{"id":4538,"date":"2021-12-13T19:52:20","date_gmt":"2021-12-13T18:52:20","guid":{"rendered":"http:\/\/edmondmorrel.be\/?p=4538"},"modified":"2021-12-13T19:52:21","modified_gmt":"2021-12-13T18:52:21","slug":"la-nostalgie-de-laile-un-recit-de-pascal-goffaux-orne-de-photographies-de-laurent-quillet-aux-editions-esperluete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=4538","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La nostalgie de l&rsquo;aile\u00a0\u00bb, un r\u00e9cit de Pascal Goffaux, orn\u00e9 de photographies de Laurent Quillet aux Editions Esperlu\u00e8te"},"content":{"rendered":"\n<p>On sait que la radio, malgr\u00e9 les apparences, est aussi un art de l&rsquo;\u00e9crit. Hormis pour les interventions \u00ab\u00a0\u00e0 chaud\u00a0\u00bb ou les interviews en direct, il est rare que le journaliste s&rsquo;exprime au micro sans avoir au pr\u00e9alable \u00e9crit le billet qu&rsquo;il module ensuite, par la voix, sur antenne. On conna\u00eet la voix de Pascal Goffaux, on conna\u00eet sa mani\u00e8re de mettre en mots les arts plastiques qui constituent la mati\u00e8re principale de ses (lumineuses) chroniques sur La Premi\u00e8re ou sur Musiq3. L&rsquo;homme de radio est par essence \u00e9crivain. S&rsquo;il en fallait confirmation, il suffirait d&rsquo;ouvrir<a href=\"https:\/\/www.esperluete.be\/index.php\/catalogue-2\/litteratures\/en-toutes-lettres\/la-nostalgie-de-laile-detail\"> <em><strong>La nostalgie de l&rsquo;aile<\/strong><\/em> (Editions Esperlu\u00e8te) <\/a>et d&rsquo;en lire les premi\u00e8res lignes pour litt\u00e9ralement <em>entendre <\/em>l&rsquo;histoire qu&rsquo;il nous r\u00e9v\u00e8le ici, une autobiographie de l&rsquo;absence.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Capture-decran-2021-12-13-a-08.01.44.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4541\" width=\"275\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Capture-decran-2021-12-13-a-08.01.44.png 613w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Capture-decran-2021-12-13-a-08.01.44-206x300.png 206w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Capture-decran-2021-12-13-a-08.01.44-200x292.png 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 275px) 100vw, 275px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Homme des m\u00e9dias, Pascal Goffaux a racont\u00e9 le propos de <em>La nostalgie de l&rsquo;aile <\/em> dans de multiples entretiens radio ou t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, dans des articles de presse que lui consacrent confr\u00e8res et consoeurs, intrigu\u00e9s par ce qui est toujours une \u00e9nigme: le d\u00e9voilement de soi, d&rsquo;une part intime d&rsquo;une vie. Ici, il est vrai, le narrateur et protagoniste est un homme public, un de ceux qui font de la radio cet art singulier de l&rsquo;\u00e9veil de la curiosit\u00e9 vers toutes les formes d&rsquo;art, litt\u00e9rature, peinture, beaux-arts. De surcro\u00eet, on le dit pudique et qui \u00ab\u00a0parle rarement de lui-m\u00eame\u00a0\u00bb nous disent les \u00e9ditrices Anne Leloup et Charlotte Guisset. Il n&rsquo;est donc pas utile de revenir ici sur le sujet du livre, ce qu&rsquo;il nous raconte. Nous laissant ainsi le temps, comme <a href=\"https:\/\/youtu.be\/QyWRmVBoBZU\">dans l&rsquo;interview que nous avons r\u00e9alis\u00e9e de Pascal Goffaux,<\/a> de nous attarder sur la forme,  le style, et quelques th\u00e9matiques qui sous-tendent ceux-ci. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9criture de Goffaux &#8211; il s&rsquo;agit sans doute d&rsquo;un effet de sa r\u00e9serve naturelle &#8211; use parfois, comme Cioran, des ressources glac\u00e9es de l&rsquo;humour et de l&rsquo;ironie. En travaillant la phrase pour la rendre la plus objective possible, l&rsquo;auteur donne \u00e0 lire des morceaux d&rsquo;anthologie, comme ces fragments de m\u00e9moire qui \u00e9voquent &#8211; racont\u00e9s par sa m\u00e8re &#8211; la naissance de l&rsquo;enfant. Comme cette mani\u00e8re de r\u00e9v\u00e9ler qu&rsquo;il est \u00ab\u00a0un accident\u00a0\u00bb qui ne sera suivi d&rsquo;aucun autre enfant. D&rsquo;o\u00f9 ce manque abyssal d&rsquo;un petit fr\u00e8re, malgr\u00e9 la pr\u00e9sence du fr\u00e8re a\u00een\u00e9, qui, par absurde soumission \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 d&rsquo;une vieille tante sans enfant, vit avec cette derni\u00e8re, s\u00e9par\u00e9 de Pascal d&rsquo;un seul \u00e9tage de la maison, une distance infranchissable comme on le lira. <\/p>\n\n\n\n<p>A la phrase d\u00e9tach\u00e9e, gla\u00e7ante succ\u00e8dent des \u00e9vocations d&rsquo;une \u00e9motion bouleversante, comme ces passages o\u00f9 Goffaux nous dit ce que sont les anges, ces \u00ab\u00a0grands ordonnateurs du hasard\u00a0\u00bb; lorsqu&rsquo;il \u00e9voque l&rsquo;apparition de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, incarn\u00e9 en un \u00e9tudiant apparu \u00e0 la fin d&rsquo;un cours que donne l&rsquo;auteur dans un amphith\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;universit\u00e9, \u00eatre diaphane qui lui transmet, comme un viatique, la parabole de l&rsquo;image et de l&rsquo;imaginaire. Son pr\u00e9nom est identique \u00e0 celui du fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Philippe. La m\u00e9moire de ce qu&rsquo;il repr\u00e9sente hante tout le livre, \u00e0 partir de la rencontre initiale. Evocations aussi de la mer, que ce soit \u00e0 Coxyde ou \u00e0 Saint Malo. Pour ce dernier lieu, le cheminement de la plume de Goffaux suit avec une fluidit\u00e9 lumineuse les m\u00e9andres de la m\u00e9moire: celle des \u00e9tudes secondaires \u00e0 Saint-Michel, du professeur de fran\u00e7ais, M. Dujardin, de la d\u00e9couverte gr\u00e2ce \u00e0 lui de Chateaubriand et enfin, la m\u00e9moire d&rsquo;un extrait fondateur de \u00ab\u00a0ce livre fleuve\u00a0\u00bb: <em>J&rsquo;\u00e9tais presque mort quand je vins au jour&#8230;.<\/em>(&#8230;)&lt;dans&gt; <em>la chambre o\u00f9 ma m\u00e8re m&rsquo;infligea la vie&#8230;<\/em> Similitude avec l&rsquo;incipit de Goffaux: <em>Je suis n\u00e9 malgr\u00e9 moi. Je ne voulais pas.  <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait \u00e0 l&rsquo;infini tirer les fils de cette laine si fine qui constitue la trame m\u00e9morielle du livre, citer les rencontres de l&rsquo;auteur avec Aliocha Schneider, avec Vianney, partager les visions qu&rsquo;inspirent des peintres comme Delacroix (<em>Le combat avec l&rsquo;ange<\/em>), d\u00e9couvrir des \u00e9crivains comme Emmanuel Bove (par le titre vertigineux de la biographie que lui consacrent Cousse et Biton: <em>La vie comme une ombre )<\/em>&#8230;mais c&rsquo;est par les \u00e9vocations du m\u00e9tier de la radio que, nous semble-t-il, Pascal Goffaux trouve les mots les plus justes pour donner \u00e0 son r\u00e9cit la vraie lumi\u00e8re. La vocation de la radio a \u00e9t\u00e9 de toute premi\u00e8re heure la vraie et pleine vocation du jeune Pascal Goffaux, comme une \u00e9vidence dont il d\u00e9voile ici, en filigrane du livre ou de fa\u00e7on explicite dans certains fragments: lorsque enfant, Goffaux est fascin\u00e9 par la voix qu&rsquo;il entend \u00e0 la radio, <em>Elle venait de nulle part, comme moi <\/em>Et puis l&rsquo;\u00e9vidence de la vocation qui se confirme \u00e0 jamais: <em>Je voulais faire de la radio parce que je voulais parler \u00e0 quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les photographies de Laurent Quillet qui  qui prennent place en fin de volume, sous l&rsquo;exergue <em>Faites comme si je n&rsquo;\u00e9tais pas l\u00e0<\/em>, inversent le processus  de cr\u00e9ation radiophonique propre \u00e0 Goffaux, \u00e9voquer par les mots les oeuvres  invisibles \u00e0 l&rsquo;auditeur dont il rend compte. Des photographies de famille, l&rsquo;artiste efface un enfant (lui-m\u00eame) jusqu&rsquo;\u00e0 n&rsquo;en laisser qu&rsquo;une trace diaphane (dans les bras de sa maman \u00e0 la maternit\u00e9, sur la chaise haute le jour d&rsquo;un anniversaire, ou, sur la plage, jouant avec son p\u00e8re au cerf-volant).<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres photographies, issues de l&rsquo;album familial de Goffaux cette fois, et laiss\u00e9es intactes, viennent illustrer deux s\u00e9quences du r\u00e9cit. L&rsquo;auteur voulait-il par cette redondance (la photo confirme le texte) faire la d\u00e9monstration de la v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;il nous d\u00e9voile?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Jauniaux<\/strong> , D\u00e9cembre 2021  <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Pascal Goffaux \u00e9voque le r\u00e9cit &quot;La nostalgie de l&#039;aile&quot; qu&#039;il publie aux \u00c9ditions Esperlu\u00e8te\" width=\"1170\" height=\"658\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/QyWRmVBoBZU?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption><a href=\"https:\/\/youtu.be\/QyWRmVBoBZU\">Pour voir l&rsquo;interview sur youtube<\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong><a href=\"https:\/\/www.esperluete.be\/index.php\/catalogue-2\/litteratures\/en-toutes-lettres\/la-nostalgie-de-laile-detail\">Sur le site de l&rsquo;\u00e9diteur:<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Voici l\u2019histoire d\u2019une non-histoire, celle d\u2019un homme qui aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas \u00eatre. Affubl\u00e9 d\u2019un corps qui n\u2019a pour lui que peu de r\u00e9alit\u00e9, il peut sans difficult\u00e9 exister \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son enveloppe charnelle. Il devient alors observateur de sa propre identit\u00e9 et revient \u00e0 la source, celle de son enfance. Une enfance marqu\u00e9e par un double manque : la relation avec un fr\u00e8re a\u00een\u00e9 qui habitait sous le m\u00eame toit, mais qui \u00e9tait exclu du noyau familial, et la pr\u00e9sence-absence d\u2019un troisi\u00e8me enfant dont il occupe la place dans l\u2019imaginaire familial. En grandissant, il recherche le fr\u00e8re manquant. Il l\u2019a d\u00e9couvert jeune adulte en la personne d\u2019un \u00e9tudiant qui semblait exister \u00e0 sa place. Cet Uriel moderne, archange solaire, ne fit qu\u2019accentuer la solitude mortelle caus\u00e9e par l\u2019effacement de sa personne. Une seconde rencontre, celle d\u2019un chanteur tout aussi ang\u00e9lique, creuse cette disparition de soi comme programm\u00e9e d\u00e8s l\u2019enfance. Ce r\u00e9cit d\u2019une construction malgr\u00e9 soi, travers\u00e9 par une nostalgie sans fond, temp\u00e9r\u00e9 par la pr\u00e9sence bienveillante de la famille actuelle du narrateur et par la r\u00e9v\u00e9lation de la radio \u2013 o\u00f9 le son prend la place du corps \u2013 emm\u00e8ne le lecteur dans un univers \u00e0 l\u2019\u00e9criture singuli\u00e8re et sensible. Une exp\u00e9rience de lecture proche de l\u2019apn\u00e9e o\u00f9 Pascal Goffaux nous emm\u00e8ne dans l\u2019intimit\u00e9 de son enfance, avec un humour noir, mordant, \u00e0 la limite de l\u2019autosabotage.<\/p>\n\n\n\n<p>Laurent Quillet explore cette non-pr\u00e9sence au monde dans un travail d\u2019effacement volontaire de sa personne sur d\u2019anciennes photos de famille. Les univers de ces deux hommes se rejoignent et se r\u00e9pondent. Dans leur d\u00e9marche d&rsquo;absence et de retrait du monde, ils ont trouv\u00e9 leur alter ego.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On sait que la radio, malgr\u00e9 les apparences, est aussi un art de l&rsquo;\u00e9crit. Hormis pour les interventions \u00ab\u00a0\u00e0 chaud\u00a0\u00bb&nbsp;[&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,15],"tags":[],"class_list":["post-4538","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-essais","category-litterature","post-item clearfix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4538","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4538"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4538\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4544,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4538\/revisions\/4544"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4538"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4538"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4538"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}