{"id":2500,"date":"2020-11-04T15:55:15","date_gmt":"2020-11-04T14:55:15","guid":{"rendered":"http:\/\/edmondmorrel.be\/?p=2500"},"modified":"2020-11-26T08:51:09","modified_gmt":"2020-11-26T07:51:09","slug":"uzes-ou-nulle-part-un-recueil-de-corinne-hoex","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=2500","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Uz\u00e8s ou nulle part\u00a0\u00bb un recueil de Corinne Hoex"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab\u00a0Il disait <em>Uz\u00e8s.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Comme le refrain d&rsquo;une chanson ancienne, ces trois mots jalonnent comme autant d&rsquo;\u00e9nigmatiques balises le dernier livre de la po\u00e8te <a href=\"https:\/\/corinnehoex.com\">Corinne Hoex<\/a>, paru aux <strong><em><a href=\"https:\/\/lecormier.net\">Editions Le Cormier<\/a><\/em><\/strong>. Peut-\u00eatre faut-il voir dans l&rsquo;\u00e9pigraphe du recueil, un fragment des <em>Villes <\/em><i>invisible<\/i>s d&rsquo;Italo Calvino, une des cl\u00e9s de lecture des 14 chapitres qui composent l&rsquo;ouvrage dont la couverture s&rsquo;orne d&rsquo;un dessin de <a href=\"https:\/\/www.editions-la-margeride-lobet.com\">Robert Lobet<\/a>, plasticien et \u00e9diteur avec lequel la po\u00e8te a d\u00e9j\u00e0 fait para\u00eetre plusieurs livres d&rsquo;artiste sous le label <em>La Margeride.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Est-il besoin de  savoir qui est ce \u00ab\u00a0Il\u00a0\u00bb ? N&rsquo;est-il pas celui qui nous indique: <em>Vous m&rsquo;inventerez  <\/em>? &#8230;qui nous <em>invite<\/em> plut\u00f4t \u00e0 cette invention de l&rsquo;autre, mais aussi invention de soi, lecteur, de ces pages \u00e0 venir, qui se glisseront bient\u00f4t sous nos <em>paupi\u00e8res baiss\u00e9es&#8230;<\/em> <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Capture-decran-2020-11-04-a-15.50.14.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2504\" width=\"229\" height=\"279\" srcset=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Capture-decran-2020-11-04-a-15.50.14.png 383w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Capture-decran-2020-11-04-a-15.50.14-247x300.png 247w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Capture-decran-2020-11-04-a-15.50.14-200x243.png 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 229px) 100vw, 229px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Il\u00a0\u00bb a laiss\u00e9 la narratrice, au \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, f\u00e9minin,  qui cl\u00f4ture l&rsquo;ouvrage, perdue dans la contemplation d&rsquo; <em>Une abeille press\u00e9e, gourmande, (qui) go\u00fbte chaque pompon, s&rsquo;envole vers le ciel et, prise d&rsquo;un regret, d&rsquo;un d\u00e9sir, revient aussit\u00f4t, examine \u00e0 nouveau, une \u00e0 une, toutes les fleurs (&#8230;)<\/em> On dirait qu&rsquo;en ces deux derniers paragraphes, l&rsquo;atelier de la po\u00e8te, mais aussi celui du lecteur peuvent se clore, <em>travail bien fait. Chaque instant, chaque mot, butin\u00e9s.<\/em> Mais c&rsquo;est r\u00eaverie dans laquelle le po\u00e8me nous entra\u00eene comme il se doit, laissant \u00e0 chaque lecture un nouveau butin, diff\u00e9rent du pr\u00e9c\u00e9dent, nourri des pr\u00e9c\u00e9dentes explorations d&rsquo;Uz\u00e8s, sous les titres qui nous y invitent et sont aussi, dans leur \u00e9num\u00e9ration, une forme de po\u00e9sie qui s&rsquo;insinue sous les paupi\u00e8res ferm\u00e9es. Lisons les pour aller en visiter l&rsquo;une ou l&rsquo;autre, y chercher notre butin de mots: <em>Le vent\/Trop\/La terrasse\/ Panorama&#8230;<\/em>Ils sont quatorze ainsi, s&rsquo;achevant par <em>Chaque instant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Capture-decran-2020-11-04-a-15.45.13.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2505\" width=\"161\" height=\"243\" srcset=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Capture-decran-2020-11-04-a-15.45.13.png 237w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Capture-decran-2020-11-04-a-15.45.13-199x300.png 199w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/Capture-decran-2020-11-04-a-15.45.13-200x301.png 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 161px) 100vw, 161px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le texte demande parfois \u00e0 \u00eatre formul\u00e9 en vers, comme ceux qui ploient sous <em>Le vent <\/em>. D&rsquo;autres, annonc\u00e9s par <em>Trop<\/em> alternent les jeux typographiques en italique  que requiert le \u00ab\u00a0il disait\u00a0\u00bb . On devine dans l&rsquo;italique la m\u00e9moire incertaine de ce qu'\u00a0\u00bbil disait\u00a0\u00bb, peut-\u00eatre une m\u00e9moire de ce qu&rsquo;on aurait voulu qu&rsquo;il ait dit? <em>Nous ne perdons pas \/notre paradis. <\/em>Ou cette affirmation que l&rsquo;on aimerait tant qu&rsquo;il ait offerte : <em>L&rsquo;orient de votre coeur\/dans la boussole du mien.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p>Mais, ces po\u00e8mes consacrent l&rsquo;absence, le d\u00e9part, l&rsquo;\u00e9vanescence. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce \u00ab\u00a0Il disait \u00ab\u00a0, &#8211; deux mots, trois syllabes-,  revient comme une psalmodie dans <em>Les mots<\/em>. On pense \u00e0 Duras, \u00e0 Resnais. Viennent sous les paupi\u00e8res les images que suscitaient les lectures anciennes \u00ab\u00a0Il disait <em>nous sommes\/le seul vrai mensonge<\/em>\u00ab\u00a0. Est-ce la recherche, ou plut\u00f4t le pressentiment, de \u00ab\u00a0<em>toujours ce vent obscur\/derri\u00e8re le vent\u00a0\u00bb<\/em> qu&rsquo;\u00e9voque Pierre-Yves Soucy dans sa <em>Travers\u00e9e des vents<\/em>, deux vers dont Hoex orne l&rsquo;entr\u00e9e \u00ab\u00a0Pas ici\u00a0\u00bb&#8230; Le po\u00e8te avance \u00e0 pas mesur\u00e9s, pour embrasser l&rsquo;ampleur de l&rsquo;absence: <em>Tu n&rsquo;es au monde\/ que par cette absence de toi.  <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Car c&rsquo;est d&rsquo;un envahissement de l&rsquo;absence que nous irrigue ce long po\u00e8me \u00e9voquant celui qui disait <em>Je serai \u00e0 jamais\/votre fianc\u00e9 invisible. Votre fianc\u00e9 infini. <\/em>L&rsquo;absence est de cet ordre-l\u00e0, celui de l&rsquo;infini. <em>Votre in\u00e9puisable absence<\/em> ajoute l&rsquo;inconnu, l&rsquo;autre part de ces <em>deux solitudes amies&#8230;<\/em>Des lettres s&rsquo;\u00e9changent au moment du \u00ab\u00a0D\u00e9part\u00a0\u00bb, qui ne laisse plus que le \u00ab\u00a0Blanc\u00a0\u00bb o\u00f9 seule subsiste \u00ab\u00a0son ombre sur le sol\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a dans ce recueil une sorte d&rsquo;apprivoisement de la m\u00e9lancolie par les mots simples sem\u00e9s au gr\u00e9 d&rsquo;un apaisement des paupi\u00e8res, qui se ferment \u00e0 la violence du jour, du bleu, du blanc d&rsquo;Uz\u00e8s et r\u00e9sistent au vent qui soul\u00e8ve les feuilles &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c1 Uz\u00e8s il y a des feuilles mortes.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p>Et on se surprend \u00e0 ouvrir le livre, au hasard cette fois, pour y trouver ce mots obscur derri\u00e8re le mot&#8230; N&rsquo;est-ce pas l\u00e0 le cheminement auquel la po\u00e9sie, vraie comme celle-ci, nous invite comme \u00e0 une consolation in\u00e9puisable? <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean Jauniaux, le 4 octobre 2020.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions rencontr\u00e9 et interview\u00e9 Corinne Hoex \u00e0 diff\u00e9rentes reprises. Parfois, elle nous faisait lecture d&rsquo;un fragment . Voici les liens vers l&rsquo;entretien \u00e0 propos de<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><a href=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=2246\">Valets de Nuit<\/a><\/li><li><a href=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=817\">D\u00e9cid\u00e9ment, je t&rsquo;assassine<\/a><\/li><li><a href=\"http:\/\/espacelivresedmondmorrel.blogspot.com\/2017\/02\/tango-corinne-hoex-et-martine-souren.html\">Tango<\/a><\/li><li><a href=\"http:\/\/espacelivresedmondmorrel.blogspot.com\/2017\/09\/les-lecons-de-tenebres-de-corinne-hoex.html\">Le\u00e7ons de t\u00e9n\u00e8bres <\/a><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/lecormier.net\/nouvelles-parutions-automne-2020\/\">Sur le site des Editions Le Cormier:<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019impression d\u2019une r\u00e9elle retenue p\u00e9n\u00e8tre et r\u00e9v\u00e8le ce lieu br\u00fblant d\u2019une nostalgie projet\u00e9e vers l\u2019avant, quelque chose d\u2019une pudeur d\u2019\u00e9vocation de la relation \u00e0 l\u2019autre d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9e par plusieurs lecteurs \u00e0 l\u2019accueil des pr\u00e9c\u00e9dents livres de po\u00e9sie de&nbsp;<a href=\"https:\/\/lecormier.net\/h\/\">Corinne Hoex.<\/a>&nbsp;Et, peut-on dire, cette pudeur vaut \u00e9galement pour ses proses. Mais comment effleurer, pour ne pas dire, convier, une telle sensibilit\u00e9 discr\u00e8te&nbsp;? Ici la figure du vent, figure sans repos qui nous enfonce dans l\u2019impression d\u2019un vide inali\u00e9nable ne devrait pas nous tromper au sujet de l\u2019univers po\u00e9tique que nous r\u00e9v\u00e8le ce titre,&nbsp;<em>Uz\u00e8s ou nulle part<\/em>&nbsp;: tout ce qui demeure hors d\u2019atteinte, tous ces paysages int\u00e9rieurs, sont rejoints, touch\u00e9s. Et ce serait une profonde erreur que de croire y d\u00e9couvrir quelque l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 apr\u00e8s y avoir identifi\u00e9 une telle obstination \u00e0 t\u00e2ter le fond de l\u2019existence pour approcher au plus pr\u00e8s ces lieux o\u00f9 aucune paix n\u2019est jamais acquise, en mesure de se reposer. Au-del\u00e0 de l\u2019exp\u00e9rience singuli\u00e8re, cette parole po\u00e9tique resserr\u00e9e comme nulle autre, d\u00e9signe un d\u00e9nuement extr\u00eame, comme elle montre non moins cette fragilit\u00e9 secr\u00e8te \u00e9pousant les limites de l\u2019expression, et o\u00f9 se joue la pr\u00e9sence de ce qui s\u2019est absent\u00e9, o\u00f9 se d\u00e9couvre un quotidien \u00e9pur\u00e9 de ses strates inutiles afin d\u2019atteindre le plus d\u00e9muni qui est aussi chez elle le plus dense, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019autre se trouve d\u00e9sormais&nbsp;: nous nous offrirons \/ l\u2019un \u00e0 l\u2019autre \/ de beaux moment \/ de manque, peut-elle \u00e9crire. Ce sont les coups et blessures qui s\u2019y dissimulent, que l\u2019on pouvait croire un instant \u00e9gar\u00e9s&nbsp;; et qui reviennent avec une pr\u00e9cision de la langue, de l\u2019expression, celle d\u2019une passion qui embrasse le vent. Quelque chose d\u2019une urgence, d\u2019une br\u00fblure traverse ce livre exceptionnel.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Il disait Uz\u00e8s.\u00a0\u00bb Comme le refrain d&rsquo;une chanson ancienne, ces trois mots jalonnent comme autant d&rsquo;\u00e9nigmatiques balises le dernier livre&nbsp;[&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2504,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-2500","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature-dici","post-item clearfix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2500","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2500"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2500\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3732,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2500\/revisions\/3732"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2504"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2500"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2500"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2500"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}