{"id":4832,"date":"2022-07-04T08:23:33","date_gmt":"2022-07-04T06:23:33","guid":{"rendered":"http:\/\/edmondmorrel.be\/?p=4832"},"modified":"2022-07-04T08:23:34","modified_gmt":"2022-07-04T06:23:34","slug":"hospita-litte-4-la-chroniqueuse-beatrice-feron-membre-du-jury-du-prix-horizon-a-propos-du-roman-over-the-rainbow-de-constance-joly-laureate-de-ledition-2022-du-prix-du-deuxieme-roman","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=4832","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Hospita-litt\u00e9\u00a0\u00bb (4). La chroniqueuse B\u00e9atrice Feron, membre du jury du Prix Horizon, \u00e0 propos du roman \u00ab\u00a0Over the rainbow\u00a0\u00bb de Constance Joly, laur\u00e9ate de l&rsquo;\u00e9dition 2022 du Prix du deuxi\u00e8me roman&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p><em><span class=\"has-inline-color has-cyan-bluish-gray-color\">Dans le cadre de la rubrique \u00ab Hospita-Litt\u00e9 \u00bb B\u00e9atrice Feron nous propose une recension du roman, laur\u00e9at de l\u2019\u00e9dition 2022 du prix litt\u00e9raire Horizon du deuxi\u00e8me roman\u00a0:\u00a0<\/span><\/em><span class=\"has-inline-color has-cyan-bluish-gray-color\"><strong>Over the rainbow<\/strong><\/span><em><span class=\"has-inline-color has-cyan-bluish-gray-color\">\u00a0\u00a0 de Constance Joly. C\u2019est \u00e0 Marche, le 25 mai dernier que le cr\u00e9ateur et pr\u00e9sident du <strong><a href=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=4796\">Prix Horizon<\/a><\/strong>, le romancier Armel Job,\u00a0 a d\u00e9voil\u00e9 le palmar\u00e8s de cette sixi\u00e8me \u00e9dition d\u2019un prix devenu une r\u00e9f\u00e9rence dans le monde des lettres francophones. <strong>Jean Jauniaux, le 2 juillet 2022.<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab L&rsquo;\u00e2me n&rsquo;aurait pas d&rsquo;arc-en-ciel si les yeux n&rsquo;avaient pas de larmes. \u00bb (John Vance Cheney)<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Capture-decran-2022-07-04-a-08.22.44.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4836\" width=\"193\" height=\"313\" srcset=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Capture-decran-2022-07-04-a-08.22.44.png 253w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Capture-decran-2022-07-04-a-08.22.44-185x300.png 185w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Capture-decran-2022-07-04-a-08.22.44-200x325.png 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 193px) 100vw, 193px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Constance vient d&rsquo;accoucher. Elle est tr\u00e8s fi\u00e8re de sa petite fille et repense \u00e0 Justine, son amie d&rsquo;adolescence. Cela fait bien dix ans qu&rsquo;elles ne se sont pas vues. C&rsquo;est l&rsquo;occasion. Constance l&rsquo;invite et d\u00e9chante imm\u00e9diatement. Elle n&rsquo;a plus rien de commun avec cette femme qui jacasse dans le vide et se moque de tout ce qu&rsquo;elle voit. Enfin, la voil\u00e0 qui se dirige vers la sortie. C&rsquo;est alors, la main sur la porte, qu&rsquo;elle demande des nouvelles du p\u00e8re de Constance. Quoi ? C&rsquo;est une plaisanterie ? Jacques est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 cinq ans pus t\u00f4t. Ah oui. C&rsquo;est vrai. \u00ab Il fait partie des vieux homos qui sont morts les premiers. \u00bb Quand Justine s&rsquo;engouffre dans l&rsquo;ascenseur, Constance reste l\u00e0 h\u00e9b\u00e9t\u00e9e, tremblante.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le d\u00e9clic qui lui donne envie de rendre hommage \u00e0 cet homme parti trop vite. Il lui faudra du temps pour mener \u00e0 bien ce projet qui lui semble vital. \u00ab<em> J&rsquo;\u00e9cris pour ne pas tourner la page. J&rsquo;\u00e9cris pour inverser le cours du temps. J&rsquo;\u00e9cris pour ne pas te perdre pour toujours. J&rsquo;\u00e9cris pour rester ton enfant. <\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En lisant le titre du beau roman de Constance Joly, je me surprends \u00e0 fredonner silencieusement la m\u00e9lodie du \u00ab Magicien d&rsquo;Oz \u00bb. Mais en parcourant la quatri\u00e8me de couverture, on sent son sourire \u00ab qui tourne \u00e0 l&rsquo;eau et qui chavire \u00bb (comme le chantait Serge Reggiani). En effet, en deux lignes, on apprend que la r\u00e9alit\u00e9 sera terrible. Cet arc-en-ciel est aussi celui choisi pour repr\u00e9senter le mouvement LGBT+, puisque Jacques devra assumer son homosexualit\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 celle-ci \u00e9tait \u00ab <em>encore r\u00e9pertori\u00e9e comme une maladie mentale (\u2026) un d\u00e9lit passible de prison. <\/em>\u00bb Il sera aussi un des premiers \u00e0 mourir du SIDA, ce mal qu&rsquo;on ne connaissait pas encore alors.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, tout comme l&rsquo;arc-en-ciel na\u00eet apr\u00e8s la pluie pour c\u00e9l\u00e9brer le retour du soleil, cette histoire sera aussi un grand cri d&rsquo;amour adress\u00e9 par Constance \u00e0 son p\u00e8re. Car l&rsquo;auteure a choisi de donner \u00e0 ses personnages les noms r\u00e9els des personnes qu&rsquo;ils repr\u00e9sentent. Pour l&rsquo;\u00e9crire, elle se base sur ses souvenirs, des albums de photos, de vieux films aux couleurs fan\u00e9es. Et elle transforme cette vie en roman, comme une \u00ab <em>menteuse. La menteuse. Celle qui comble les vides, synchronise gestes et paroles. Celle qui rejoue le pass\u00e9. <\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est que vingt ans apr\u00e8s la disparition de Jacques que Constance se lance. Le signal de d\u00e9part, ce sont les mots odieux de cette soi-disant amie. Non. Il ne faut pas que d&rsquo;autres pensent comme elle. Aussi, Constance Joly va-t-elle commencer \u00e0 \u00e9difier une sorte de tombeau litt\u00e9raire pour cet homme qu&rsquo;elle a tant aim\u00e9, mais auquel elle a si peu et si mal exprim\u00e9 son amour.<\/p>\n\n\n\n<p>On dirait qu&rsquo;elle a pris le parti de d\u00e9couper sa vie en tranches extr\u00eamement fines, qu&rsquo;elle nous livre dans des chapitres dont la plupart n&rsquo;exc\u00e8dent pas deux pages et dans lesquels elle s&rsquo;adresse en \u00ab tu \u00bb \u00e0 son p\u00e8re, parfois \u00e0 elle-m\u00eame, sans obligatoirement respecter l&rsquo;ordre chronologique. Chacun met en lumi\u00e8re de petits moments du pass\u00e9 : la barbe \u00e0 papa, le jour o\u00f9 elle ouvre la porti\u00e8re, Place de la Concorde, l&rsquo;histoire des deux souris&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, le lecteur p\u00e9n\u00e8tre \u00e0 sa suite dans un univers de grands bourgeois bien pensants, d\u00e9couvrant avec horreur que leur fils cadet est non seulement au lit avec un gar\u00e7on, mais qu&rsquo;en plus celui-ci est&#8230; noir ! A leurs yeux, deux p\u00e9ch\u00e9s intol\u00e9rables. Suit une sc\u00e8ne tr\u00e8s choquante o\u00f9 ils r\u00e9unissent un conseil de famille, comme un tribunal, pour juger le paria. Et obligent l&rsquo;a\u00een\u00e9 \u00e0 prononcer une sentence contre Bertrand, alors qu&rsquo;au fond de lui, il se sent pareil. C&rsquo;est donc pour ob\u00e9ir \u00e0 leurs lois que Jacques s&rsquo;estime contraint de rester dans le rang, de se marier, de fonder une famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques et Lucie, les parents de Constance, sont tr\u00e8s cultiv\u00e9s. Il donne des conf\u00e9rences un peu partout, elle enseigne \u00e0 la Sorbonne. La fillette aura ainsi la chance de baigner dans un univers litt\u00e9raire, musical, pictural. Jacques aime l&rsquo;art. Il collectionne les tableaux, il emm\u00e8ne sa fille visiter des expositions. Ils regardent de vieux films, surtout des com\u00e9dies musicales que Jacques affectionne.<\/p>\n\n\n\n<p>De temps en temps, Constance Joly glisse un po\u00e8me :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>\u00c7a ne fait pas de bruit\/Le ciel d&rsquo;\u00e9t\u00e9 frissonnant\/D&rsquo;\u00e9toiles lourdes pr\u00eates \u00e0 tomber\/Sur nos paupi\u00e8res <\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9num\u00e8re, comme une complainte anaphorique, une longue liste de particularit\u00e9s qui, prises isol\u00e9ment, sont insignifiantes, mais, group\u00e9es, dessinent un \u00e9mouvant portrait de son p\u00e8re : \u00ab <em>Qui se souviendra de tes \u00e9tag\u00e8res en cuivre remplies de DVD, d&rsquo;\u00e9ditions de poche avec papier cristal (\u2026) De tes babouches jaunes glissant sur le parquet. De ton adoration pour les com\u00e9dies musicales (\u2026) de ta fa\u00e7on de chanter \u00ab\u00a0Somewhere over the rainbow\u00a0\u00bb<\/em> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Un coup de c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>B\u00e9atrice Feron<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Over the rainbow <\/em>de Constance Joly, Editions Flammarion, 192 pages ISBN : 9782081518650<\/p>\n\n\n\n<p><em><span class=\"has-inline-color has-cyan-bluish-gray-color\"><strong>B\u00e9atrice Feron<\/strong>, membre du jury de s\u00e9lection du Prix Horizon, est \u00e9galement responsable, en amont de celui-ci, du rep\u00e9rage des deuxi\u00e8mes romans dans les programmes de parution des maisons d\u2019\u00e9dition francophones. Elle est \u00e9galement \u00ab\u00a0blogueuse\u00a0\u00bb litt\u00e9raire, critique r\u00e9guli\u00e8re sur BABELIO et, bien s\u00fbr, passionn\u00e9e de litt\u00e9rature.<\/span><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><a href=\"https:\/\/editions.flammarion.com\/over-the-rainbow\/9782081518650\">Sur le site de l&rsquo;\u00e9diteur Flammarion:<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Celle qui raconte cette histoire, c\u2019est sa fille, Constance. Le p\u00e8re, c\u2019est Jacques, jeune professeur d\u2019italien passionn\u00e9, qui aime l\u2019op\u00e9ra, la litt\u00e9rature et les antiquaires. Ce qu\u2019il trouve en fuyant Nice en 1968 pour se m\u00ealer \u00e0 l\u2019effervescence parisienne, c\u2019est la force d\u2019\u00eatre enfin lui-m\u00eame, de\u00a0se laisser aller \u00e0 son d\u00e9sir pour les hommes. Il est parmi les premiers \u00e0 mourir du sida au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, elle est l\u2019une des premi\u00e8res enfants \u00e0 vivre en partie avec un couple d\u2019hommes.<br><br><em>Over the Rainbow<\/em>\u00a0est le roman d\u2019un amour lointain mais toujours fi\u00e9vreux, l\u2019amour d\u2019une fille grandie qui saisit de quel bois elle est faite\u00a0: du bois de la libert\u00e9, celui d\u2019\u00eatre soi contre vents et mar\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le cadre de la rubrique \u00ab Hospita-Litt\u00e9 \u00bb B\u00e9atrice Feron nous propose une recension du roman, laur\u00e9at de l\u2019\u00e9dition&nbsp;[&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-4832","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","post-item clearfix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4832","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4832"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4832\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4837,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4832\/revisions\/4837"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4832"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4832"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4832"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}