{"id":114,"date":"2013-02-27T21:54:05","date_gmt":"2013-02-27T20:54:05","guid":{"rendered":"http:\/\/edmondmorrel.be\/?p=114"},"modified":"2020-10-28T15:03:14","modified_gmt":"2020-10-28T14:03:14","slug":"le-roman-damour-mis-en-abyme-le-roman-du-mariage-de-jeffrey-eugenides","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/edmondmorrel.be\/?p=114","title":{"rendered":"Le roman d\u2019amour mis en abyme : \u00ab\u00a0Le Roman du mariage\u00a0\u00bb de Jeffrey Eugenides"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>LE ROMAN D\u2019AMOUR MIS EN ABYME<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un roman, c\u2019est avant tout un ensorcellement, il inspire l\u2019envie, s\u2019il est copieux, qu\u2019il ne s\u2019arr\u00eate jamais, qu\u2019il nous captive non pas par son sens du suspense, mais par ce qu\u2019il a \u00e0 nous dire de nous-m\u00eames, de nos d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec la famille, l\u2019amour, l\u2019angoisse, l\u2019au-del\u00e0, pour ne citer que ces quatre p\u00f4les. Comme les attitudes \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces diff\u00e9rents d\u00e9fis \u00e0 la sensibilit\u00e9 et \u00e0 l\u2019intelligence diff\u00e8rent d\u2019\u00e9poque en \u00e9poque, les romans, par la force des choses, deviennent avec le temps d\u2019inappr\u00e9ciables t\u00e9moins d\u2019un air du temps, des machines \u00e0 remonter les \u00e9poques, \u00e0 ne pas les aborder de haut, mais de plein pied avec ceux qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s dans cette vall\u00e9e de larmes qui peut aussi, soyons justes, prendre des allures de f\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais quels livres remplissent vraiment ce contrat, peuvent nous transporter comme \u00ab&nbsp;La com\u00e9die humaine&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Les grandes esp\u00e9rances&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Guerre et paix&nbsp;\u00bb&nbsp;? Nous faire croire que le moule n\u2019est pas cass\u00e9&nbsp;? Ils ne se bousculent pas, raison de plus pour c\u00e9l\u00e9brer la traduction fran\u00e7aise qui ne suit que de deux ans la version originale du troisi\u00e8me roman de Jeffrey Eugenides, \u00ab&nbsp;Le roman du mariage&nbsp;\u00bb qu\u2019il a lui-m\u00eame intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;The Mariage Plot&nbsp;\u00bb. Le livre ne passe pas inaper\u00e7u, son succ\u00e8s va grandissant, le bouche-\u00e0-oreille court comme le furet pour proclamer ses m\u00e9rites et ce n\u2019est que justice. Evangenides parle effectivement de la famille, de l\u2019amour, de l\u2019angoisse et de l\u2019au-del\u00e0. Vaste programme qu\u2019il d\u00e9fie avec une maestria aussi lucide que divertissante.<br>Eugenides ne fait pas dans la surproduction. Ce quinquag\u00e9naire a d\u00e9but\u00e9 il y a vingt ans, apr\u00e8s quelques nouvelles publi\u00e9es ici ou l\u00e0, avec un premier roman \u00ab&nbsp;Virgin Suicides&nbsp;\u00bb, qui doit surtout sa r\u00e9putation de ce c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique au film \u00e9mouvant et fascinant qu\u2019en a tir\u00e9 Sofia Coppola, dont on sait qu\u2019elle est la digne fille de son p\u00e8re. Vint ensuite, dix ans plus tard, \u00ab&nbsp;Middlesex&nbsp;\u00bb qui lui a valu le tr\u00e8s convoit\u00e9 prix Pulitzer, avant que l\u2019auteur ne nous fasse patienter une fois encore dix ans avant de publier ce \u00ab&nbsp;Roman du mariage&nbsp;\u00bb qui va le situer, de par le monde, au premier rang des lettres am\u00e9ricaines, puisqu\u2019il est n\u00e9 \u00e0 Detroit, dans le Michigan, en 1960.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est un rythme de production \u00e0 la Flaubert, et il partage avec l\u2019auteur de \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9ducation sentimentale&nbsp;\u00bb un souci documentaire des plus scrupuleux et une attention au style d\u2019une acuit\u00e9 hors du commun. Son dernier roman est d\u2019ailleurs une \u00e9ducation sentimentale aussi, mais qui ne se concentre pas sur un unique Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau, mais a trois protagonistes, une jeune femme et deux jeunes gens, la jolie Madeleine, le d\u00e9prim\u00e9 Leonard et le mystique Mitchell. Les deux gar\u00e7ons sont \u00e9pris de Madeleine, qui pr\u00e9f\u00e8re le d\u00e9prim\u00e9 au mystique. La situation n\u2019a rien d\u2019exceptionnel, elle est m\u00eame un passage oblig\u00e9 des lettres anglaises notamment. Madeleine est la premi\u00e8re \u00e0 le savoir, puisqu\u2019\u00e0 l\u2019universit\u00e9 Brown o\u00f9 ils se rencontrent tous les trois, elle pr\u00e9pare une th\u00e8se sur les romans du mariage de l\u2019\u00e2ge classique, ceux que l\u2019on doit \u00e0 Jane Austen et \u00e0 George Eliot. Elle aborde donc la question avec un grand bagage culturel, qui permet d\u2019ailleurs \u00e0 l\u2019auteur de placer en exergue \u00e0 son livre la c\u00e9l\u00e8bre phrase de La Rochefoucauld \u00ab&nbsp;Il y a des gens qui n\u2019auraient jamais \u00e9t\u00e9 amoureux s\u2019ils n\u2019avaient pas entendu parler de l\u2019amour&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A ceci pr\u00e8s que l\u2019action se d\u00e9roule au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, et que Madeleine, vu qu\u2019elle a des professeurs branch\u00e9s, aborde sa mati\u00e8re de pr\u00e9dilection \u00e0 la lumi\u00e8re des \u00ab\u00a0French thinkers\u00a0\u00bb qui faisaient fureur outre-Atlantique \u00e0 l\u2019\u00e9poque, Roland Barthes et Jacques Derrida en t\u00eate. Une des premi\u00e8res sc\u00e8nes que se font Madeleine et Leonard consiste d\u2019ailleurs \u00e0 se renvoyer \u00ab\u00a0Fragments du discours amoureux\u00a0\u00bb \u00e0 la t\u00eate. Mais pas de quoi s\u2019inqui\u00e9ter\u00a0: \u00ab\u00a0The Marriage Plot\u00a0\u00bb traite de la nouvelle critique comme Moli\u00e8re traitait des pr\u00e9cieuses ridicules, mais avec infiniment plus de raffinement, de p\u00e9n\u00e9tration psychologique, d\u2019humour et de m\u00e9lancolie.\u00a0\u00bb<br><strong><br>Jacques De Decker<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed-spotify wp-block-embed is-type-rich is-provider-spotify wp-embed-aspect-21-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"100%\" height=\"232\" allowtransparency=\"true\" frameborder=\"0\" allow=\"encrypted-media\" title=\"Spotify Embed: Le roman d'amour mis en abyme\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed-podcast\/episode\/2R7PSIno9YOHtQ03XYe2hy\"><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les \u00ab\u00a0Marges\u00a0\u00bb s\u2019encha\u00eenent sur quelques mesures de l\u2019allegro moderato alla fuga de la Sonate n\u00b02 de&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.nicolasbacri.net\/\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\">Nicolas Bacri<\/a>&nbsp;interpr\u00e9t\u00e9 par&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.eliane-reyes.com\/\" rel=\"noreferrer noopener\" target=\"_blank\">Eliane Reyes<\/a>. Ce morceau est extrait du r\u00e9cent CD enregistr\u00e9 chez NAXOS des \u00ab\u00a0Oeuvres pour piano de Nicolas Bacri\u00a0\u00bb interpr\u00e9t\u00e9es par Eliane Reyes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le disque r\u00e9unit les oeuvres suivantes&nbsp;:<br>Pr\u00e9lude et fugue, Op. 91<br>Sonate n\u00b0&nbsp;2<br>Suite baroque n\u00b01<br>Arioso baroccp e fuga monodica a due voci<br>Deux esquisses lyriques, Op. 13<br>Petit pr\u00e9lude<br>L\u2019enfance de l\u2019art, Op 69<br>Petites variations sur un th\u00e8me dod\u00e9caphonique, Op 69<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>R\u00e9f\u00e9rence&nbsp;: NAXOS 8.572530<br><\/em><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE ROMAN D\u2019AMOUR MIS EN ABYME Un roman, c\u2019est avant tout un ensorcellement, il inspire l\u2019envie, s\u2019il est copieux, qu\u2019il&nbsp;[&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":115,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,5],"tags":[],"class_list":["post-114","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-litterature-dailleurs","category-marges-et-contre-marge","post-item clearfix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/114","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=114"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/114\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":357,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/114\/revisions\/357"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/115"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=114"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=114"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/edmondmorrel.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=114"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}