{"id":5102,"date":"2023-05-19T17:39:43","date_gmt":"2023-05-19T15:39:43","guid":{"rendered":"http:\/\/edmondmorrel.be\/?p=5102"},"modified":"2023-05-19T17:39:43","modified_gmt":"2023-05-19T15:39:43","slug":"cosa-mentale-un-recueil-de-nouvelles-de-jean-yvane-enfin-editees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=5102","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Cosa Mentale\u00a0\u00bb, un recueil de nouvelles de Jean Yvane : enfin \u00e9dit\u00e9es! !"},"content":{"rendered":"\n<p>Enfin les voici publi\u00e9es, ces nouvelles que nous avions lues en manuscrit! Gr\u00e2ces en soient rendues \u00e0 G\u00e9rard Adam, \u00e9crivain-\u00e9diteur! On a souvent \u00e9crit ici combien le travail men\u00e9 par l&rsquo;\u00e9diteur G\u00e9rard Adam (au d\u00e9triment parfois de son propre travail d&rsquo;\u00e9crivain) avait plac\u00e9 son enseigne <strong><a href=\"https:\/\/www.meo-editions.be\/\">M.E.O.<\/a><\/strong> au firmament de l&rsquo;\u00e9dition francophone et particuli\u00e8rement de l&rsquo;\u00e9dition d&rsquo;oeuvres d&rsquo;\u00e9crivains belges. Avec <em>Cosa mentale <\/em>l&rsquo;\u00e9diteur renoue avec sa vocation europ\u00e9enne en accueillant pour la premi\u00e8re fois un in\u00e9dit de l&rsquo;\u00e9crivain fran\u00e7ais Jean Yvane. De ce dernier nous connaissons la bibliographie faite de romans (publi\u00e9s chez Deno\u00ebl, Grasset, Flammarion et le d\u00e9funt Pierre Guillaume de Roux), mais aussi de th\u00e9\u00e2tre et de pi\u00e8ces radiophoniques. deux de ses romans ont \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9s \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et diffus\u00e9s sur Antenne 2. <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"384\" height=\"547\" src=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Capture-decran-2023-05-18-a-12.17.30.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5104\" srcset=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Capture-decran-2023-05-18-a-12.17.30.png 384w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Capture-decran-2023-05-18-a-12.17.30-211x300.png 211w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Capture-decran-2023-05-18-a-12.17.30-200x285.png 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 384px) 100vw, 384px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-black-color\">Avec <em>Cosa mentale<\/em>, Jean Yvane d\u00e9ploie \u00e0 travers neuf nouvelles, cisel\u00e9es sur mesure, les portraits sensibles et originaux de personnalit\u00e9s dont il campe en quelques pages , en quelques anecdotes une v\u00e9rit\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9vade de l&rsquo;instant saisi pour atteindre \u00e0 une sorte d&rsquo;incandescence dans la justesse du trait. <\/mark>Ainsi r\u00e9ussit-il \u00e0 dire toute la destin\u00e9e de Gainsbourg en nous racontant l\u2019enregistrement de la bande son de l&rsquo;<em>Histoire du soldat<\/em> qu&rsquo;il enregistra avec Henri Salvador. Il pr\u00eatait sa voix \u00e0 M\u00e9phisto et \u00ab\u00a0<em>Voici une paire d&rsquo;amis pr\u00eatant leurs voix \u00e0 la double incarnation du bien et du mal, sur une route de campagne o\u00f9 Dieu ne saurait les surprendre\u00a0\u00bb. <\/em>Le romancier, qui a \u00e9t\u00e9 producteur \u00e0 la SFP assista \u00e0 cet enregistrement. Des ann\u00e9es plus tard, il reconstitue dans cette nouvelle admirable qui ouvre le recueil, l&rsquo;\u00e9motion d\u00e9multipli\u00e9e des artistes qui pr\u00eatent leurs voix, la beaut\u00e9 de l&rsquo;oeuvre originale de ce \u00ab\u00a0mimodrame\u00a0\u00bb (Stravinsky-Ramuz), adapt\u00e9 dans les ann\u00e9es 80 en film d&rsquo;animation&#8230;doubl\u00e9 par Salvador, Gainsbourg et Fran\u00e7ois P\u00e9rier.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Rencontre avec Jean Yvane \u00e0 propos de son recueil de nouvelles &quot;Cosa Mentale&quot; (Editions MEO)\" width=\"1170\" height=\"658\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/jcodk1eId3c?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Cosa mentale<\/em>, est le titre de la nouvelle qui termine le recueil et qui en est l&rsquo;\u00e9pigraphe (<em>Tutti cosa mentale<\/em> citation de L\u00e9onard de Vinci, un des \u00ab\u00a0personnages du recueil). En quatre pages, s&rsquo;inscrivent la vie, la pens\u00e9e, l&rsquo;oeuvre et l\u2019\u00e9nigme d&rsquo;une des personnalit\u00e9s les plus  \u00e9clairantes de la pens\u00e9e fran\u00e7aise du si\u00e8cle dernier, Michel Foucault, celui dont Jean Yvane \u00e9voque ici une conf\u00e9rence consacr\u00e9e au \u00ab\u00a0point de vue\u00a0\u00bb. Celui d&rsquo;un peintre, celui choisi pour un tableau&#8230;mais n&rsquo;est-ce pas aussi la question fondamentale de tout \u00e9crivain, le choix premier \u00ab\u00a0du regard, source et fin de toute chose\u00a0\u00bb. Et d&rsquo;\u00e9voquer le lieu-dit <em>La Manneporte<\/em> qu&rsquo;explora le regard d&rsquo;un peintre pas plus cit\u00e9 que le tableau \u00e9voqu\u00e9 par Foucault. Mais faut-il identifier les lieux dont s&#8217;empare l&rsquo;\u00e9crivain?<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a Gainsbourg, Foucault et aussi Antoine Blondin dont la nouvelle <em>Kronos<\/em> qui lui est consacr\u00e9e s&rsquo;ouvre par cette v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;il aimait prof\u00e9rer: \u00ab\u00a0<em>Moi, Messieurs, c&rsquo;est \u00e0 jeun que je titube.<\/em>\u00a0\u00bb Et toute l&rsquo;\u00e9motion est l\u00e0, sous la plume d&rsquo;Yvane, plong\u00e9e dans cette v\u00e9rit\u00e9 que seul le coeur peut d\u00e9voiler, cette tendresse pour \u00ab\u00a0Kronos\u00a0\u00bb qui racontait le Tour de France comme on \u00e9crit une \u00e9pop\u00e9e, comme on d\u00e9crit \u00ab\u00a0toutes les passions d&rsquo;un bateau qui souffre\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Laissons le lecteur d\u00e9couvrir le portrait <em>yvanien<\/em> , c&rsquo;est \u00e0 dire juste, sensible, empathique, des Ionesco, Vian, Kafka, Perec,Beckett, Allen&#8230; Chaque \u00ab\u00a0nouvelle\u00a0\u00bb est une fen\u00eatre entrouverte. Y passent de la lumi\u00e8re et de l&rsquo;air, venus du ciel o\u00f9 planent et voltigent les ombres de ces disparus que ressuscitent, le temps de la lecture enchant\u00e9e, les pages  de Jean Yvane. Formons enfin le voeu d&rsquo;avoir bient\u00f4t acc\u00e8s \u00e0 d&rsquo;autres in\u00e9dits de cet \u00e9crivain qui, chaque jour, travaille ses textes, nouvelles, romans , articles&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Jauniaux<\/strong>, 19 mai 2023<\/p>\n\n\n\n<p><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-red-color\">Nous  avions eu l&rsquo;occasion de lire, sur manuscrit, <em>Cosa mentale<\/em>. Persuad\u00e9 qu&rsquo;il trouverait bien vite un \u00e9diteur, et un public, nous avions \u00e9crit alors une premi\u00e8re recension que nous publions ici en l&rsquo;\u00e9tat et qui nous guidera dans l\u2019interview de Jean Yvane.<\/mark><\/p>\n\n\n\n<p>En pla\u00e7ant ce recueil de nouvelles sous l\u2019exergue de Leonardo da Vinci, <em>E cosa mentale<\/em>, Jean Yvane s\u2019ouvre toutes les libert\u00e9s pour tracer en br\u00e8ves nouvelles le portrait des artistes, \u00e9crivains, penseurs qu\u2019il a choisi dans un panth\u00e9on personnel. Il y en a neuf et, une fois le livre referm\u00e9 on regrette que l\u2019\u00e9crivain n\u2019en ait pas donn\u00e9 davantage \u00e0 son \u00e9diteur et on se met \u00e0 r\u00eaver qu\u2019il en ait d\u2019autres dans les tiroirs de sa table de travail \u00e0 laquelle il s\u2019assied chaque matin pour \u00e9crire romans, nouvelles, essais et peaufiner \u00e0 l\u2019infini une \u00e9criture incomparable. Et c\u2019est \u00e0 la fois la d\u00e9monstration et l\u2019\u00e9vidence qui nous frappent \u00e0 la lecture de ces textes, impressionnistes et po\u00e9tiques, appartenant \u00e0 et m\u00ealant diff\u00e9rents genres&nbsp;: la bande sonore d\u2019un film, la po\u00e9sie, la chanson, le dessin. <\/p>\n\n\n\n<p>La nouvelle comme portrait d\u2019un moment qui devient \u00e9ternit\u00e9, d\u2019un regard qui devient un visage, d\u2019une image qui devient monde\u2026voil\u00e0 en quelque sorte la d\u00e9monstration que nous fait Jean Yvane. D\u2019une anecdote, d\u2019une r\u00eaverie, d\u2019un souvenir qu\u2019il attache \u00e0 une des personnalit\u00e9s qu\u2019il \u00e9voque ainsi, il fait le portrait d\u2019une vie et d\u2019une \u00e9poque. Tous les enjeux du destin qu\u2019il raconte se trouvent \u00e9voqu\u00e9s et touchent le lecteur<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rythmo Blues (Gainsbourg)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<em>D\u2019abord la forme, ensuite le sens&nbsp;<\/em> est une formule que Jean Yvane pr\u00eate au personnage de la nouvelle, Serge Gainsbourg. La nouvelle se d\u00e9roule dans un studio d\u2019enregistrement et de synchronisation. Dans cette op\u00e9ration o\u00f9 d\u00e9filent bande son et images, le lecteur assiste \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une bande sonore. Henri Salvador et Serge Gainsbourg &nbsp;pr\u00eatent leurs voix aux personnages. Gainsbourg se livre \u00e0 un t\u00e2tonnement continu \u00e0 la recherche de la sonorit\u00e9 qui fera po\u00e9sie. Il y a exigence constante de trouver &nbsp;<em>d\u2019abord la forme, ensuite le sens&nbsp;<\/em> comme Yvane le fait dire au po\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Et le nouvelliste est aussi po\u00e8te pour nous faire ressentir ces instants o\u00f9 l\u2019\u0153uvre se cr\u00e9e. Phrase courtes, alternant avec des vers en devenir, phrases hach\u00e9es pour dire et donner \u00e0 ressentir le d\u00e9roulement du temps du studio. Yvane s\u2019\u00e9merveille: &nbsp;<em>Et c\u2019est surprenant de voir ce conteur d\u2019histoires l\u00e9gendaire remettre sur le m\u00e9tier, travailler humblement \u00e0 placer un mot, le bon, dans la bouche du diable, veiller entre deux volutes de fum\u00e9e \u00e0 ne pas rater sa cible jusqu\u2019\u00e0 ce que le diable en question parle enfin par sa voix.<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin de la nouvelle, le lecteur &nbsp;<em>colle les morceaux \u00e9pars&nbsp;<\/em> et apprend qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019enregistrement en studio de la version fran\u00e7aise d\u2019une adaptation &#8211; par l\u2019Am\u00e9ricain R.O. Blechman-&nbsp; en dessin anim\u00e9 du mimodrame de Stravinsky, <em>L\u2019histoire du soldat&nbsp;<\/em>\u2026. Les voix originales de ce film d\u2019animation de 1984, sont doubl\u00e9es dans la version fran\u00e7aise par Henri Salvador (le soldat), Serge Gainsbourg (le diable), et Fran\u00e7ois P\u00e9rier (le narrateur).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019habitant de la cave (Kafka)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce texte bouleversant raconte l\u2019abandon de toute \u00ab&nbsp;vie&nbsp;\u00bb au profit de la seule litt\u00e9rature&nbsp;: ce choix qu\u2019impose Franz Kafka \u00e0 son \u00e9pouse, F\u00e9licie &nbsp;la narratrice de cette nouvelle. Ce dernier impose \u00e0 sa femme (vendeuse dans un magasin de luxe et effar\u00e9e par le niveau d\u2019exigence de son mari) un mode de vie conjugal d\u2019une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 sans \u00e9gal&nbsp;: il vivra dans une cave, o\u00f9 il \u00e9crira assis \u00e0 une table \u00e9clair\u00e9e d\u2019une lampe, ne mangeant que des repas frugaux que F\u00e9licie devra d\u00e9poser \u00e0 la porte de ce lieu clos, sombre et souterrain. Terrible portrait d\u2019une volont\u00e9 presque surnaturelle&nbsp;: celle d\u2019\u00e9crire envers et contre tout, mais aussi portrait d\u2019une femme qui perdra tout pour permettre \u00e0 son mari de composer l\u2019\u0153uvre de sa vie. Avoir choisi comme narratrice la femme de Kafka donne une puissant force d\u2019\u00e9vocation \u00e0 ce portrait en forme de miroir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jo l\u2019obscur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute le plus touchant parce que le plus juste des portraits du recueil, celui-ci est consacr\u00e9 \u00e0 Georges Perec. On sait l\u2019attachement de Jean Yvane \u00e0 l\u2019auteur de <em>la disparition<\/em> dont il c\u00e9l\u00e8bre ici \u00e0 la fois le caract\u00e8re (qui ne sait dire non, souriant et am\u00e8ne), et la force de caract\u00e8re (qui le conduit \u00e0 un formalisme et un syst\u00e9matisme dont l\u2019expression la plus parfaite est ce roman, <em>La disparition<\/em>, mais aussi le cruciverbisme, le jeu de Go . On n\u2019a pas envie de savoir ce qui est rai et\/ou ce qui rel\u00e8ve de la fiction dans cette nouvelle o\u00f9 tous les d\u00e9tails correspondent \u00e0 ce que nous savons ou devinons de Perec&nbsp;: son emploi \u00e0 l\u2019ING, sa bonne volont\u00e9 qui le conduit \u00e0 se voir confier les cl\u00e9s de tous les appartements de l\u2019immeuble qu\u2019il occupe (Ah&nbsp;! la belle anecdote de ces funambules qui ont perdu leur cl\u00e9 lors d\u2019un num\u00e9ro de cirque&nbsp;!) , ou de ce d\u00e9fi de conna\u00eetre par c\u0153ur le m\u00e9tro de Paris pour aider les voyageurs \u00e0 identifier les itin\u00e9raires qu\u2019ils doivent choisir pour arriver \u00e0 destination&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Une seule envie, en quittant ce r\u00e9cit, se plonger dans l\u2019\u0153uvre de Perec. Un seul regret, que ce r\u00e9cit n\u2019ait pas la longueur des grands romans de Perec\u2026 on aimerait lire bien davantage de ce qui inspire \u00e0 jean Yvane des pages si touchantes.<\/p>\n\n\n\n<p><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-red-color\">(Je ne peux m\u2019emp\u00eacher, lisant ce texte, d\u2019aller farfouiller sur internet et d\u2019essayer d\u2019en savoir davantage sur Perec. Je pars \u00e0 la recherche de la Tentative de description de choses vues au carrefour Mabillon le 19 mai 1978 <strong><a href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/tentative-de-description-de-choses-vues-au-carrefour-mabillon-le-19-mai-1978-8099914\">(\u00ab\u00a0un essai radiophonique diffus\u00e9 sur France Culture le 25 f\u00e9vrier 1979, dans une r\u00e9alisation de Nicole Pascot\u00a0\u00bb).<\/a><\/strong><\/mark><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Capture-decran-2023-05-19-a-08.34.55-1024x805.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5106\" width=\"435\" height=\"342\" srcset=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Capture-decran-2023-05-19-a-08.34.55-1024x805.png 1024w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Capture-decran-2023-05-19-a-08.34.55-300x236.png 300w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Capture-decran-2023-05-19-a-08.34.55-768x604.png 768w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Capture-decran-2023-05-19-a-08.34.55-200x157.png 200w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Capture-decran-2023-05-19-a-08.34.55-690x543.png 690w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Capture-decran-2023-05-19-a-08.34.55.png 1147w\" sizes=\"auto, (max-width: 435px) 100vw, 435px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>La case d\u00e9part (Boris Vian)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le titre&nbsp; \u00e9voque le moment de la naissance de Boris Vian, ce moment o\u00f9 le diagnostic de l\u2019insuffisance cardiaque est pos\u00e9 et o\u00f9 il est notoire que Boris, nouveau n\u00e9 que l\u2019on gifle pour qu\u2019il respire, ne vivra pas au-del\u00e0 de 40 ans. Ici aussi, une sorte d\u2019osmose s\u2019\u00e9tablit entre le style de Jean Yvane et la personnalit\u00e9 de celui dont il trace le portrait sensible par touches de couleurs&nbsp; et nuances de lumi\u00e8re&nbsp; pr\u00e9lev\u00e9es sur la palette du c\u0153ur. C\u2019est en l\u2019occurrence l\u00e0 que se trouvent la v\u00e9rit\u00e9 et le destin hors normes de Vian.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Kronos (Antoine Blondin)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ouvrir cette nouvelle par l\u2019injonction&nbsp;: \u00ab&nbsp;Moi, c\u2019est \u00e0 jeun que je titube&nbsp;\u00bb, permet en quelques mots de cerner le personnage de Blondin, le sujet de ce <em>Kronos<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quelle magnifique c\u00e9l\u00e9bration de ce choix entre \u00ab&nbsp;la vie et l\u2019existence&nbsp;\u00bb , une autre r\u00e9plique de Blondin qui signe ses inoubliables chroniques sportives&nbsp; du pseudonyme Kronos, un nom grec qui rappelle la fuite du temps, mais aussi l\u2019\u00e9pop\u00e9e que repr\u00e9sente, dans la r\u00e9alit\u00e9 litt\u00e9raire du chroniqueur, le Tour de France et toute autre comp\u00e9tition&nbsp; de la petite reine. Ah&nbsp;! on aurait aim\u00e9 \u00eatre accoud\u00e9 au zinc lorsque Blondin dispose sur celui-ci , avec des sucres et verres de blancs, un moment crucial d\u2019une \u00e9tape\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les dix commandements (Eug\u00e8ne Ionesco)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ah&nbsp;! Quelle merveilleuse pi\u00e8ce que celle-ci qui met en pr\u00e9sence, au petit d\u00e9jeuner, le dramaturge et Lucienne son \u00e9pouse qui doit sacrifier au rituel matinal&nbsp;: donner \u00e0 Ionesco dix bonnes raisons de vivre cette journ\u00e9e et la nuit qui va suivre. Le lecteur se d\u00e9lecte de ce jeu, parfois cruel, du chat et de la souris, cette derni\u00e8re terroris\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e de ne pas convaincre son ma\u00eetre de l\u2019actualit\u00e9 et de la v\u00e9racit\u00e9 des dix raisons que chaque matin elle doit trouver. Et puis, il y a Hubert, le jeune homme, fils du Ma\u00eetre de maison, incapable d\u2019\u00eatre \u00e0 la hauteur comme d\u2019\u00eatre capable de bien fermer le portes. Il y a ici une osmose stylistique entre Yvane et Ionesco&nbsp;: ce dernier aurait pu \u00e9crire le texte que le premier nous donne ici \u00e0 lire&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dessine moi un maton (Samuel Beckett)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Fantaisie Beckettienne, cette nouvelle s\u2019inspire du voisinage, pendant les derni\u00e8res ann\u00e9es de la vie du dramaturge, entre son appartement et la prison de la Sant\u00e9. Jean Yvane imagine un dialogue entre&nbsp; l\u2019auteur d\u2019&nbsp;<em>En attendant Godot&nbsp;<\/em> et un prisonnier dont il ne voit que les bras, pendant hors de la fen\u00eatre de sa cellule. L\u2019usage du morse par le biais d\u2019un miroir entra\u00eene un dialogue entre les deux hommes, dont on devine le caract\u00e8re lapidaire. Ce dialogue, m\u00e9taphore parfaite du style minimaliste de l\u2019\u00e9crivain irlandais, provoque un quiproquo lorsqu\u2019il est soup\u00e7onn\u00e9 par les matons et la police, d\u2019\u00eatre le complice de l\u2019\u00e9vasion de celui qui, jusque l\u00e0, \u00e9tait un prisonnier mod\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p>La libert\u00e9 fut de courte dur\u00e9e pour le malandrin que l\u2019on changea de cellule, tandis que l\u2019appartement qui lui faisait face \u00e9tait devenu \u00ab&nbsp;A louer&nbsp;\u00bb et que Beckett termine sa vie dans une maison de retraite. A nouveau, l\u2019osmose stylistique entre Yvane et son mod\u00e8le, dans la mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire mais aussi dans l\u2019invention de cet \u00e9pisode (imaginaire&nbsp;?) a un effet de fulgurante authenticit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La griffe d\u2019Orion (Woody Allen)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Orion&nbsp;! Le monstre imaginaire qui menace Mia Farrow et pourrit la vie de Woody oblig\u00e9 d\u2019aller le pourchasser dans les rues glac\u00e9es de New-York. Voici le point de d\u00e9part de cette fable burlesque o\u00f9 le pauvre Woody, pourchass\u00e9 par les reproches de Mia (qu\u2019aurait fait Red s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 la place de Woody&nbsp;?), hant\u00e9 par l\u2019incapacit\u00e9 de boucler le sc\u00e9nario auquel il travaille (avec dans les r\u00f4les principaux, les Marx Brothers, morts depuis plusieurs d\u00e9cennies)&nbsp;: c\u2019est tout un univers mental et obsessionnel que Jean Yvane reconstitue ici, faisant de Woody Allen un des personnages les plus authentiques d\u2019un film\u2026 de lui-m\u00eame. L\u2019\u00e9change de courrier entre Allen et Bergmus (r\u00e9alisateur su\u00e9dois\u2026) est un morceau d\u2019anthologie pour cin\u00e9phile.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cosa Mentale (Michel Foucault)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re nouvelle donne son titre au recueil. Elle est une m\u00e9ditation sur l\u2019art, la repr\u00e9sentation, le choix d\u2019un point de vue. Elle est aussi une dissertation sur l\u2019\u0153uvre d\u2019art (\u00e9vocation du tableau de Claude Monet repr\u00e9sentant la falaise d\u2019Etretat, la <em>Manneporte<\/em>, mais aussi des<em> M\u00e9nines <\/em>l\u2019\u0153uvre si \u00e9nigmatique de V\u00e9lasquez) et sur la difficult\u00e9 d\u2019interpr\u00e9ter une \u0153uvre ou un acte. En effet, <em>la v\u00e9rit\u00e9 d\u2019un homme r\u00e9side toujours dans ce qui l\u2019incite \u00e0 agir comme dans ce qui le retient<\/em>&nbsp;).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette nouvelle \u00e9claire celles qui composent le volume, leur donne un \u00e9clairage subtil et complexe. La vie d\u2019un homme est irr\u00e9ductible \u00e0 un seul point de vue. C\u2019est bien la force de la litt\u00e9rature, dont ces nouvelles sont exemplaires, que d\u2019en restituer les parcelles mouvantes, changeantes, incompl\u00e8tes. Car c\u2019est de cela qu\u2019est faite l\u2019humanit\u00e9&nbsp;: la complexit\u00e9 qui la rend \u00e0 la fois incompr\u00e9hensible et impossible \u00e0 juger. Michel Foucault, dont cette nouvelle est le \u00ab&nbsp;portrait&nbsp;\u00bb, en fut l\u2019intarissable explorateur.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019y a-t-il pas dans ce recueil in\u00e9puisable, &nbsp;l\u2019empreinte d\u2019un des grands \u00e9crivains nouvellistes de notre temps, comparable \u00e0 Maupassant, ami de Monet\u2026dont il a \u00e9t\u00e9 le voisin \u00e0 Etretat&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Jauniaux, 2011&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.meo-editions.be\/product-page\/cosa-mentale-jean-yvane\"><em>Cosa mentale<\/em>, de Jean Yvane<\/a>, <a href=\"https:\/\/www.meo-editions.be\/\">Editions MEO<\/a>, 2023, 100p., 15,00 \u20ac<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/youtu.be\/jcodk1eId3c\">Ci-dessous, nous vous invitons \u00e0 regarder et \u00e9couter l&rsquo;entretien que Jean Yvane nous a accord\u00e9 ce 19 mai 2023&#8230;<\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Rencontre avec Jean Yvane \u00e0 propos de son recueil de nouvelles &quot;Cosa Mentale&quot; (Editions MEO)\" width=\"1170\" height=\"658\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/jcodk1eId3c?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Enfin les voici publi\u00e9es, ces nouvelles que nous avions lues en manuscrit! 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