{"id":5228,"date":"2023-11-11T11:49:35","date_gmt":"2023-11-11T10:49:35","guid":{"rendered":"http:\/\/edmondmorrel.be\/?p=5228"},"modified":"2023-11-11T11:49:35","modified_gmt":"2023-11-11T10:49:35","slug":"by-jove-floch","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=5228","title":{"rendered":"By Jove,  Floc&rsquo;h !"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00a0<strong><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-red-color\">\u00ab\u00a0L&rsquo;art de la guerre\u00a0\u00bb : Les aventure de Blake et Mortimer par Floc&rsquo;h<\/mark><\/strong><\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"676\" height=\"875\" src=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Capture-decran-2023-11-05-a-09.45.21.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5230\" style=\"width:560px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Capture-decran-2023-11-05-a-09.45.21.png 676w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Capture-decran-2023-11-05-a-09.45.21-232x300.png 232w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Capture-decran-2023-11-05-a-09.45.21-200x259.png 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 676px) 100vw, 676px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>On ne dira jamais assez combien Floc\u2019h a contribu\u00e9 \u00e0 faire du 9<sup>e<\/sup> art un art \u00e0 part enti\u00e8re. Sans doute ceci tient-il \u00e0 ce que le dessinateur, peintre, illustrateur d\u00e9veloppe \u00e0 chaque \u00e9tape de son \u0153uvre, une singularit\u00e9 exceptionnelle. Celle-ci se manifeste ici avec une force d\u2019autant plus stimulante que ce nouvel album s\u2019inscrit dans la s\u00e9rie des <em>Aventures de Blake et Mortimer<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire dans une charte exigeante de codes narratifs, visuels, temporels. Outre l\u2019affrontement \u00e0 pareilles exigences qui touchent aux personnages cl\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des \u00e9v\u00e9nements (qui doit co\u00efncider \u00e0 la p\u00e9riode pendant laquelle les deux \u00ab&nbsp;h\u00e9ros&nbsp;\u00bb sont actifs), au style de dessin etc, l\u2019exigence muette d\u2019un lectorat de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations est \u00e0 tenir en compte.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les \u00ab&nbsp;suites&nbsp;\u00bb, aux qualit\u00e9s in\u00e9gales, donn\u00e9es aux personnages et \u00e0 l\u2019univers d\u2019Edgar P. Jacobs, l\u2019album sign\u00e9 Fran\u00e7ois Schuiten, Etienne Schreder et Jaco Van Dormael (sc\u00e9nario) avait \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 l\u2019enfermement dans la tradition. Schuiten a litt\u00e9ralement immerg\u00e9 les personnages de Jacobs dans ses propres <em>Cit\u00e9s obscures<\/em>. De cet entrelacement de deux imaginaires est n\u00e9 un des albums les plus originaux de l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;apr\u00e8s-Jacobs&nbsp;\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est peu dire qu\u2019on attendait l\u2019album de Floc\u2019h et des sc\u00e9naristes Jean-Luc Fromental et Jos\u00e9-Louis Bocquet avec qui il s\u2019est associ\u00e9 pour la circosntance. On devait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ces derniers l\u2019album <em>Huit heures \u00e0 Berlin<\/em>, dessin\u00e9 par Antoine Aubin.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous le titre de <em>L\u2019art de la guerre<\/em>, ce 30<sup>e<\/sup> album est \u00e0 n\u2019en pas douter celui qui, tout en s\u2019inscrivant dans le lignage des premiers ouvrages, les originaux de Jacobs, r\u00e9ussit \u00e0 sublimer ce qui constituait le g\u00e9nie des premi\u00e8res histoires. Ceux qui ont conserv\u00e9 le souvenirs de ces lectures compulsives du <em>Myst\u00e8re de la grande pyramide <\/em>etdu<em> Secret de l\u2019Espadon <\/em>verront au fil des pages de <em>L\u2019art de la guerre<\/em> se renouveler la fascination hypnotique ressentie alors. Et le r\u00e9cit, et la structure dramatique de sa construction et, enfin et surtout, le dessin de chacune des vignettes happent litt\u00e9ralement le regard par leur intensit\u00e9, leur justesse, leur all\u00e9gresse \u00e0 raconter le r\u00e9cit de cette trenti\u00e8me aventure&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re lecture, rapide, d\u00e9vorante, permet de conna\u00eetre l\u2019\u00e9nigme, d\u2019en appr\u00e9cier les affrontements entre Blake, Mortimer et leur ennemi de toujours le d\u00e9moniaque Olrik, et d\u2019applaudir \u00e0 la victoire des bons sur le m\u00e9chant dans un huis clos dont les d\u00e9cors se succ\u00e8dent \u00e0 New-York.<\/p>\n\n\n\n<p>Vient ensuite cet instant savoureux entre tous, o\u00f9 l\u2019on reprend l\u2019album \u00e0 son d\u00e9but apr\u00e8s avoir examin\u00e9 plus attentivement la couverture o\u00f9 Blake et Mortimer arpentent la 5<sup>e<\/sup> Avenue \u00e0 New-York. Tout est d\u00e9j\u00e0 dans cette image&nbsp;: la \u00ab&nbsp;ligne claire&nbsp;\u00bb id\u00e9ale pour figurer la grosse pomme, la silhouette, la d\u00e9gaine et le visage des deux h\u00e9ros commentant un danger imminent pour l\u2019humanit\u00e9, annonc\u00e9 en premi\u00e8re page du New-York Times, les d\u00e9tails qui enchantent le regard comme l\u2019aubette du marchand de journaux, le taxi jaune, la borne d\u2019incendie, les enseignes des h\u00f4tels <em>Claridge, Astor, Loew\u2019s<\/em>\u2026 On se souvient alors du g\u00e9nie si singulier de Floc\u2019h pour dessiner les villes, ou plut\u00f4t, pour les donner \u00e0 voir et \u00e0 ressentir en quelques traits. On lui doit un exceptionnel <em>\u00c9dinbourg <\/em>dans la collection des<em> Carnets de voyage Louis Vuitton, <\/em>un autre \u00ab&nbsp;guide&nbsp;\u00bb du Pays basque o\u00f9 il vit aujourd\u2019hui, mais aussi, souvenons-nous, des paysages anglais et des rues londoniennes (dans la s\u00e9rie <em>Seven Oaks<\/em>) ou des couvertures et affiches confi\u00e9es \u00e0 Floc\u2019h&nbsp;: tout est l\u2019exacte repr\u00e9sentation des lieux, mais tout est \u00e9galement r\u00e9invent\u00e9 par la gr\u00e2ce du trait, des couleurs, de cette atmosph\u00e8re si volatile qu\u2019on appelle le g\u00e9nie des lieux et que l\u2019artiste capture d\u2019un trait d\u2019encre.<\/p>\n\n\n\n<p>New-York est ainsi le lieu objectif, r\u00e9el de l\u2019action \u00e0 venir. Il en est un autre qui rel\u00e8ve \u00e0 la fois de la g\u00e9om\u00e9trie et du symbole&nbsp;: le si\u00e8ge des Nations Unies annonc\u00e9 d\u00e8s le premier \u00e9change entre Blake &nbsp;et Mortimer comme destination finale des deux amis.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s la premi\u00e8re page, deux \u00e9l\u00e9ments qui font de celui-ci l\u2019album \u00ab&nbsp;parfait&nbsp;\u00bb de la s\u00e9rie apparaissent&nbsp;: le format des vignettes et l\u2019all\u00e8gement du texte.<\/p>\n\n\n\n<p>Les vignettes au format \u00e9tabli d\u2019apr\u00e8s le dessin (et pas l\u2019inverse comme on en a parfois l\u2019impression) s\u2019adaptent au d\u00e9cor et mettent en \u00e9vidence, suivant les cas, l\u2019intensit\u00e9 dramatique, l\u2019humour, la beaut\u00e9 plastique des situations et des confrontations. Ainsi, en 5 vignettes, la premi\u00e8re page cr\u00e9e cette atmosph\u00e8re \u00ab&nbsp;floc\u2019h-ienne&nbsp;\u00bb qui nous rend le r\u00e9cit au plus proche de la lecture.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019all\u00e8gement du texte permet lui aussi d\u2019accorder au dessin sa place essentielle. On se souvient des premiers albums de Jacobs o\u00f9 des commentaires interminables et des dialogues invraisemblablement longs &nbsp;distrayaient l\u2019attention qui allait du texte \u00e0 l\u2019image, n\u00e9gligeant parfois la seconde au profit du premier, laborieux et envahissant. Rien de cela ici&nbsp;: le r\u00e9cit s\u2019\u00e9crit en phrases courtes et nettes&nbsp;; les dialogues ne s\u2019embarrassent pas des tics explicatifs de Jacobs. Ici, priorit\u00e9 \u00e0 la mise en images de l\u2019action, au jeu des lumi\u00e8res, \u00e0 la dynamique des mouvements. Le nombre et le placement des vignettes conduit le r\u00e9cit, laissant au lecteur le bonheur de d\u00e9chiffrer chaque dessin, d\u2019en savourer le dispositif sc\u00e9nique, de se rassasier de chaque d\u00e9tail.<\/p>\n\n\n\n<p>Un effet de ce style est de rendre aux personnages une force d\u00e9cupl\u00e9e d\u2019expression, retrouvant ainsi, dans les gros plans par exemple, ou dans les sc\u00e8nes d\u2019action et de suspens, la manifestation sans fard et sans texte superflu des sentiments et r\u00e9actions de chacun&nbsp;: la folie d\u2019Olrik, le s\u00e9rieux de Blake, l\u2019impulsivit\u00e9 de Mortimer sont exprim\u00e9s avec une \u00e9vidence jubilatoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques indices dans le r\u00e9cit (la Fleetline Chevrolet d\u2019un agent du FBI, la nouveaut\u00e9 du b\u00e2timent des Nations-Unies , inaugur\u00e9 en 1951) situent l\u2019action au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante. On devine la jubilation de Floc\u2019h \u00e0 \u00e9voquer, au d\u00e9tour d\u2019une case de transition, un tableau de Hopper en bord de route, un d\u00e9cor \u00ab&nbsp;vintage&nbsp;\u00bb dans le hall d\u2019un h\u00f4pital, les bo\u00eetes Campbell de Warhol, mais on salue aussi l\u2019int\u00e9gration parfaite du r\u00e9cit (somme toutes attendu s\u2019agissant de Blake &nbsp;et Mortimer &nbsp;face \u00e0 Olrik) dans son d\u00e9cor et dans son temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec \u00ab\u00a0L\u2019art de la guerre\u00a0\u00bb , Floc\u2019h nous donne une version incandescente de l\u2019univers cr\u00e9\u00e9 par Jacobs. Il rend \u00e0 son pr\u00e9d\u00e9cesseur le plus puissant des hommages en le recr\u00e9ant, ici, de toutes pi\u00e8ces, plut\u00f4t que d\u2019en d\u00e9velopper une \u00e8ni\u00e8me variation. Floc\u2019h l\u2019annonce d\u2019embl\u00e9e\u00a0: il ne fera pas d\u2019autres suites. Mais on peut gager que les prochains \u00ab\u00a0Blake et Mortimer\u00a0\u00bb se feront dans l\u2019ombre de celui-ci qui s\u2019est magnifiquement d\u00e9tach\u00e9 des contraintes. C\u2019est sans doute cela le secret de Floc\u2019h\u00a0: la libert\u00e9\u00a0! Elle nous enchante.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean Jauniaux, le 11 novembre 2023.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Rencontre avec Floc&#039;h \u00e0 propos de &quot;L&#039;art de la guerre&quot; , le dernier album de &quot;Blake et Mortimer&quot;\" width=\"1170\" height=\"658\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/q9P866KNrVc?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/youtu.be\/q9P866KNrVc\">Pour voir\/\u00e9couter l&rsquo;interview de Floc&rsquo;h cliquer sur le lien vers ma cha\u00eene Youtube<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/youtu.be\/q9P866KNrVc \"> <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00ab\u00a0L&rsquo;art de la guerre\u00a0\u00bb : Les aventure de Blake et Mortimer par Floc&rsquo;h On ne dira jamais assez combien Floc\u2019h&nbsp;[&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-5228","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","post-item clearfix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5228","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5228"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5228\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5233,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5228\/revisions\/5233"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5228"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5228"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5228"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}