{"id":192,"date":"2012-04-23T09:05:06","date_gmt":"2012-04-23T07:05:06","guid":{"rendered":"http:\/\/edmondmorrel.be\/?p=192"},"modified":"2020-10-28T15:05:02","modified_gmt":"2020-10-28T14:05:02","slug":"simon-leys-ou-lart-de-la-bibliotheque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=192","title":{"rendered":"Simon Leys ou l\u2019art de la biblioth\u00e8que"},"content":{"rendered":"\n<p>Les meilleurs livres sont en fait des biblioth\u00e8ques. L\u2019un des plus illustres d\u2019entre eux, la Bible, en donne le parfait exemple. Et aucun livre, dans notre civilisation du moins, ne l\u2019a jamais \u00e9gal\u00e9. Mais il en est qui lui ressemblent, f\u00fbt-ce \u00e0 tr\u00e8s petite \u00e9chelle&nbsp;; Et je citerais parmi ceux-ci les recueils d\u2019essais de Simon Leys. Il nous en a donn\u00e9 trois d\u00e9j\u00e0, forc\u00e9ment tr\u00e8s pr\u00e9sents \u00e0 la m\u00e9moire de ceux qui ont eu le bonheur de les lire, je veux parler de \u00ab&nbsp;L\u2019Ange et le Cachalot&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;Prot\u00e9e et autres essais&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;Le Bonheur des petits poissons&nbsp;\u00bb. Voici, pour notre plaisir et notre \u00e9dification, \u00ab&nbsp;L\u2019Atelier de l\u2019inutilit\u00e9&nbsp;\u00bb. Il r\u00e9unit, comme les pr\u00e9c\u00e9dents, des textes divers parus ailleurs, articles, pr\u00e9faces, discours, \u00e9crits que l\u2019on nomme parfois \u00ab&nbsp;de circonstance&nbsp;\u00bb mais qui, distingu\u00e9s de la circonstance qui les a suscit\u00e9s, acqui\u00e8rent leur autonomie, et gagnent du coup en signification.<br>C\u2019est facile \u00e0 d\u00e9montrer&nbsp;: lorsqu\u2019on lit une pr\u00e9face, par exemple, on la lit dans la perspective du livre qu\u2019elle pr\u00e9c\u00e8de, et donc avec un sentiment de relativit\u00e9 et de subordination. Isol\u00e9e de ce contexte, on la lit pour elle-m\u00eame. Beaucoup de pr\u00e9faces ne r\u00e9sistent pas \u00e0 cette \u00e9preuve, et r\u00e9v\u00e8lent du coup qu\u2019elles \u00e9taient largement inutiles. Avec Leys, il s\u2019agit souvent du contraire&nbsp;: son texte est fr\u00e9quemment sup\u00e9rieur \u00e0 ce qu\u2019il est sens\u00e9 mettre en valeur et, lu pour lui-m\u00eame, il brille davantage de tous ses feux.<\/p>\n\n\n\n<p>A quoi cela tient-il&nbsp;? D\u2019une part, \u00e0 l\u2019immense culture de Leys, qui situe toujours l\u2019ouvrage dont il part \u2013 mais dont il ne parle pas toujours &#8211; dans un contexte plus large, \u00e0 une autre altitude, qui lui appartient en propre, et qui est celle d\u2019un intellectuel modestement plan\u00e9taire. Modeste parce qu\u2019il ne se hausse jamais du col, plan\u00e9taire, parce que ce Belge \u2013 souvent en d\u00e9licatesse, comme on dit, avec la Belgique &#8211; \u00e9crit en trois langues, le fran\u00e7ais et l\u2019anglais et le chinois, vit pour l\u2019essentiel de son temps en Australie, publie \u00e0 Paris, \u00e0 Londres ou \u00e0 New York (je parle de la version originale de ses textes), bref consid\u00e8re le monde d\u2019une vigie que pourrait seulement supplanter un poste d\u2019observation situ\u00e9 sur un autre vaisseau spatial que la terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce que Leys a de plus singulier, en dehors du caract\u00e8re exceptionnel de son point de vue, c\u2019est son ton. Il est reconnaissable entre tous, par sa fausse impavidit\u00e9, par son humour jamais irresponsable, par son s\u00e9rieux jamais dogmatique, par sa concision qui pr\u00e9serve son lecteur de tout temps perdu, par ce que l\u2019on voudrait r\u00e9sumer au moyen de ce mot qu\u2019il a d\u00e9cap\u00e9 de toute l\u2019ironie sotte qui le d\u00e9nature aujourd\u2019hui, je veux parler de sagesse. Il conna\u00eet cette notion comme personne, il l\u2019a \u00e9tudi\u00e9e chez les ma\u00eetres orientaux qui l\u2019ont, tr\u00e8s jeune, mis sur la voie d\u2019une qualit\u00e9 d\u2019exercice de la pens\u00e9e dont il est l\u2019un des tr\u00e8s rares d\u00e9positaires de nos jours. Ses \u00e9crits sont des quintessences de sagesse, ce qui explique que malgr\u00e9 leur aspect atypique, tr\u00e8s diff\u00e9rents des normes et des formats du temps, ils rassemblent autour d\u2019eux de plus en plus de lecteurs, ou plut\u00f4t non&nbsp;: de fid\u00e8les.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Jacques De Decker<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-spotify wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"100%\" height=\"232\" allowtransparency=\"true\" frameborder=\"0\" allow=\"encrypted-media\" title=\"Spotify Embed: Simon Leys ou l'art de la biblioth\u00e8que\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed-podcast\/episode\/6AxuoYKbCMhJjAVhLzhWOe\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><em>Les \u00ab\u00a0Marges\u00a0\u00bb s\u2019encha\u00eenent sur quelques mesures de l\u2019allegro moderato alla fuga de la Sonate n\u00b02 de&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.nicolasbacri.net\/\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\">Nicolas Bacri<\/a>&nbsp;interpr\u00e9t\u00e9 par&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.eliane-reyes.com\/\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\">Eliane Reyes<\/a>. Ce morceau est extrait du r\u00e9cent CD enregistr\u00e9 chez NAXOS des \u00ab\u00a0Oeuvres pour piano de Nicolas Bacri\u00a0\u00bb interpr\u00e9t\u00e9es par Eliane Reyes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le disque r\u00e9unit les oeuvres suivantes&nbsp;:<br>Pr\u00e9lude et fugue, Op. 91<br>Sonate n\u00b0&nbsp;2<br>Suite baroque n\u00b01<br>Arioso baroccp e fuga monodica a due voci<br>Deux esquisses lyriques, Op. 13<br>Petit pr\u00e9lude<br>L\u2019enfance de l\u2019art, Op 69<br>Petites variations sur un th\u00e8me dod\u00e9caphonique, Op 69<\/p>\n\n\n\n<p><em>R\u00e9f\u00e9rence&nbsp;: NAXOS 8.572530<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les meilleurs livres sont en fait des biblioth\u00e8ques. 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