{"id":1541,"date":"2020-10-22T13:53:15","date_gmt":"2020-10-22T11:53:15","guid":{"rendered":"http:\/\/edmondmorrel.be\/?p=1541"},"modified":"2020-10-29T10:12:26","modified_gmt":"2020-10-29T09:12:26","slug":"les-belgiques-de-veronique-bergen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=1541","title":{"rendered":"Les \u00ab\u00a0Belgiques\u00a0\u00bb de V\u00e9ronique Bergen"},"content":{"rendered":"\n<p>La collection \u00ab\u00a0Belgiques\u00a0\u00bb lanc\u00e9e par les Editions Ker vient de s&rsquo;enrichir de trois volumes sign\u00e9s respectivement Michel Torrekens, Marie Sluszny et V\u00e9ronique Bergen<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"484\" height=\"270\" src=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2020-10-22-\u00e0-13.52.21.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1545\" srcset=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2020-10-22-\u00e0-13.52.21.png 484w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2020-10-22-\u00e0-13.52.21-300x167.png 300w, https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2020-10-22-\u00e0-13.52.21-200x112.png 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 484px) 100vw, 484px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>On se rend compte au fil des ouvrages parus, de ce que la collection pr\u00e9serve et m\u00eame stimule l&rsquo;originalit\u00e9 de style et d&rsquo;inspiration des diff\u00e9rents auteurs. A ce titre, la collection est d\u00e9j\u00e0 un portrait kal\u00e9idoscopique d&rsquo;une partie repr\u00e9sentative de la litt\u00e9rature belge francophone contemporaine. Onze titres \u00e0 ce jour offrent au lecteur des fragments sensibles de la Belgique vues \u00e0 travers les yeux (et le coeur) de Luc Baba, V. Engel, Alain Dartevelle, Giuseppe Santoliquido, Yves Wellens, Fran\u00e7oise Lalande, Frank Andriat, Jean Jauniaux et les trois auteurs r\u00e9cemment publi\u00e9s, Sluszny, Torrekens et Bergen.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/edmondmorrel.be\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2020-10-23-\u00e0-09.30.30-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1553\" width=\"93\" height=\"156\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le \u00ab\u00a0Belgiques\u00a0\u00bb de V\u00e9ronique Bergen r\u00e9unit 10 textes flamboyants arqu\u00e9s sur des personnalit\u00e9s et des lieux belges dont la r\u00e9union ici (sous la couverture tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9e comme toujours d&rsquo;Eva Myrzeqari) permet \u00e0 la po\u00e8te, romanci\u00e8re, philosophe et acad\u00e9micienne, de d\u00e9ployer une \u00e9criture cisel\u00e9e et libre, flottant au gr\u00e9 des mouvements de l&rsquo;inspiration suscit\u00e9s par les sujets abord\u00e9s, les adaptant \u00e0 la fois par le point de vue choisi, le narrateur (Ah! le merveilleux chat qui nous raconte l&rsquo;installation de Martha Argerich dans une maison de la Rue du Bosquet, dont le matou d\u00e9courage tous les candidats acqu\u00e9reurs avant que la grande artiste ne s&rsquo;y installe enfin!, voisine dor\u00e9navant de la dynastie des Lechner\/Tiempo\/Binder&#8230;trois g\u00e9n\u00e9rations de virtuoses!), les lieux (ainsi les diff\u00e9rentes chambres de l&rsquo;h\u00f4tel M\u00e9tropole accueillant les h\u00f4tes prestigieux r\u00e9unis \u00e0 Bruxelles pour le \u00ab\u00a0Congr\u00e8s Solvay\u00a0\u00bb , le cinqui\u00e8me de ceux-ci qui prit place en 1927. Excusez du peu: il y eut sur les 29 participants pas moins de 17 Prix Nobel. Bergen nous les fait rencontrer \u00e0 travers des intrusions dans les chambres (bleue, jaune, verte , rouge et mauve) qu&rsquo;occupent ces grands esprits&#8230; Quelle all\u00e8gre fa\u00e7on de nous faire d\u00e9couvrir la science en marche! <\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs des \u00ab\u00a0Belgiques\u00a0\u00bb utilisent aussi, et c&rsquo;est heureux!, le pr\u00e9texte de ces nouvelles pour mettre en \u00e9vidence certains de leurs combats. Ainsi en va-t-il pour V\u00e9ronique Bergen de son attachement \u00e0 l&rsquo;\u00e9cologie et \u00e0 la pr\u00e9servation du patrimoine. Le portrait qu&rsquo;elle nous donne du destin du Ch\u00e2teau de Watermael Boitsfort est un des plus vigoureux manifestes \u00e0 cet \u00e9gard. Tout en nous donnant \u00e0 conna\u00eetre les \u00e9tapes de la construction et des destructions successives du ch\u00e2teau, la nouvelliste nous sensibilise \u00e0 d&rsquo;autres lieux qu&rsquo;elle fait visiter \u00e0 des <em>urbexeurs <\/em>ces explorateurs des lieux urbains \u00e0 l&rsquo;abandon, et par ce biais nous \u00e9meut du sort r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autres demeures (le ch\u00e2teau de Noisy entre autres, d\u00e9moli h\u00e9las aujourd&rsquo;hui&#8230;) ou \u00e0 d&rsquo;autres lieux comme le village fant\u00f4me de Doel&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p>On devrait \u00e9voquer chacune des nouvelles, dont la lecture nous a enchant\u00e9 par la vari\u00e9t\u00e9 des \u00e9vocations, par cette capacit\u00e9 dansante de piquer notre curiosit\u00e9 pour tel ou tel \u00e9pisode qui nous invite \u00e0 aller y voir de plus pr\u00e8s les fa\u00e7ades de la Grand Place de Bruxelles, ou \u00e0 partager l&rsquo;improbable assembl\u00e9e qui se r\u00e9unit \u00e0 l&rsquo;abbaye de La Cambre et pestent contre la quarantaine: Hugo Claus, Sophie Podolski (ne serait-ce que pour \u00e9voquer son nom et son destin, ce \u00ab\u00a0Belgiques\u00a0\u00bb prend une envergure inattendue), Michaux, Ensor et Spilliaert, Mandelbaum, et puis aussi Luc de Heusch, Toots, Pierre Verstraeten&#8230;ne les citons pas tous. Sous la plume de Bergen ces noms composent une sorte de symphonie fantastique dont les ondes parviennent au coeur de la pand\u00e9mie et nous rappellent combien nous avons n\u00e9glig\u00e9 les lanceurs d&rsquo;alerte que sont les artistes, les po\u00e8tes, le peintres, ces g\u00e9ants de la culture&#8230; Tiens, tiens, cette m\u00eame culture qui ne trouve plus voix au chapitre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne voudrais pas achever cette chronique sans \u00e9voquer la premi\u00e8re des nouvelles qui le composent, et suit les m\u00e9andres d&rsquo;une m\u00e9ditation du narrateur, le math\u00e9maticien Alexander Grothendieck. Avoir situ\u00e9 cette  nouvelle  \u00e0 Saint-Idesbald, o\u00f9 se prom\u00e8ne le narrateur en compagnie de son chien Georg (pr\u00e9nom d&rsquo;un autre math\u00e9maticien Georg Cantor),  permet \u00e0 Bergen d&rsquo;\u00e9crire quelques paragraphes de toute beaut\u00e9 pour \u00e9voquer la mer du Nord, mais aussi le peintre Paul Delvaux dont la silhouette hante la temp\u00eate qui emporte tout&#8230;Le narrateur s&rsquo;adresse \u00e0 son chien: \u00ab\u00a0Georg, penses-tu que Paul Delvaux, le peintre de Saint Idesbald, s&rsquo;\u00e9lan\u00e7ait sur la plage les jours d&rsquo;orage, plissant les yeux pour observer les combats entre la mer et les nuages, la d\u00e9tresse des bateaux en perdition, la palette de couleurs g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par une nature en furie? (&#8230;)Les bunkers de la c\u00f4te ne tremblent pas. la guerre lanc\u00e9e dans le ciel ne les atteint gu\u00e8re. Ici, \u00e0 Saint-Idesbald, mon esprit plongeant dans les flots, je saurai contrer la menace d&rsquo;une d\u00e9-forme, d&rsquo;une d\u00e9-mesure, d&rsquo;un a-chiffre.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p>Le narrateur se laisse envahir par l&rsquo;\u00e9vocation de l&rsquo;Allemagne nazie, de la solution finale, de la guerre&#8230;  Et l&rsquo;on comprend que V\u00e9ronique Bergen, tout au long des pages qui ont suivre cette ouverture de \u00ab\u00a0Belgiques\u00a0\u00bb, se laisse porter par le souffle et le tourment de la temp\u00eate travers\u00e9e \u00e0 saint Idesbald, \u00ab\u00a0station du je\u00fbne spirituel, endroit de pr\u00e9dilection o\u00f9 arpenter l&rsquo;infini.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Voici un livre que l&rsquo;on n&rsquo;ach\u00e8ve pas de lire, auquel on revient. A chaque lecture, on s&rsquo;attarde davantage sur tel ou tel r\u00e9cit (ainsi je viens de relire la nouvelle d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Gennaro Rubino, anarchiste qui tenta en 1902 d&rsquo;assassiner L\u00e9opold II), on ouvre Google ou autre moteur de recherche, pour v\u00e9rifier tel ou tel nom, telle ou telle date, tel ou tel lieu. <\/p>\n\n\n\n<p>Bonheur de ce  livre court, cl\u00e9 de tant d&rsquo;explorations de l&rsquo;infini&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Edmond Morrel, le 22 octobre 2020<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-youtube wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"V\u00e9ronique Bergen au micro de Jean Jauniaux\" width=\"1170\" height=\"658\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/oWRlRQeTFXU?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-spotify wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Spotify Embed: Les &quot;Belgiques&quot; de V\u00e9ronique Bergen\" width=\"100%\" height=\"232\" allowtransparency=\"true\" frameborder=\"0\" allow=\"encrypted-media\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed-podcast\/episode\/5k0QsFD8yNWru3jGGYumll\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/le-carnet-et-les-instants.net\/2020\/10\/17\/bergen-belgiques\/\">A lire aussi, l&rsquo;article de Nausicaa Dewez dans \u00ab\u00a0Le Carnet et les instants\u00a0\u00bb <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La collection \u00ab\u00a0Belgiques\u00a0\u00bb lanc\u00e9e par les Editions Ker vient de s&rsquo;enrichir de trois volumes sign\u00e9s respectivement Michel Torrekens, Marie Sluszny&nbsp;[&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1551,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1541","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature-dici","post-item clearfix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1541","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1541"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1541\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1714,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1541\/revisions\/1714"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1551"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1541"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1541"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1541"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}