u00e9-monde\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed-podcast\/episode\/29Sf5EOfR2i6a0446JiGkE\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En pr\u00e9parant cette rencontre avec Jean-Marie Le Cl\u00e9zio, j\u2019ai rassembl\u00e9 les livres que j\u2019avais conserv\u00e9 de lui dans mes diff\u00e9rentes&nbsp;[&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":60,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-59","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature-dailleurs","post-item clearfix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/59","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=59"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/59\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":169,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/59\/revisions\/169"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/60"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=59"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=59"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=59"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}