{"id":150,"date":"2012-09-12T22:13:48","date_gmt":"2012-09-12T20:13:48","guid":{"rendered":"http:\/\/edmondmorrel.be\/?p=150"},"modified":"2020-10-28T15:04:08","modified_gmt":"2020-10-28T14:04:08","slug":"occupons-nous-damelie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=150","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Occupons-nous d\u2019Am\u00e9lie\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une paresse sempiternelle entache la r\u00e9ception des romans d\u2019Am\u00e9lie Nothomb depuis belle lurette, disons dix ans \u00e0 peu pr\u00e8s. Les commentateurs se contentent de constater qu\u2019elle vient d\u2019ajouter un volume au compteur. Il n\u2019y regardent pas de plus pr\u00e8s, et remplissent des colonnes ou du temps d\u2019antenne avec des consid\u00e9rations p\u00e9riph\u00e9riques. L\u2019impact sociologique de l\u2019\u0153uvre par exemple, t\u00e2che malais\u00e9e parce que l\u2019auteur recrute son lectorat de treize \u00e0 quatre-vingt-treize ans, pulv\u00e9risant le programme que s\u2019\u00e9tait donn\u00e9 Herg\u00e9, compatriote de la romanci\u00e8re, qui se contentait d\u2019un spectre allant de sept \u00e0 septante-sept ans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chez Nothomb, la densit\u00e9 du public s\u2019accentue aux extr\u00eames&nbsp;: ses lecteurs d\u2019\u00e2ge moyen sont statistiquement moins nombreux que les jeunes, voire les tr\u00e8s jeunes, ou les \u00e2g\u00e9s, voire les tr\u00e8s \u00e2g\u00e9s. Cette singularit\u00e9 tient \u00e0 des composantes essentielles de l\u2019\u0153uvre. D\u2019une part, sa fra\u00eecheur, sa juv\u00e9nilit\u00e9, sa fantaisie, de l\u2019autre, sa r\u00e9elle sagesse, la gigantesque culture qu\u2019elle charrie, accompagn\u00e9e de l\u2019\u00e9l\u00e9gance de ne pas l\u2019\u00e9taler avec morgue, mais de la distiller avec raffinement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout cela fait \u00e9videmment de l\u2019\u00e9crivaine Am\u00e9lie Nothomb un r\u00e9el ph\u00e9nom\u00e8ne des lettres belges, fran\u00e7aises, et internationales. Elle est la plus traduite, la plus appr\u00e9ci\u00e9e aux quatre coins du monde, monde qu\u2019elle conna\u00eet bien pour l\u2019avoir sillonn\u00e9 en tous sens d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge. Ce qui l\u2019autorise \u00e0 accompagner son rayonnement partout, avec une \u00e9gale aisance de citoyenne de la plan\u00e8te, parlant le japonais, par exemple, avec une familiarit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent dans les annales de la chose litt\u00e9raire en langue fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On glose beaucoup sur ces singularit\u00e9s et sur bien d\u2019autres, qu\u2019elles soient culinaires, vestimentaires ou autres. Mais que dit-on de ses livres&nbsp;? Il faudrait \u00e9videmment compiler la presse internationale, ce qui permettrait de constater que dans maints pays elle est prise davantage au s\u00e9rieux qu\u2019en francophonie. On y \u00e9tudie son oeuvre plus en profondeur, en d\u00e9c\u00e8le les messages enfouis, voire subliminaux, les significations et connotations savantes, les soubassement philosophiques ou psychanalytiques. Est-il si fortuit, par exemple, que l\u2019un de ses titres les plus c\u00e9l\u00e8bres, \u00ab&nbsp;Stupeur et tremblement&nbsp;\u00bb, soit emprunt\u00e9 \u00e0 S\u00f6ren Kierkegaard, le philosophe danois dont la singuli\u00e8re approche du mariage se retrouve chez Nothomb, notamment dans son roman \u00ab&nbsp;Ni d\u2019Eve ni d\u2019Adam&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son dernier-n\u00e9, \u00ab&nbsp;Barbe bleue&nbsp;\u00bb, est un jalon important de son ensemble romanesque. Elle y retrouve la situation de son roman initial, \u00ab&nbsp;Hygi\u00e8ne de l\u2019assassin&nbsp;\u00bb, puisque le m\u00eame titre aurait pu servir \u00e0 propos de cette confrontation d\u2019une jeune belge enseignante \u00e0 Paris qui loue une chambre dans le septi\u00e8me arrondissement \u00e0 un richissime hidalgo, don Elemirio, \u00e9mule du c\u00e9l\u00e8bre sacrificateur d\u2019\u00e9pouses, et qui est bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 ne pas figurer \u00e0 son tableau de chasse. L\u2019h\u00e9ro\u00efne s\u2019appelle Saturnine, ce qui nous fait souvenir qu\u2019un des premiers livres de l\u2019auteur, le septi\u00e8me tr\u00e8s exactement, \u00ab&nbsp;Mercure&nbsp;\u00bb, avait lui aussi des r\u00e9sonances de roman gothique. Ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 reconsid\u00e9rer le quatorzi\u00e8me, \u00ab&nbsp;Acide sulfurique&nbsp;\u00bb, d\u2019un autre \u0153il. \u00ab&nbsp;Barbe-bleue&nbsp;\u00bb, vingt-et-uni\u00e8me titre, s\u2019inscrirait-il dans une m\u00eame constellation sulfureuse&nbsp;? Ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019une mince allusion \u00e0 une possible lecture crypt\u00e9e de l\u2019\u0153uvre nothombienne, \u00e0 laquelle invitent les multiples allusions faites dans \u00ab&nbsp;Barbe bleue&nbsp;\u00bb \u00e0 Raymond Lulle, grand initi\u00e9 catalan du XIV\u00e8me si\u00e8cle sous le signe duquel se place le roman, o\u00f9 le soi-disant simple divertissement va de pair avec un prodigieux foisonnement de significations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Jacques De Decker<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-spotify wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"100%\" height=\"232\" allowtransparency=\"true\" frameborder=\"0\" allow=\"encrypted-media\" title=\"Spotify Embed: Occupons-nous d'Am\u00e9lie\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed-podcast\/episode\/2kCGH5iCGIM8lk8eOTNuKf\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les \u00ab\u00a0Marges\u00a0\u00bb s\u2019encha\u00eenent sur quelques mesures de l\u2019allegro moderato alla fuga de la Sonate n\u00b02 de\u00a0<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/www.nicolasbacri.net\/\" target=\"_blank\">Nicolas Bacri<\/a>\u00a0interpr\u00e9t\u00e9 par\u00a0<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/www.eliane-reyes.com\/\" target=\"_blank\">Eliane Reyes<\/a>. Ce morceau est extrait du r\u00e9cent CD enregistr\u00e9 chez NAXOS des \u00ab\u00a0Oeuvres pour piano de Nicolas Bacri\u00a0\u00bb interpr\u00e9t\u00e9es par Eliane Reyes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le disque r\u00e9unit les oeuvres suivantes&nbsp;:<br>Pr\u00e9lude et fugue, Op. 91<br>Sonate n\u00b0&nbsp;2<br>Suite baroque n\u00b01<br>Arioso baroccp e fuga monodica a due voci<br>Deux esquisses lyriques, Op. 13<br>Petit pr\u00e9lude<br>L\u2019enfance de l\u2019art, Op 69<br>Petites variations sur un th\u00e8me dod\u00e9caphonique, Op 69<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>R\u00e9f\u00e9rence&nbsp;: NAXOS 8.572530<br><\/em><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une paresse sempiternelle entache la r\u00e9ception des romans d\u2019Am\u00e9lie Nothomb depuis belle lurette, disons dix ans \u00e0 peu pr\u00e8s. 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