« L’atelier du scénariste » de Luc Dellisse. Une ré-édition bienvenue.

Après un premier ouvrage dédié à l’écriture du scénario, L’invention du scénario (2006), Luc Dellisse avait publié en 2009 L’atelier du scénariste qui s’attaque à l’acte même de la création cinématographique. C’est ainsi que dans la préface de L’atelier du scénariste le romancier, qui est aussi professeur de scénario, définit l’ambition d’un livre très personnel que nous avions présenté à sa première parution et dont nous évoquons volontiers icilc réédition.Voici un livre très personnel et un livre d’écrivain…Comment pourrait-il en être autrement s’agissant d’un ouvrage qui (s’appuie) sur des films-clés, qu’il analyse et dont il essaie de tirer des solutions inattendues, susceptibles de renouveler notre rapport à l’écriture cinématographique.

Le postulat de cette démarche est de considérer qu’ un scénariste est d’abord un écrivain., c’est à dire un auteur maîtrisant un langage particulier et l’utilisation de principes narratifs. Même si la finalité d’un scénario est de créer les conditions pour donner naissance à une oeuvre d’art, le film, qui, dès son achèvement, rend obsolète l’écriture qui en a été la prémisse, Dellisse considère, à raison, que la « fabrication » de cette étape initiale mérite d’être explorée dans ses « secrets », qui ne sont rien d’autre que des secrets d’écriture. Avec cette manière limpide d’exprimer l’essentiel, Dellisse nous donne ici la clé de cet ouvrage passionnant: (…) c’est du point de vue de cette écriture construite, nourrie, concentrée non sur le strict rayon laser de l’intrigue, mais élargie aux trois dimensions d’une histoire avec ses ombres, ses lumières et ses arrière-plans, que s’organise l’ouvrage tout entier. Fondant son exploration des secrets sur l’analyse de quelques films « préférés », Dellisse évoque en vingt chapitres (et dix-huit films) les fondamentaux de l’écriture scénaristique (le pitch, le synopsis, la continuité dialoguée…), mais analyse aussi les étapes du récit filmique (« Où commence le récit? », « L’écriture des ellipses », « L’épilogue »), composant à la fois une boîte à outils pour celles et ceux qui se destinent (ou qui réfléchissent au) métier de scénariste, mais aussi, pour les cinéphiles. Voici donc une manière on ne peut plus stimulante de revoir les films préférés de Luc Dellisse, mais aussi de redécouvrir avec un enchantement et une curiosité renouvelée, notre cinémathèque personnelle.

En ces temps de confinement où l’immersion dans l’image filmée est si intense, ce livre est un précieux viatique pour accompagner le déchiffrement dont nous sommes parfois ou privés ou trop paresseux pour nous y livrer.

Jean Jauniaux, le 5 février 2021.

Nous avons rencontré à différentes reprises Luc Dellisse à l’occasion de la parution de romans ou recueils de nouvelles. Ces interviews sont toujours accessibles sur « L’ivresse des livres »

Les impressions nouvelles ont publié de nombreux ouvrages de référence consacrés à l’écriture cinématographique. Dans le catalogue de la maison d’édition figurent ainsi, entre autres, des essais de Yves Lavandier (La dramaturgie, Evaluer un scénario, Construire un récit), ou des ouvrages collectifs (Mettre en scène, Ecrire un film…) .

Sur le site des Impressions nouvelles, présentation du livre de Luc Dellisse:

L’Atelier du scénariste examine l’écriture pour le cinéma, du point de vue du métier comme de la création. Le métier, c’est la maîtrise d’un langage particulier, et l’utilisation de principes narratifs souvent méconnus. La création, c’est la dimension personnelle, à la fois originale, féconde et universelle, que certains scénaristes parviennent à apporter, malgré les conditions économiques et les lois du genre. On découvrira ici comment rédiger un synopsis et une continuité dialoguée, comment concevoir un protagoniste, comment distinguer l’épaisseur d’une histoire de la simple trame du récit. Cet ouvrage propose des principes utiles dans le cas d’une adaptation, il veille à distinguer le protagoniste du héros et l’antagoniste de l’ennemi, précise la fonction de la voix off et les ressources du flash back, révèle qu’un prologue peut contenir le secret d’un film tout entier – et bien d’autres choses encore. Il fournit aussi des conseils aux jeunes scénaristes, un plan de travail pour les enseignants, et des aperçus sur le rapport entre le scénario et la vie. Des exemples nombreux – puisés dans les films classiques de Billy Wilder et Jean-Pierre Melville, dans Le Mépris et Le Satyricon, mais aussi chez Pedro Almodovar, Clint Eastwood, David Lynch et Jacques Audiard, ou dans les exploits d’Indiana Jones et de Spiderman – enrichissent cet essai qui envisage le scénariste comme un auteur à part entière, et remet l’écriture au centre du processus de création.