{"id":160,"date":"2012-06-12T22:40:39","date_gmt":"2012-06-12T20:40:39","guid":{"rendered":"http:\/\/edmondmorrel.be\/?p=160"},"modified":"2020-10-28T15:04:23","modified_gmt":"2020-10-28T14:04:23","slug":"bradbury-le-livre-prophetique-de-la-fin-du-livre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=160","title":{"rendered":"Bradbury : \u00ab\u00a0Le livre proph\u00e9tique de la fin du livre\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un auteur se meurt&nbsp;; et c\u2019est un film qui nous revient \u00e0 la m\u00e9moire. Etrange m\u00e9tamorphose. L\u2019auteur n\u2019est pas n\u00e9gligeable, loin de l\u00e0, il a v\u00e9cu presque un si\u00e8cle, et il a pass\u00e9 quatre cinqui\u00e8me de sa vie \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 jet continu, pourrait-on dire. Et jusqu\u2019\u00e0 son dernier souffle. A la fin, comme un accident c\u00e9r\u00e9bral l\u2019avait emp\u00each\u00e9 de tenir la plume, il dictait ses histoires \u00e0 sa fille, par t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il a v\u00e9cu de sa plume, plus que confortablement, comme un artisan, qui fournissait de la copie \u00e0 quantit\u00e9s de magazine, des \u00ab&nbsp;fanzines&nbsp;\u00bb comme on les appelait, parce qu\u2019ils \u00e9taient souvent sp\u00e9cialis\u00e9s dans des r\u00e9cits o\u00f9 le fantasme guidait la narration&nbsp;: fantastique, heroic fantasy, science-fiction. L\u2019auteur en question \u00e9tait surtout associ\u00e9 \u00e0 cette derni\u00e8re, mais en raison d\u2019un malentendu&nbsp;: Ray Bradbury s\u2019\u00e9tait rendu c\u00e9l\u00e8bre par ses \u00ab&nbsp;Chroniques martiennes&nbsp;\u00bb qui n\u2019avaient cependant rien \u00e0 voir avec l\u2019exploration de l\u2019espace. C\u2019\u00e9taient des contes, \u00e0 la Swift, simplement les personnages n\u2019y habitaient pas un monde imaginaire, mais la plan\u00e8te Mars, qui a tr\u00e8s vite remplac\u00e9 la lune d\u00e8s qu\u2019on s\u2019est aper\u00e7u qu\u2019on pouvait marcher dessus. Comme on foulera un jour le sol martien, cette pauvre composante du syst\u00e8me solaire sera \u00e9galement int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la banlieue terrestre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bradbury \u00e9tait, fonci\u00e8rement, un moraliste. Il en a eu le comportement, lui qui n\u2019a jamais voulu se conformer aux \u00e9dits de l\u2019\u00e9ducation programm\u00e9e. Il \u00e9tait autodidacte et fier de l\u2019\u00eatre. Il lisait, il \u00e9crivait, il n\u2019a jamais rien fait d\u2019autre, d\u2019o\u00f9 une \u0153uvre pl\u00e9thorique dont il n\u2019est pas s\u00fbr que l\u2019on rassemblera le tout, sinon par souci d\u2019exhaustivit\u00e9. Lorsqu\u2019on \u00e9crit comme on respire, on peut quelquefois \u00eatre \u00e0 bout de souffle, mais peu importe, ce sont les r\u00e9ussites qui comptent. Et Bradbury en a quelques-unes \u00e0 son actif, comme \u00ab&nbsp;L\u2019homme illustr\u00e9&nbsp;\u00bb, qui fait office de classique, et transcende les genres. Mais il a fait mieux encore&nbsp;: un livre mythique, un livre-culte, un livre-embl\u00e8me, auquel son nom sera \u00e0 jamais associ\u00e9, m\u00eame si son titre se suffit \u00e0 lui-m\u00eame, compos\u00e9 d\u2019un chiffre qui ne s\u2019oublie pas et d\u2019un label qui d\u00e9signe l\u2019une des deux mesures de chaleur convenues. M\u00eame les populations qui, comme la n\u00f4tre estime la temp\u00e9rature en degr\u00e9s Celsius savent que les autres se conforment \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de Fahrenheit. Ce grand livre, sign\u00e9 Bradbury, s\u2019intitule \u00ab&nbsp;Fahrenheit 451&nbsp;\u00bb. Mais ce n\u2019est pas \u00e0 sa version papier qu\u2019il doit sa notori\u00e9t\u00e9, mais \u00e0 sa transposition sur pellicule qui, elle s\u2019enflamme plus t\u00f4t que le parchemin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il se fait qu\u2019un autre artiste autodidacte s\u2019est \u00e9pris de cette histoire. Fran\u00e7ois Truffaut, fou de lecture comme chacun sait, d\u00e9voreur de livres d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge (son double Antoine Doinel, dans \u00ab&nbsp;Les 400 coups&nbsp;\u00bb n\u2019\u00e9l\u00e8ve-t-il pas un autel \u00e0 la litt\u00e9rature dans sa soupente&nbsp;?) ne pouvait pas rester insensible \u00e0 l\u2019\u00e9vocation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la lecture \u00e9tait rigoureusement r\u00e9prim\u00e9e, o\u00f9 les livres, quels qu\u2019ils soient, \u00e9taient vou\u00e9s \u00e0 l\u2019autodaf\u00e9, et o\u00f9 la r\u00e9sistance \u00e0 la dictature de l\u2019ignorance consistait, pour quelques irr\u00e9ductibles, \u00e0 apprendre par c\u0153ur les livres qu\u2019il leur \u00e9tait d\u00e9sormais interdit de feuilleter, de conserver, de ch\u00e9rir. Quel don de soi qui consiste \u00e0 s\u2019incorporer les lectures d\u00e9sormais prohib\u00e9es, \u00e0 les stocker dans sa m\u00e9moire, et \u00e0 les transmettre, dans les for\u00eats o\u00f9 ces irr\u00e9ductibles se terrent, par le pouvoir de la parole&nbsp;!. N\u2019avons-nous pas l\u2019impression, de nos jours, o\u00f9 l\u2019on dit que les livres papiers sont condamn\u00e9s et o\u00f9 il n\u2019est pas s\u00fbr du tout que les supports \u00e9lectroniques les pr\u00e9servent tous de la disparition, que Bradbury et Truffaut avaient tragiquement raison&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences du livre\u00a0:<\/strong><br>\u00ab\u00a0Populismes\u00a0: la pente fatale\u00a0\u00bb de Dominique REYNI\u00c9<br>Editions PLON, Collection\u00a0: Tribune libre<br>Prix\u00a0: 20 \u20ac , 288 pp<br>ISBN\u00a0: 2-259-20890-8<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-spotify wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"100%\" height=\"232\" allowtransparency=\"true\" frameborder=\"0\" allow=\"encrypted-media\" title=\"Spotify Embed: Bradbury : &quot;Le livre proph\u00e9tique de la fin du livre&quot;\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed-podcast\/episode\/39fFRX2tvSUPmW4ecMVJQy\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les \u00ab\u00a0Marges\u00a0\u00bb s\u2019encha\u00eenent sur quelques mesures de l\u2019allegro moderato alla fuga de la Sonate n\u00b02 de&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.nicolasbacri.net\/\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\">Nicolas Bacri<\/a>&nbsp;interpr\u00e9t\u00e9 par&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.eliane-reyes.com\/\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\">Eliane Reyes<\/a>. Ce morceau est extrait du r\u00e9cent CD enregistr\u00e9 chez NAXOS des \u00ab\u00a0Oeuvres pour piano de Nicolas Bacri\u00a0\u00bb interpr\u00e9t\u00e9es par Eliane Reyes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le disque r\u00e9unit les oeuvres suivantes&nbsp;:<br>Pr\u00e9lude et fugue, Op. 91<br>Sonate n\u00b0&nbsp;2<br>Suite baroque n\u00b01<br>Arioso baroccp e fuga monodica a due voci<br>Deux esquisses lyriques, Op. 13<br>Petit pr\u00e9lude<br>L\u2019enfance de l\u2019art, Op 69<br>Petites variations sur un th\u00e8me dod\u00e9caphonique, Op 69<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>R\u00e9f\u00e9rence&nbsp;: NAXOS 8.572530<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un auteur se meurt&nbsp;; et c\u2019est un film qui nous revient \u00e0 la m\u00e9moire. Etrange m\u00e9tamorphose. 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