{"id":5277,"date":"2023-12-01T09:35:05","date_gmt":"2023-12-01T08:35:05","guid":{"rendered":"http:\/\/edmondmorrel.be\/?p=5277"},"modified":"2023-12-01T09:35:06","modified_gmt":"2023-12-01T08:35:06","slug":"lepreuve-de-philippe-lekeuche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=5277","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e9preuve\u00a0\u00bb de Philippe Lekeuche"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Il en est de la po\u00e9sie de Philippe Lekeuche &#8211; telle qu\u2019elle nous appara\u00eet au fil de <em>L\u2019\u00e9preuve<\/em>, son dernier recueil paru <a href=\"https:\/\/lherbequitremble.fr\/livres\/lepreuve.html\"><strong>sous l\u2019enseigne de <em>L\u2019herbe qui tremble<\/em><\/strong><\/a><em>&#8211; <\/em>comme de ces silhouettes qu\u2019\u00e9clairent de fa\u00e7on \u00e9ph\u00e9m\u00e8re les phares d\u2019une voiture \u00e0 la travers\u00e9e d\u2019un lieu qui nous est inconnu. Chaque silhouette, &#8211; chaque po\u00e8me- d\u00e9ploie le mouvement propre de son \u00e9nigme. On surprend un regard, un geste, un l\u00e9ger d\u00e9placement du corps et on lui invente alors une vie propre, une enfance lointaine qui ressemble parfois \u00e0 la n\u00f4tre, une sensation d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9e mais jamais formul\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En pr\u00e9ambule au recueil, Lekeuche nous met en alerte\u00a0: il \u00ab\u00a0fait\u00a0\u00bb de la po\u00e9sie, il n\u2019en \u00ab\u00a0\u00e9crit \u00bb pas. \u00ab\u00a0Cette pratique de la po\u00e9sie exige des renoncements, et m\u00eame le sacrifice (\u2026)\u00a0\u00bb ajoute-t-il en \u00e9voquant ce qu\u2019il qualifie d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9preuve\u00a0\u00bb. Faut-il aller davantage explorer la port\u00e9e de ce mot, \u00ab\u00a0\u00e9preuve\u00a0\u00bb qui donne son titre au livre que nous nous appr\u00eatons \u00e0 lire en restant sur cette phrase, si ambig\u00fce, qui conclut le pr\u00e9alable du po\u00e8te\u00a0: \u00ab\u00a0Et quant \u00e0 savoir si cela en vaut la peine, elle fait toujours d\u00e9faut. Et qu\u2019importe\u00a0! On n\u2019a gu\u00e8re besoin d\u2019elle\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"247\" height=\"342\" src=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Capture-decran-2023-12-01-a-09.24.32.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5279\" srcset=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Capture-decran-2023-12-01-a-09.24.32.png 247w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Capture-decran-2023-12-01-a-09.24.32-217x300.png 217w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Capture-decran-2023-12-01-a-09.24.32-200x277.png 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 247px) 100vw, 247px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Laissons-nous donc porter au gr\u00e9 des assemblages qui font ce recueil agr\u00e9ment\u00e9 de peintures d\u2019<strong><a href=\"https:\/\/www.isabellenouwynck.com\/\">Isabelle Nouwynck.<\/a><\/strong> Des quatre \u0153uvres figurant dans le recueil, Lekeuche \u00e9voque l\u2019entrelacement \u00ab\u00a0des concepts narratifs (aux) glissements \u00e0 caract\u00e8re initiatique\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier des trois ensembles de textes est adress\u00e9 in memoriam \u00e0 <strong>Jacques De Decker<\/strong> (qui avait pr\u00e9fac\u00e9 le premier recueil de Lekeuche, <em>Le chant du destin, <\/em>un livre illustr\u00e9 par Jean Dalemans\u2026qui fut le professeur d\u2019Isabelle Nouwinck) . Il s\u2019intitule <em>Une solitude <\/em>\u00a0et, dans plusieurs po\u00e8mes, entrelace les langues, l\u2019allemand, l\u2019anglais, le fran\u00e7ais comme dans une r\u00e9sonance essentielle de ce qui incarna l\u2019homme de lettres polyglotte trop t\u00f4t disparu. Les textes <em>T\u00fcbingen, Foi, Paradoxe, Gen\u00e8se, Po\u00e8te des eaux\u2026<\/em>d\u00e9veloppent un \u00e9lan \u00e0 la fois lyrique et contenu. Sans doute est-ce l\u2019\u00e9conomie de moyens qui fait de cette po\u00e9sie un chant g\u00e9n\u00e9reux et abrupt, s\u2019interrogeant sur <em>ce monde (qui) s\u2019\u00e9l\u00e8ve en ruine\/La haine y cro\u00eet et le crime\/ <\/em>Mais la po\u00e9sie est l\u00e0 <em>(\u2026) pauvre petite, agit\/ Tel brin d\u2019herbe au plus fort\/ du d\u00e9sert , et sauve encore<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quant au po\u00e8te, il sait que <em>Chaque jour\/Il faut semer contre le mensonge<\/em>. Est-ce de l\u00e0, de cette \u00e9preuve au quotidien, que surviennent les hantises qu\u2019inspirent les paradoxes du sexe et de la mort, de la <em>Puret\u00e9<\/em>, de <em>l\u2019incandescente Beaut\u00e9&nbsp;<\/em>? Mais surgissent aussi les images de l\u2019enfance, la naissance d\u2019une vocation du <em>gamin des strophes. <\/em>Dans <em>Proph\u00e9tie<\/em>, qu\u2019il d\u00e9die \u00e0 \u00c9ric Brogniet, rena\u00eet le sens (signification et direction) <em>Alors seulement d\u2019entre les morts\/ S\u2019\u00e9l\u00e8vera la Po\u00e9sie\/ et les hommes essaieront de la tuer\/ Car ils ha\u00efssent la v\u00e9rit\u00e9 mais\/Elle les sauvera.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En contrepoint de ce regard port\u00e9 vers la mort, <em>vers le dernier po\u00e8me\/Qui si cruel m\u2019attend au loin<\/em> r\u00e9sonne l\u2019hommage au grand-p\u00e8re du po\u00e8te, <em>homme vif\/qui ne savait ni lire, ni \u00e9crire<\/em>\u2026et qui, sans doute, ouvrit devant lui l\u2019espace po\u00e9tique&nbsp;: <em>Nous marchions parmi les foug\u00e8res\/Son petit gar\u00e7on, po\u00e8te \u00e0 venir, avec lui.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Abysses d\u2019amour<\/em>, le deuxi\u00e8me ensemble de po\u00e8mes, enchante et bouleverse \u00e0 chaque lecture. S\u2019entrelacent des visions fun\u00e8bres et des fragments de lumi\u00e8re segmentant deux temps&nbsp;: celui d\u2019avant l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique (<em>ma po\u00e9sie mutique\/Aux aguets non n\u00e9e encore\/Douleur d\u00e9pec\u00e9e)<\/em> et celui d\u2019apr\u00e8s (<em>Je suis tomb\u00e9 hors de moi-m\u00eame\/ Et depuis j\u2019erre en l\u2019autre)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute faut-il \u00e9couter <em>Passio et Mors Domini Nostri<\/em> pour mieux saisir cette passion qui semble tenailler le po\u00e8te \u00e0 chaque ligne lorsqu\u2019il \u00e9voque \u00ab&nbsp;un disque ramen\u00e9 d\u2019Auschwitz&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9chirure initiale, initiatrice, \u00e9voqu\u00e9e par allusions, est rendue ainsi \u00e0 chacun de nous, donn\u00e9e en partage et que seul le po\u00e8me r\u00e9pare.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 Myriam Watthee-Delmotte qu\u2019est d\u00e9di\u00e9e la troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie de l\u2019ouvrage dont <em>Point de but\u00e9e <\/em>est le titre. On l\u2019a observ\u00e9, la vari\u00e9t\u00e9 des po\u00e8mes d\u00e9veloppe jusqu\u2019ici un nuancier de styles et de th\u00e8mes, en \u00e9quilibre entre les abysses et les sommets, la fin d\u2019un monde et l\u2019aspiration \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance. L\u2019angoisse d\u2019un monde finissant et de mort obscurcit le chemin que n\u2019ont jamais cess\u00e9 d\u2019ouvrir, depuis la nuit des temps, la formulation po\u00e9tique et le r\u00eave. Le premier po\u00e8me interroge d\u2019embl\u00e9e l\u2019essentiel\u00a0: <em>Si la Po\u00e9sie avait quitt\u00e9 ce monde, o\u00f9 serions-nous\u00a0?\/ Puisque la vie et l\u2019univers sont sa Pens\u00e9e\/ Et nous, son r\u00eave\/ Plus r\u00e9el que la r\u00e9alit\u00e9\u00a0?<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p>Au fil des pages, la Po\u00e9sie du monde et le R\u00eave du po\u00e8te se d\u00e9clinent, se r\u00e9confortent, s\u2019inqui\u00e8tent, se r\u00e9pondent\u2026La ferveur po\u00e9tique d\u00e9chire \u00e7\u00e0 et l\u00e0 le voile noir qu\u2019une m\u00e9lancolie d\u00e9ploie sur la page. La po\u00e9sie est lumi\u00e8re effervescente, mais aussi la renaissance de l\u2019enfant malgr\u00e9 la mort, malgr\u00e9 l\u2019absence, l\u2019effondrement, l\u2019\u00e9croulement, la douleur\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>Mes po\u00e8mes ne tiennent qu\u2019\u00e0 un fil\/ Tu n\u2019es plus l\u00e0&nbsp;: tout s\u2019effondre\/ Et de l\u2019\u00e9croulement plus rien ne s\u2019\u00e9l\u00e8ve\/Il n\u2019y a que la d\u00e9chirure\/ L\u2019horrible abstraction pure\/ ce point de but\u00e9e (\u2026).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 du point de but\u00e9e, surgissent pourtant ces \u00e9toiles\u2026<em>Alors refleurissent mes ruines\u2026<\/em>conclut le po\u00e8te, en nous indiquant de quelle constellation elles sont les \u00e9clats scintillants et que nous ne d\u00e9voilerons pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Jauniaux le 1 d\u00e9cembre 2024<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019\u00e9preuve, Philippe Lekeuche, <\/em>Edition \u00ab\u00a0L\u2019herbe qui tremble\u00a0\u00bb, po\u00e9sie, orn\u00e9e d\u2019\u0153uvres d\u2019Isabelle Nouwynck, 86p., 14 Euros, 2022<\/p>\n\n\n\n<p><strong><a href=\"https:\/\/lherbequitremble.fr\/livres\/lepreuve.html\">Sur le site de l&rsquo;\u00e9diteur \u00ab\u00a0L&rsquo;Herbe qui tremble\u00a0\u00bb<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/le-carnet-et-les-instants.net\/2022\/10\/24\/lekeuche-l-epreuve\/\">Sur le site du \u00ab\u00a0Carnet et les instants\u00a0\u00bb signalons une remarquable recension du recueil par Fran\u00e7ois-Xavier Lavenne <\/a>. Nous avions \u00e9galement publi\u00e9 nagu\u00e8re un article de F-X Lavenne consacr\u00e9 \u00e0 un autre recueil de Philippe Lekeuche, <em>Po\u00e8me \u00e0 l&rsquo;impossible<\/em>, paru sous l&rsquo;enseigne du Taillis Pr\u00e9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il en est de la po\u00e9sie de Philippe Lekeuche &#8211; telle qu\u2019elle nous appara\u00eet au fil de L\u2019\u00e9preuve, son dernier&nbsp;[&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-5277","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","post-item clearfix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5277","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5277"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5277\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5282,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5277\/revisions\/5282"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5277"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5277"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5277"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}