{"id":183,"date":"2012-05-14T09:01:22","date_gmt":"2012-05-14T07:01:22","guid":{"rendered":"http:\/\/edmondmorrel.be\/?p=183"},"modified":"2020-10-28T15:04:46","modified_gmt":"2020-10-28T14:04:46","slug":"poete-prends-ton-rut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=183","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Po\u00e8te, prends ton rut\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qui se souvient encore qu\u2019il exista jadis un Enfer de la Nationale&nbsp;? C\u2019\u00e9tait un d\u00e9partement de la v\u00e9n\u00e9rable Biblioth\u00e8que parisienne situ\u00e9e rue de Richelieu, o\u00f9 l\u2019on pouvait avoir acc\u00e8s, moyennant autorisation et apr\u00e8s avoir attest\u00e9 de la respectabilit\u00e9 de ses intentions, aux ouvrages qui \u00e9taient par ailleurs \u00ab&nbsp;interdits \u00e0 l\u2019\u00e9talage&nbsp;\u00bb, comme on disait. Aujourd\u2019hui que s\u2019\u00e9talent chez les libraires des publications qui se permettent toutes les outrances, cet usage semble ant\u00e9diluvien. Or, longtemps, sans montrer patte blanche, on n\u2019aurait pu consulter, \u00e0 moins de conna\u00eetre un collectionneur sp\u00e9cialis\u00e9, ou d\u2019avoir recours \u00e0 des circuits parall\u00e8les ou clandestins, les \u00e9crits \u00e9rotiques de Pierre Lou\u00ffs. Aujourd\u2019hui, ils sont en vitrine des meilleures librairies, et recommand\u00e9s dans un magazine \u00e0 gros tirage par Jean d\u2019Ormesson lui-m\u00eame. Il est vrai qu\u2019ils paraissent dans une collection o\u00f9 Jean d\u2019O pour les intimes aime \u00e0 publier ses livres anciens, comme il le fait ses jours-ci pour ses romans d\u2019amour de jeunesse&nbsp;: il s\u2019agit \u00e9videmment de Bouquins, cette tr\u00e8s souple r\u00e9plique \u00e0 la plus raide Pl\u00e9iade. Il faut le dire tout net&nbsp;: cette \u00e9dition de l\u2019 \u00ab&nbsp;\u0152uvre \u00e9rotique&nbsp;\u00bb sign\u00e9e Lou\u00ffs est un \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est que Lou\u00ffs n\u2019\u00e9tait pas un inconnu, loin de l\u00e0. Un petit ma\u00eetre, certes, que l\u2019on savait tr\u00e8s li\u00e9 \u00e0 Paul Val\u00e9ry. Il se connaissaient depuis le Lyc\u00e9e, avaient abondamment correspondu, s\u2019\u00e9taient abondamment fr\u00e9quent\u00e9s durant toute leur vie, plus courte de vingt ans dans le cas de Lou\u00ffs, puisqu\u2019il est mort en 1925, tous deux \u00e9tant n\u00e9s en 1870. Val\u00e9ry venait du Sud, de S\u00e8te tr\u00e8s exactement, la ville dont il chanterait \u00ab&nbsp;Le Cimeti\u00e8re marin&nbsp;\u00bb, et Lou\u00ffs du Nord, puisqu\u2019il \u00e9tait n\u00e9 par hasard \u00e0 Gand, descendant par son p\u00e8re d\u2019un pair de France, par sa m\u00e8re d\u2019un m\u00e9decin de Napol\u00e9on. On ne lui connut pas d\u2019emploi absorbant, \u00e0 la diff\u00e9rence de Val\u00e9ry qui dut longtemps occuper d\u2019humbles fonctions&nbsp;: Lou\u00ffs put donc se vouer enti\u00e8rement \u00e0 la litt\u00e9rature. Traducteur, \u00e9rudit (il fut le premier \u00e0 lancer l\u2019hypoth\u00e8se que l\u2019\u0153uvre de Moli\u00e8re pourrait \u00eatre en partie due \u00e0 Corneille), po\u00e8te, prosateur, il dut longtemps sa notori\u00e9t\u00e9 \u00e0 des livres os\u00e9s sans \u00eatre contraires aux conventions de l\u2019\u00e9poque, mais qui provoqu\u00e8rent sans doute bien des \u00e9mois adolescents&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les Chansons de Bilitis&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Aphrodite&nbsp;\u00bb, et surtout \u00ab&nbsp;La Femme et le pantin&nbsp;\u00bb, qui date de 1898 et eut droit \u00e0 des adaptations film\u00e9es notoires, dues surtout \u00e0 leurs stars f\u00e9minines, Marl\u00e8ne Dietrich (dirig\u00e9e par Joseph von Sternberg) et Brigitte Bardot.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout cela parut avant 1900, ce qui fit dire \u00e0 un commentateur, dans les colonnes du dictionnaire des auteurs paru dans la m\u00eame collection Bouquins, qu\u2019il fut \u00ab&nbsp;frapp\u00e9 d\u2019une brusque st\u00e9rilit\u00e9&nbsp;\u00bb. L\u2019expression est doublement malheureuse, car non seulement il continua \u00e0 \u00e9crire d\u2019abondance, mais mena une vie sexuelle des plus actives. Le probl\u00e8me c\u2019est cette fr\u00e9n\u00e9sie, dont nous avons maintenant de nombreuses preuves, lui inspirait des \u00e9crits dont la censure de l\u2019\u00e9poque aurait r\u00e9solument interdit la circulation. Il les publiait donc tr\u00e8s discr\u00e8tement, ou le plus souvent les r\u00e9servait \u00e0 ses tiroirs, au point que l\u2019on d\u00e9couvrit, \u00e0 sa mort, quelques quatre cents kilos de manuscrits ne traitant exclusivement que de sexe. On y trouvait aussi bien le registre tr\u00e8s pr\u00e9cis de ses fredaines que des r\u00e9cits, po\u00e8mes, chansons, com\u00e9dies, soties aupr\u00e8s desquels ses \u0153uvres divulgu\u00e9es ne sont que roupille de sansonnet. De cette masse \u00e9norme, Jean-Paul Goujon a s\u00e9lectionn\u00e9, sans revendiquer aucune exhaustivit\u00e9, mille pages tr\u00e8s souvent dr\u00f4les, toujours magistralement \u00e9crites, qu\u2019il est difficile de citer sans user de mots que l\u2019on rempla\u00e7ait autrefois par des points de suspension. Ici, tous les chats portent leurs noms et ne sont pas gris.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jacques De Decker<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-spotify wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"100%\" height=\"232\" allowtransparency=\"true\" frameborder=\"0\" allow=\"encrypted-media\" title=\"Spotify Embed: &quot;Po\u00e8te, prends ton rut&quot;\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed-podcast\/episode\/57qj26d7LemQfxNWK03yTP\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les \u00ab\u00a0Marges\u00a0\u00bb s\u2019encha\u00eenent sur quelques mesures de l\u2019allegro moderato alla fuga de la Sonate n\u00b02 de&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.nicolasbacri.net\/\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\">Nicolas Bacri<\/a>&nbsp;interpr\u00e9t\u00e9 par&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.eliane-reyes.com\/\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\">Eliane Reyes<\/a>. Ce morceau est extrait du r\u00e9cent CD enregistr\u00e9 chez NAXOS des \u00ab\u00a0Oeuvres pour piano de Nicolas Bacri\u00a0\u00bb interpr\u00e9t\u00e9es par Eliane Reyes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le disque r\u00e9unit les oeuvres suivantes&nbsp;:<br>Pr\u00e9lude et fugue, Op. 91<br>Sonate n\u00b0&nbsp;2<br>Suite baroque n\u00b01<br>Arioso baroccp e fuga monodica a due voci<br>Deux esquisses lyriques, Op. 13<br>Petit pr\u00e9lude<br>L\u2019enfance de l\u2019art, Op 69<br>Petites variations sur un th\u00e8me dod\u00e9caphonique, Op 69<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>R\u00e9f\u00e9rence&nbsp;: NAXOS 8.572530<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qui se souvient encore qu\u2019il exista jadis un Enfer de la Nationale&nbsp;? 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