{"id":4602,"date":"2022-02-12T12:56:08","date_gmt":"2022-02-12T11:56:08","guid":{"rendered":"http:\/\/edmondmorrel.be\/?p=4602"},"modified":"2022-02-12T12:56:09","modified_gmt":"2022-02-12T11:56:09","slug":"les-larmes-de-nietzsche-adapte-du-roman-d-irvin-yalom-au-theatre-de-la-valette-a-ittre-precipitez-vous-cest-magistral","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=4602","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Les larmes de Nietzsche\u00a0\u00bb adapt\u00e9 du roman d&rsquo; Irvin Yalom, au Th\u00e9\u00e2tre de La Valette \u00e0 Ittre. Pr\u00e9cipitez-vous:  c&rsquo;est magistral!"},"content":{"rendered":"\n<p>Cette p\u00e9riode de confinement, &#8211;  finissante heureusement au moment d&rsquo;\u00e9crire cette recension -, a mis en \u00e9vidence le manque abyssal que cr\u00e9ait la fermeture des lieux de spectacle vivant et en particulier des th\u00e9\u00e2tres. Beaucoup ont alors pris conscience de la fonction singuli\u00e8re et indispensable  de la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale, du partage public de l&rsquo;\u00e9motion engendr\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne, les \u00e9clairage, le jeu de com\u00e9diens et, bien s\u00fbr, le texte \u00e0 travers lequel ils incarnent situation et personnages. <\/p>\n\n\n\n<p>Le <strong><a href=\"https:\/\/theatrelavalette.be\/\">Th\u00e9\u00e2tre de La Valette<\/a><\/strong> offre une stimulante occasion de v\u00e9rifier ces assertions en nous donnant \u00e0 voir <em><strong><a href=\"https:\/\/theatrelavalette.be\/les-larmes-de-nietzsche\/\">Les larmes de Nietzsche<\/a> <\/strong><\/em>dans une adaptation et une mise en sc\u00e8ne de Michel Wright, qui nous en fait ici le \u00ab\u00a0pitch\u00a0\u00bb:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb Nietzche, sur les recommandations de son \u00ab\u00a0amie\u00a0\u00bb Lou Andr\u00e9as Salom\u00e9, se pr\u00e9sente chez le Dr Breuer \u2013 mentor du jeune Sigmund Freud et fondateur de la psychanalyse moderne &#8211; pour des migraines et d\u2019autres troubles physiques. Breuer, en complicit\u00e9 avec le son jeune \u00e9tudiant Freud, souhaiterait \u00ab\u00a0psychanalyser\u00a0\u00bb le philosophe dont il a lu les \u0153uvres, mais Nietzche refuse. S\u2019\u00e9labore ensuite un dialogue o\u00f9 le spectateur ne distingue plus le psychanalyste du philosophe. Une partie d\u2019\u00e9chec passionnante entre le savant et le po\u00e8te. Une pi\u00e8ce sur le sens de la vie, sur l\u2019amiti\u00e9 et sur l\u2019aveu.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-12-a-12.47.47.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4603\" width=\"393\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-12-a-12.47.47.png 533w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-12-a-12.47.47-236x300.png 236w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/Capture-decran-2022-02-12-a-12.47.47-200x254.png 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 393px) 100vw, 393px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Adapt\u00e9 du roman <em>Quand Nietzche a pleur\u00e9<\/em> de <strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Irvin_D._Yalom\">Irvin Yalom <\/a><\/strong>, la pi\u00e8ce met en sc\u00e8ne la rencontre (imaginaire) du philosophe Nietzsche et du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Josef_Breuer\">Docteur Josef Breuer<\/a>, \u00e0 l&rsquo;instigation de l&rsquo;amie de ce dernier Lou Andr\u00e9a-Salom\u00e9. Si les noms du philosophe et de la femme de lettres sont  familiers du public, il n&rsquo;en va pas de m\u00eame de celui de Josef Breuer qui fut pourtant le mentor de Sigmund Freud, quatri\u00e8me personnage de la pi\u00e8ce (avec Mathilde, l&rsquo;\u00e9pouse de Breuer qui compl\u00e8te la distribution).<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en sc\u00e8ne, dans un habile dispositif sc\u00e9nique adapt\u00e9 id\u00e9alement au potentiel de la sc\u00e8ne de La Valette, permet \u00e0 chacun des com\u00e9diens de donner la pleine mesure de chacun des personnages qu&rsquo;ils incarnent. Isabelle Roelandt trouve le ton juste, sensible et profond pour donner corps \u00e0 l&rsquo;\u00e9pouse d\u00e9laiss\u00e9e par un mari tout entier vou\u00e9 \u00e0 son art de (tenter de) gu\u00e9rir. Giulo Greco nous donne \u00e0 voir Sigmund Freud en disciple jeune et passionn\u00e9 des th\u00e8se de la psychanalyse dont les \u00e9pisodes que raconte la pi\u00e8ce, sont les pr\u00e9misses. Et puis, il y a magnifiques de justesse, de sensibilit\u00e9 et d&rsquo;humanit\u00e9, Marc De Roy  et Jean-Philippe Altenloh qui, litt\u00e9ralement, portent l&rsquo;oeuvre de bout en bout, laissant un public aussi boulevers\u00e9 qu&rsquo; enthousiaste apr\u00e8s une performance dont personne ne se rend compte qu&rsquo;elle nous a enchant\u00e9 pendant plus d&rsquo;une heure et demie.<\/p>\n\n\n\n<p>Marc De Roy, incarne la figure connue et intimidante de Nietzsche. Il r\u00e9ussit la performance de lui restituer, comme dans le roman de Yalom,  toute la proximit\u00e9, l&rsquo;humanit\u00e9, la fragilit\u00e9 et la complexit\u00e9 du philosophe-po\u00e8te , <em>humain trop humain&#8230;<\/em> Quant \u00e0 Jean-Philippe Altenloh, il donne au personnage de Josef Breuer l&rsquo;envergure vertigineuse de celui qui fut \u00e0 l&rsquo;origine de la psychanalyse.  <em>Les larmes de Nietzsche<\/em>, se situent \u00e0 la gen\u00e8se de cette d\u00e9couverte majeure de la m\u00e9decine et de la psychiatrie. Breuer propose \u00e0 Nietzsche d&rsquo;exp\u00e9rimenter avec lui cette th\u00e9rapie nouvelle dont le fondement sera l&rsquo;\u00e9change de la parole lib\u00e9r\u00e9e dans la confiance de l&rsquo;amiti\u00e9 naissante entre les deux hommes. Le t\u00e9moin de cette avanc\u00e9e progressive de l&rsquo;affection r\u00e9ciproque entre les deux hommes sera Sigmund Freud, personnage charni\u00e8re permettant \u00e0 Breuer d&rsquo;\u00e9valuer la dimension vertigineuse de cette th\u00e9rapie qui s&rsquo;invente et s&rsquo;exp\u00e9rimente.<\/p>\n\n\n\n<p>Une  force dramatique ininterrompue traverse la pi\u00e8ce de part en part, faisant de ces \u00e9changes une mise en lumi\u00e8re fervente des vertiges qui accablent le po\u00e8te-philosophe et que recueille avec une ind\u00e9fectible humanit\u00e9 le m\u00e9decin. A l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 se d\u00e9roule la pi\u00e8ce (1882-1883), avant l&rsquo;\u00e9criture de <em>Ainsi parlait Zarathoustra<\/em>, Nietzsche s&rsquo;interrogeait sur le destin de l&rsquo;humanit\u00e9, alors qu&rsquo;il \u00e9tait confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;amour fou que lui inspirait Lou Andr\u00e9a-Salom\u00e9:  \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0? Nous le savons \u00e0 peine\u00a0: un degr\u00e9 dans un ensemble, une p\u00e9riode dans un devenir, une production arbitraire de Dieu\u00a0? L&rsquo;homme est-il autre chose qu&rsquo;une pierre \u00e9volu\u00e9e \u00e0 travers les modes interm\u00e9diaires des flores et des faunes\u00a0? Est-il d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent un \u00eatre achev\u00e9\u00a0? que lui r\u00e9serve l&rsquo;histoire\u00a0? ce devenir \u00e9ternel n&rsquo;aura-t-il pas de fin\u00a0? [\u2026] Se risquer, sans guide ni compas, dans l&rsquo;oc\u00e9an du doute, c&rsquo;est perte et folie pour un jeune cerveau\u00a0; la plupart sont bris\u00e9s par l&rsquo;orage, petit est le nombre de ceux qui d\u00e9couvrent des r\u00e9gions nouvelles\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les<\/em> <em>larmes de Nietzsche<\/em> c&rsquo;est un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0thriller psychologique\u00a0\u00bb, le plus habile instrument pour, au-del\u00e0 de l&rsquo;\u00e9motion, donner sa place \u00e0 l&#8217;empathie qui permet de comprendre sans juger, d&rsquo;ouvrir \u00e0 la diff\u00e9rence, \u00e0 la tol\u00e9rance, \u00e0 la libert\u00e9? <\/p>\n\n\n\n<p>La brochure d&rsquo;accompagnement de la pi\u00e8ce d\u00e9crit cette lumi\u00e8re singuli\u00e8re que nous procure la pi\u00e8ce.  \u00ab\u00a0Le texte ouvre \u00e0 la r\u00e9flexion sur le sens d\u2019une vie, sur la douleur morale, sur la violence du sentiment amoureux, sur la valeur de l\u2019amiti\u00e9 lib\u00e9ratrice permettant l\u2019aveu. Le tout dans un sc\u00e9nario tout \u00e0 fait original dans le labyrinthe duquel on ne sait plus qui est le psychiatre ou qui est le philosophe. La trame de fond en est cette \u00e9poque terrible de la Vienne fasciste, de l\u2019antis\u00e9mitisme et de la mont\u00e9e des extr\u00eames. Une pi\u00e8ce philosophique \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Camus, o\u00f9 le texte prend toute son envergure.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Le biographe de Camus,  Roger Grenier, \u00e9crivait \u00a0: \u00ab\u00a0<em>On n&rsquo;en finit pas de trouver Nietzsche au d\u00e9tour de l&rsquo;<\/em>\u0153uvre de Camus<em>\u00ab\u00a0.<\/em> Ainsi, cette r\u00e9plique de Nietzsche dans la pi\u00e8ce, ne nous dit-elle pas cette proximit\u00e9: \u00a0\u00bb Ce qui est immortel c\u2019est la vie\u00a0! C\u2019est cet instant\u00a0! Il n\u2019y a pas d\u2019au-del\u00e0\u00a0! Il n\u2019y a pas de but vers lequel tendrait la vie\u00a0! Ni de Jugement Dernier, ni d\u2019Apocalypse\u00a0! Seul l\u2019instant pr\u00e9sent existe. Et il existe pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00a0! Cette vie est votre vie \u00e9ternelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ne manquez pas de prendre la route d&rsquo;Ittre, et de franchir les portes du Th\u00e9\u00e2tre de La Valette. Vous y attendent (du 10 au 27 f\u00e9vrier et du 10 au 13 mars seulement!) ces \u00e9motions de l&rsquo;\u00e2me et de l&rsquo;intelligence que Victor Hugo \u00e9voquait de fa\u00e7on fulgurante: \u00a0\u00bb Une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, c&rsquo;est quelqu&rsquo;un. C&rsquo;est une voix qui parle, c&rsquo;est un esprit qui \u00e9claire, c&rsquo;est une conscience qui avertit.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Jauniaux, le 12 f\u00e9vrier 2022<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-red-color\"><a href=\"https:\/\/theatrelavalette.be\/\">Sur le site du Th\u00e9\u00e2tre de La Valette<\/a><\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb Si Nietzsche avait \u00e9t\u00e9 soign\u00e9 par le Dr Breuer, mentor du jeune Freud, la philosophie allemande serait-elle diff\u00e9rente ? Cette rencontre improbable nous plonge dans une vertigineuse analyse, o\u00f9 l\u2019on ne sait plus qui soigne qui. Le talentueux psychiatre et le philosophe, encore m\u00e9connu, s\u2019engagent dans une machiav\u00e9lique partie d\u2019\u00e9checs. D\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9poustouflant roman \u00ab Nietzsche a pleur\u00e9 \u00bb, le texte profond, dr\u00f4le et subtil d\u00e9voile le sens d\u2019une vie et l\u2019amiti\u00e9 naissante entre les deux g\u00e9ants.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>11, Rue Basse \u2013 1460 Ittre<br>info@theatrelavalette.be<br>0473\/29 17 09<\/p>\n\n\n\n<p><strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-red-color\">Distribution:<\/span><\/strong> <strong>Jean Philippe Altenloh<\/strong> (Docteur Breuer) <strong>Marc De Roy<\/strong> (Nietzsche) <strong>Isabelle Roelandt<\/strong> (Mathilde) <strong>Giulio Greco<\/strong> (Sigmund Freud) <strong><span class=\"has-inline-color has-vivid-red-color\">Mise en sc\u00e8ne\u00a0et adaptation:<\/span><\/strong> <strong>Michel Wright<\/strong> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette p\u00e9riode de confinement, &#8211; finissante heureusement au moment d&rsquo;\u00e9crire cette recension -, a mis en \u00e9vidence le manque abyssal&nbsp;[&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9,15,3],"tags":[],"class_list":["post-4602","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-entre-les-lignes","category-litterature","category-litterature-dici","post-item clearfix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4602","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4602"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4602\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4604,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4602\/revisions\/4604"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4602"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4602"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4602"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}